Rhapsody – The Dark Secret

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Style: heavy metal symphoniqueAnnee de sortie: 2004Label: Steamhammer

L’exagération fait partie de l’univers de Rhapsody. Exagération musicale : Rhapsody fait une musique très pompeuse et ô combien grandiloquente, du point de vue des orchestrations le groupe italien n’y va pas avec le dos de la cuillère, si bien que pour beaucoup la musique du groupe en ressort indigeste. Exagération aussi dans le concept heroic-fantasy. Chez les italiens, la théatralisation et le kitsch de l’heroic-fantasy sont portés à leur maximum. Rhapsody ne parle que de ça. Luca Turilli, le guitariste, écrit lui-même ses propres histoires qu’il met ensuite en musique avec l’aide du clavieriste Alex Staropoli. Bref Rhapsody est un groupe larger-than-life avec lequel il n’existe pas de demi-mesure : soit on déteste, soit on adore. Si bien que les fans ou les détracteurs exagèrent aussi quand ils parlent du groupe.

Pour les fans, Rhapsody est la 8ème merveille du monde. La 1ère en matière de metal pour certains. Un groupe invincible, symphonique, épique et grandiloquent au possible. Ce que les autres groupes de true metal font en stéréo, Rhapsody le fait en THX et Dolby Surround. Pour les fans, Rhapsody est digne des meilleurs B.O. de films d’heroïc-fantasy et Turilli-Staropoli sont les nouveaux Vivaldi ou Beethoven.

Pour les détracteurs, Rhapsody est une abomination dans le metal actuel, un summum du ridicule et de la kitcherie et les rois de la mièvrerie et de la niaiserie metallique. Pour certains détracteurs, la musique de Rhapsody sonne tellement «théâtrale » qu’elle n’en a plus rien de metal. Pour ces gens là encore, l’histoire d’heroic-fantasy écrite par Luca Turilli est d’une banalité tellement affligeante que Tolkien s’en retournerait dans sa tombe.

Bref, Rhapsody est un groupe qui divise.

Cette année, Rhapsody va sortir un disque qui entame une nouvelle saga après celle de l’Epée d’Emeraude sur les 4 premiers albums des Italiens. Cette nouvelle saga se déroulera également dans le monde ou se déroulait la première. En attendant le nouvel album en septembre, qui s’intitulera « Symphony Of Enchanted Lands Part II : The Dark Secret », voici un joli EP intitulé « The Dark Secret » pour patienter.

Cette fois, pas de dragons sur la pochette, mais un acteur célèbre : Christopher Lee. Il est aussi présent dans le Making Of de « The Dark Secret » et sur le clip « Unholy Warcry » qui se trouvent sur le DVD bonus fourni avec ce disque dans sa version limitée. Il déclame un texte de sa voix grave et passionnée au début de « Unholy Warcry ». Il me semble que c’est aussi lui que l’on retrouve en train de déclamer un autre texte au début de « Sacred Power Of Raging Winds » en roulant les R. Il paraît qu’il va chanter sur le prochain album des italiens ( !!?!). Bref voilà qui risque de faire un gros coup de pub au groupe.

Un gros coup de pub, cet EP en a besoin, car son contenu n’a rien d’exceptionnel et il ressemble plus à un gros single qu’autre chose. On est donc loin du splendide EP qu’était « Rain Of A Thousand Flames », qui ne coûtait pas cher et qui contenait un peu plus de 40 minutes de nouveaux morceaux. En fait les seuls inédits de cet EP sont « Thunder’s Mighty Roar » et « Non Ho Sonno » qui est une reprise de Goblin (compositeur italien de musique de film). « Unholy Warcry », « Guardians Of Destiny » et « Sacred Power Of Raging Winds » seront présent sur le prochain album. « Unholy Warcry » est ici présenté en version edit et « Guardians Of Destiny » est en anglais alors que le morceau qui sera présent sur la Partie II de « Symphony Of Enchanted Lands » sera en italien.

On a donc là un objet pour faire patienter les fans. Et remplit-il son rôle ? Et bien j’avoue que si les deux premiers titres sont un peu décevants, les suivants sont plus intéressants. « Unholy Warcry » est un titre somme toute classique pour du Rhapsody, les fans aimeront, les détracteurs continueront à détester. C’est sur ce premier morceau que Christopher Lee déclame son texte, s’ensuit une superbe introduction des cordes, qui amène une ambiance tragique. Les cuivres et les chœurs graves et solennels font ensuite leur apparition. Le morceau est sympathique mais somme toute très classique. Le genre de titre parfait pour un single ou pour faire un clip (d’ailleurs pour une fois le clip n’est pas ridicule). Reste à voir ce qu’il donnera dans sa version longue sur l’album à venir.

Le second titre, le véritable inédit de cet EP, qui lui ne se retrouvera pas sur le nouvel album, le dénommé « Thunder Mighty Roar », doit sûrement être un morceau composé pendant les sessions de « Power of the Dragonflame », le précèdent album. On y retrouve en effet le côté plus direct, plus agressif et moins symphonique des titres de cet album. Surtout dans le chant plus agressif et moins lyrique de Fabio Lione.

Un Fabio Lione très en voix et en très grande forme, comme on peut le constater sur la pièce maîtresse de cet EP, le magistral « Sacred Power Of Raging Winds ». Car si les deux premiers titres ne sont pas exceptionnels, c’est différent pour « Guardians Of Destiny » et « Sacred Power Of Raging Winds ». Le 1er est une superbe ballade folk avec de la flûte et de la guitare acoustique, un chant soprano par instant pour transporter l’auditeur dans un monde féerique et enchanté. Un violon accompagne subtilement cette farandole jusqu’à ce que tout explose sur le refrain éminemment symphonique et grandiloquent à grand renfort de chœurs. Un titre absolument superbe et enchanteur.

Mais cela n’est rien comparé à la pièce maîtresse de cet EP qu’est le fantastique « Sacred Power of Raging Winds ». Le vent souffle au début du morceau introduit par un texte déclamé par Christopher. Le vent se fait ensuite plus violent et la guitare électrique, puissante et agressive tel un ouragan fait son entrée accompagnée de l’orchestre. Le morceau se veut délicieusement baroque, le génie de Vivaldi a-t-il touché Turilli et Staropoli lors de son écriture ? Les arrangements sont fantastiques. Le morceau possède de multiples subtilités. Le refrain est entraînant, sa mélodie reste gravée dans la tête (comme celui de « Guardians Of Destiny » d’ailleurs). Le travail sur les chœurs est d’une grande richesse. De petits intermèdes baroques ponctuent les couplets.

Fabio Lione est au sommet de son art. Il délivre énormément d’émotions, montre toute l’amplitude de sa palette vocale, pouvant chanter très haut, de façon très lyrique. Il est absolument génial sur le break qui survient au bout de 4 minutes environ. L’orageuse guitare et les tourbillonnantes orchestrations laissent alors place à un intermède plus calme. La musique se fait dramatique, tragique. Pendant ce superbe intermède, le chanteur à la crinière très fournie joue le rôle de Dargor qui s’adresse à son père Vankar. Sa voix pleure, supplie. Une bête immonde semble lui répondre. Des chœurs participent aussi au dialogue. Il se met alors en colère « I will deny you and fight you forever ! ». Le ton se fait alors plus lourd, le ciel devient ombrageux. Une subtile mélodie clavier fait son apparition, elle me fait penser à celle de L’Exorciste ou alors aux B.O.F. de Goblin, influence avouée des italiens, elle est accompagnée d’orchestrations diverses d’une très grande richesse et on peut constater que Rhapsody bénéficie de gros moyens dont l’utilisation d’un véritable orchestre symphonique. La flûte fait ensuite son apparition. Un passage très baroque, dont on ressent encore plus que d’habitude l’influence Vivaldi. Là où Rhapsody va plus loin que tous les autres groupes de metal symphonique, c’est que chez ce groupe (et dans ce morceau particulièrement) il n’y a pas d’un côté le symphonique et de l’autre le metal, les deux sont bel et bien mélangés. La flûte répond aux cordes ; les cordes se lancent dans un duel face à la guitare de Luca Turilli pour finir par se rejoindre. Les couplets et
le refrain refont leur apparition après ce magistral break.

Ebouriffant, étourdissant, grandiose, ce morceau l’est assurément et met littéralement K.O. l’auditeur. Difficile de se relever après une telle pièce et c’est pourquoi on finit sur un remix du « Non Ho Sonno » de Goblin. Morceau fin et délicat, ambiance décrivant un univers étrange et fantastique, féerique et inquiétant pour terminer en douceur cet EP après avoir été sonné. Si le prochain Rhapsody est de la qualité de ce morceau, ça risque d’être une véritable claque !

On pestera cependant qu’il y ait peu de nouveauté sur cet EP et que l’objet se présente plus comme un amuse-bouche pour faire patienter les fans en attendant le prochain album. On aurait préféré un EP de la qualité de « Rain Of A Thousand Flames ». Maintenant il ne reste plus qu’à patienter jusqu’en septembre…

A noter que la pochette n’est guère aguichante et pour une fois sur un album de Rhapsody, il n’y a pas de dragon ! Incompréhensible ! Ils ont du bouffer ceux qui leur restaient lors d’un grand banquet. Heureusement la pochette du prochain album est absolument splendide et les dragons sont de retour, comme vous pouvez le voir ici.

  1. unhloy warcry (short version)
  2. thunder’s mighty roar
  3. guardians of destiny (english version)
  4. sacred power of raging winds
  5. non ho sonno (remix)
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