The Ocean

Pas de commentaires      903

Ce sont eux qui ont initié la partie « découverte du moment » du moment avec leur album « fluXion », voici maintenant une interview de Robin, le personnage principal de The Ocean.
Ce jeune groupe allemand de post-hardcore apocalyptique a su intégré une grosse influence Isis/Neurosis/Cult Of Luna en adaptant cette musique à leur sauce sur leur premier album surprenant de maturité.
Chronique sur Eklektik de « Fluxion »


Tout d’abord félicitations pour cet excellent album que vous nous « offrez » avec fluXion. Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions….

Et bien merci pour votre intérêt et votre soutien…


Pour commencer, peux-tu nous présenter THE OCEAN, le groupe, et la musique que vous jouez ?


THE OCEAN est un collectif à géometrie variable (avec un line-up allant de 7 à 12 membres selon le moment) qui s’emploie à créer d’impitoyables bandes son instrumentales et destructrices. Il nous arrive de définir notre musique par les termes « ambient soundtrack doomcore », mais peu importe, vous pouvez appeler ça comme vous voulez, ou idéalement du THE OCEAN.

Le noyau live du groupe s’articule autour de Torge (batterie), Joni (basse), Hille (guitare), moi-même (Robin, guitare), Gerd (percussions), Nils (samples, et effets visuels) et Meta (lead vocaux).
Sur disque et parfois sur scène, selon la taille de cette dernière et la distance par rapport à Berlin où nous habitons, il nous arrive de travailler avec des musiciens supplémentaires (violon, flute, clarinette, trombones, violoncelle, choeurs). Ces personnes font vraiment partie du concept et se joignent à nous quand ils le souhaitent.


Comment est né le groupe ? Le line-up est-il stable ou sujet à changement ?

Je suis définitivement favorable à l’idée de fluctuation permanente, car je pense que de nouvelles personnes apportent des bouffées d’air frais bienvenues, tant musicales, qu’humaines. Cela étant, ça fait 2 ans que nous jouons ensemble avec ce line-up et il est peu probable qu’il subisse de gros changements maintenant.
D’une part, c’est vrai que c’est compliqué de changer de membres, le temps qu’ils assimilent les morceaux et tout, ça demande pas mal de boulot. D’autre part, je pense qu’il n’y a pas d’autre batteur que Torge qui puisse jouer nos morceaux…

Par contre ce qu’on essaye de faire, c’est trouver une équipe de « doublures », car il est vrai qu’il n’est pas toujours facile de mobiliser un groupe avec autant de membres. Du coup on a du refuser des dates simplement car l’un d’entre nous était pris par le boulot, les études, et ne pouvait pas se libérer. Mais bon ce n’est pas évident de trouver des gens qui collent et qui sont prêts à s’investir personnellement dans ce qui ne sera pas vraiment « leur groupe à plein temps ». Sans parler des problèmes d’égo qui ne manqueraient pas de se poser avec 2 personnes compétentes et toutes 2 capables d’assurer le même poste… Bref pour l’instant on s’en tient à notre formule…



L’artwork de fluXion est vraiment superbe… Y a-t-il un concept autour, et quel est-il ?

Merci. Bien d’abord, on voulait trouver quelque chose de lié à notre sujet central, l’océan, dans toute sa diversité… L’océan peut en effet se montrer sous son jour le plus paisible, lors d’un pacifique coucher de soleil par exemple, mais il peut aussi se montrer dans l’extrême inverse avec une mer déchaînée, lors d’une tempête, et l’océan devient alors symbole de mort et de destruction. Et bien la même chose peut être dite sur notre musique avec des passages instrumentaux tout calmes qui se transforment tout d’un coup en cataclysme… Nous voulions que l’artwork ait ce côté ambivalent, pour que tu sois incapable, à la simple vue de la pochette, de savoir à l’avance quel type de musique et d’atmosphère t’attendent à l’écoute de “fluXion”. On en a personnellement ras le bol des artworks prétentieux et bidons, fréquents dans le monde du métal… C’est pourquoi nous avons choisi cette innocente et « gentille » image de poissons en guise de pochette.

A l’intérieur, cette gentille et apparente harmonie est perturbée par des photos en noir et blanc de “sandeels” (ND Krakoukass : petits poissons, j’ignore le nom français) morts et si tu ouvres le digipack tu te retrouves face à une noirceur profonde (ainsi qu’un banc de poisson visible selon un certain angle) qui évoque les insondables profondeurs de l’océan… L’encre utilisée vise aussi à donner cette impression et cet aspect d’eau.

Pourquoi des poissons, tu vas me demander ? Et bien parce que nous sommes comme eux, du moins comme les « sandeels », pas comme les requins… Des pauvres êtres sans défense, qui recherchent la sécurité au sein de notre banc.
On se déplace tous au gré du banc, en faisant ce que l’on doit, vivant nos vies comme nous le voulons, nous éloignant rarement des frontières de notre petit monde confortable dans lequel tous nos besoins sont satisfaits, et tout danger et du même coup toute passion finalement, sont tenus à l’écart.


Votre nom, ainsi que votre musique semblent partager quelques points communs avec l’univers de ISIS… Dans quelle mesure êtes-vous influencés par ce groupe ? Quelles sont vos autres influences…

En effet, la plupart d’entre nous aiment ISIS, mais tu sais, nous nous appelions déjà “The Ocean” 2 ans avant la sortie du « Oceanic » de ISIS. Avant cet album, il ne me semble pas qu’ISIS se soit spécialement référé à l’univers océanique, que ce soit dans l’artwork ou les paroles… Quand « Oceanic » est sorti, c’était plutôt une nouvelle démonstration du fait que ISIS et nous, sommes en quelque sorte des « ames soeures », mais ce fut aussi « malheureux » en un sens puisque les gens qui nous ont découverts après ISIS ont dès lors cru que nous nous étions appelés comme ça à cause de ISIS… ce qui est absolument faux.
Personnellement j’aime beaucoup ISIS, mais je pense que notre approche de la musique est vraiment différente de la leur. ISIS est attaché à un minimalisme constant tant dans l’artwork, que dans les arrangements ou le son, alors que le concept THE OCEAN pourrait être résumé par « toujours plus ». Nos chansons sont très « polyphoniques », à tel point que nous arrivons souvent au bout des 48 pistes, à cause de l’abondance de voix et de chœurs. Notre son est plein de petits détails qui mis bout à bout constituent notre « atmosphère », et ce alors que chacun de ces détails pris isolément pourrait sembler dépassé. Tous ensemble, ils constituent la texture auditive que nous essayons de bâtir.

Pour ce qui est de nos influences il y en a beaucoup, mais une qui doit vraiment être signalée est évidemment celle de Meshuggah, qui constitue selon moi le meilleur groupe qui ait jamais existé et existera jamais. Ils m’ont vraiment ouvert les yeux sur toutes les possibilités et les voies vers lesquelles il était possible d’emmener la musique « heavy » et en cela, ils ont contribué à définir mes propres standards. Et ils continuent à le faire !


Il semble qu’il y ait une nouvelle scène post hardcore émergente, avec des groupes tels que ISIS ou Neurosis (un groupe de plus en plus respecté et admiré). Ressentez-vous un sentiment d’appartenance à ce mouvement ?

Et bien effectivement on se sent réellement proches des groupes que tu as cités, ce sont de superbes artistes, et je crois que le feu qui les anime est le même que celui qui nous amène à consacrer nos vies à faire ce type de musique que nous adorons.
On n’a cependant pas vraiment l’impression d’appartenir à une scène et pour tout dire nous sommes plutôt désabusés par rapport à la scène hardcore et post-hardcore, au moins en Allemagne.
Il y a très peu de soutien pour les groupes qui essayent de transcender les limites du point de vue du son ou de la mise en scène et les gens sont hyper limités et ont tendance à focaliser sur des trucs hyper basiques. Je pense que le hardcore n’est plus aujourd’hui qu’un terrain de jeu pour fils à papa en mal de sensations.
Pour beaucoup, il n’y a pas de place pour des instruments classiques dans le hardcore, et Dieu sait pourquoi, et pour les autres il n’y a pas de place pour des vocaux sombres et agressifs dans le post rock ou le post hardcore. Nous on s’en fout de ça, on fait ce qu’on trouve bien, ce qui sonne bien, et si les gens aiment, c’est tant mieux… Nos shows attirent une intéressante diversité de public de différents horizons musicaux et nous on préfère jouer devant ce type de public plutôt que devant une audience pseudo hardcore branchouille où tout le monde se ressemble et parle des mêmes conneries.



Robin, tu es le principal compositeur de la musique de THE OCEAN.
Quel est ton background musical, as-tu appris seul ?

Oui je suis un complet autodidacte. Je n’ai aucune éducation musicale professionnelle, et j’ai finalement appris comment composer de la musique en étant moi-même accro à cette musique et en en écoutant. Ecrire de la musique est la seule chose que je puisse faire pendant plus de 12 heures de suite sans en avoir marre et c’est cette passion qui m’a constamment conduit à apprendre comment maîtriser les outils capables de concrétiser les idées qui se baladent constamment dans ma tête.


Quand avez-vous commencé à introduire des instruments classiques dans votre musique et comment vous est venue cette idée ? Est-ce un véritable orchestre qui joue sur l’album ou seulement quelques amis musiciens ? Comment comptez-vous reproduire tout ça sur scène ?

C’est en fait une idée que j’avais depuis longtemps, ça a juste mis un peu de temps pour prendre forme et j’ai du apprendre comment écrire des arrangement polyphoniques aux instruments à corde, et comment les intégrer dans une composition THE OCEAN.
Aujourd’hui, je réalise les arrangements avec des logiciels informatiques, et j’en fais des partitions pour les musiciens classiques (et aussi pour notre bassiste par exemple).
C’est à la fois un vrai orchestre et des amis qui jouent sur l’album. La plupart des instruments classiques sur « fluXion » ont été enregistrés en live, et il y a à la fois 6 violoncelles, et 8 violons qui jouent en même temps, avec en plus des samples haute qualité. Nous n’avons pas tout enregistré en une fois avec l’ensemble d’un orchestre, mais avons fait de petites prises séparées que nous avons réassemblées par la suite dans la phase de mixage.
Sur scène nous avons tout simplement un séquenceur qui balance nos sons classiques enregistrés au préalable, qui gère aussi la lumière, etc…


Comment se passe un concert de THE OCEAN ? Tentez vous de matérialiser l’ambiance « mélodramatique » de l’album ?

Complètement. On a un membre à plein temps qui s’occupe de l’aspect visuel, même si nous sommes encore en train de peaufiner les projections video.
Pour le moment nous avons un bon show à base de lumières : imagine des spots bleus et verts, des stroboscopes, et des « blinders » tout ça flashant de façon synchronisée avec la musique. Tout est programmé. Par contre il y a peu de lumières sur la scène elle-même, nos visages sont quasiment constamment dans le noir et on utilise pas mal d’éléments sombres pour contre-balancer les « attaques » de lumière. Ca a été compliqué au début, il a fallu gérer le fait de jouer dans le noir complet… (En fait le secret est d’avoir des lumières fluorescentes sur la table de contrôle…) Pour te donner une idée de l’ambiance que l’on veut créer, on aimerait retranscrire l’atmosphère des films de David Lynch. Par la suite on va avoir des clips vidéos, et c’est sur cette partie que nous sommes encore en train de travailler. On travaille à partir de scènes du film de Andrej Tarkowskij’s, « stalker », par exemple, ainsi qu’avec des scènes sous-marines inquiétantes…


Comment est la scène musicale et particulièrement rock/hardcore à Berlin?

C’est pourri. Il n’y a que très peu de groupes qui valent le coup et beaucoup de gens qui s’attachent plus à leur apparence et leur style qu’à créer de la musique. J’ai été vraiment déçu car en y arrivant, j’imaginais la ville comme un puits de créativité pour des musiciens de tout le pays et je pensais que ce serait donc facile de faire partager aux gens ma vision de THE OCEAN. Cela s’est révélé au contraire très difficile et cela nous a donc pris presque 3 ans pour arriver à un line-up stabilisé. Il y a beaucoup de musiciens par ici, mais peu sont à la fois bons et prêts à s’investir et à donner leur temps et leur énergie dans la réalisation d’un projet où tout est à bâtir. Enfin, je suppose que c’est partout pareil…


Que penses-tu du rock et du hardcore aujourd’hui ? Evolution ou stagnation selon toi ?

Un peu des 2. Il y a peu de groupes et d’artistes vraiment originaux, mais ce sont eux qui font vivre ce putain de foutoir et qui font aller de l’avant, et leur flamme brille si intensément et leur impact est si fort que même 1000 saletés de cadavres branchouilles puants n’arriveraient pas à arrêter le train. Pour moi il n’y a aujourd’hui quasiment aucune différence entre le rock, le métal et le hardcore, en dehors de clivages que les gens veulent absolument ériger. Pour moi le « rock n’ roll » n’est rien d’autre qu’un terme moribond, qui était autrefois synonyme de passion et de liberté, des notions que la plupart d’entre nous (y compris moi) qui grandissons dans une complaisance et une passivité certaines, ne pouvons même pas comprendre. Quand le « rock n’ roll » est devenu synonyme d’abus de drogues et d’hédonisme, il s’est perverti, mais ce n’est que mon opinion personnelle, qui n’engage pas forcément les autres membres de THE OCEAN…


Es-tu satisfait de la signature de ton groupe, est-ce que votre label travaille bien le groupe ?

Oui, “Make My Day” font un super boulot en Allemagne s’agissant de la promotion. Ils nous font apparaître dans tous les gros et petits magazines et ils se bougent vraiment le cul pour nous. C’est une bonne chose que ce soit un petit label rattaché à une grosse agence de promotion. J’apprécie aussi le fait qu’ils ne sortent que ce qu’ils aiment vraiment et que le panel de groupes chez eux couvre de nombreux styles de la pop lo-fi (comme les norvégiens de Schtimm) au noise (comme The Cancer Conspiracy).
En dehors de l’Allemagne, c’est Throne Records qui s’occupe de nous et il est trop tôt pour parler de leur efficacité, puisque c’est la première fois que nous bossons avec eux.
Bien sûr, le fait d’être sur un petit label indépendant nous limite d’une certaine façon (le budget est toujours assez serré), car nos ambitions musicales nous poussent à chercher à obtenir de plus gros budgets pour les enregistrements, et pour nos prochaines sorties nous souhaiterions quand même travailler avec de plus grosses institutions…


Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant que groupe underground ?
Avez vous tous des boulots en dehors du groupe ?

Certains d’entre nous bossent, d’autres sont étudiants, d’autres encore au chômage… Evidemment les difficultés sont donc d’ordre financier. Peu de gens se rendent compte de ce que ça peut coûter de faire un album qui sonne bien, ait un visuel sympa, et soit disponible dans les magasins. Jusqu’à présent notre solution a été d’enregistrer dans nos propres studios. On a fait notre premier disque « Fogdiver » comme ça, alors pour « fluXion » on a décidé d’acheter du bon matériel et de nous débrouiller seuls une nouvelle fois plutôt que de dépenser de l’argent dans un studio coûteux. De cette façon nous pouvons prendre le temps qu’il nous faut pour concrétiser TOUTES nos idées, sans être stressés par l’impitoyable tic-tac de la location du studio.
Le plus gros inconvénient d’être un groupe underground est finalement de jouer dans des endroits… underground. En un sens c’est super, mais d’un autre côté, la plupart du temps les scènes ne sont pas faites pour accueillir 7 à 9 membres du groupe et nous sommes souvent tellement serrés sur scène que nous ne pouvons quasiment pas bouger ce qui est un peu frustrant.


Nous avons vu sur Internet que vous deviez passer en France en octobre avec WITH HIGH TONE SON OF A BITCH et MOHO. Est-ce que ce sera votre première date française ? Peux-tu nous donner des infos sur cette date ?

Malheureusement, toute la tournée HTSOB vient d’être annulée… Nous jouerons quelques concerts avec NASUM et CULT OF LUNA en octobre, et aussi quelques dates avec ALABAMA THUNDERPUSSY en France et en Espagne. Les seules dates française ou espagnole confirmées à ce jour sont celles su 12 octobre à Marseille, du 13 octobre à St Feliu (Espagne) et le 14 octobre à Barcelone. Nous tentons désespérément de trouver un endroit pour faire une date en France le 15 octobre sur le chemin de Barcelone à Trier… Si quelqu’un qui lit ça est en mesure de nous aider à trouver une date, merci de nous écrire à info@theoceancollective.com.

En novembre nous serons en tournée en Allemagne pour 10 jours supplémentaires…

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 893 articles sur Eklektik.

Up Next

Du meme groupe

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *