Equimanthorn – Second Sephira Cella

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Style: ambient rituelAnnee de sortie: 2004Label: Displeased Records

A l’instar de Chris Antoniou avec Chaostar, il arrive que des musiciens de metal abandonnent le cadre bien délimité de leur genre habituel pour s’aventurer plus librement sur les vastes terres des musiques obscures, s’affranchissant des codes pour ne garder que l’essentiel qui les lie toutes, l’esprit, forcément sombre. Une entreprise qui mérite toujours d’être saluée, d’autant plus lorsqu’elle aboutit à une oeuvre aussi singulière que ce « Second Sephira Cella ».
La première livraison de cet atypique projet qu’est Equimanthorn remontant à onze ans, il est possible que peu se souviennent encore de l’identité de ceux qui le composent: ses principaux auteurs ne sont autres que des membres d’Absu et de Melechesh, respectivement groupes américain et israélien de black metal. Cependant, comme je l’ai indiqué, si Equimanthorn a quoi que ce soit en commun avec ce genre, c’est son esprit général, son inspiration, mais sur le stricte plan musical, aucune trace de black ici.

La musique d’Equimanthorn se laisse décrire comme de l’ambient rituel, dans une approche très personnelle qui tient à son inspiration (toujours la même depuis le premier opus), à savoir les mythes sumériens, que les textes transmettent en incantations occultes. Tout cet ouvrage est ainsi traversé d’une saveur moyen-orientale, grâce à l’utilisation (alliée à celle des claviers) d’instruments traditionnels de cette région et de mélodies arabisantes. Mais rien à voir avec de la musique « world » ou une ambiance de souk pour touristes, l’exotisme d’Equimanthorn est dénué de toute légèreté, il est sombre et trouble, sa chaleur est poisseuse. Il n’est d’ailleurs question d’exotisme que pour une oreille trop occidentale devant une musique qui enfouit profondément ses racines dans la terre d’une culture ancestrale dont elle se nourrit des éléments les plus obscurs pour en jaillir et s’épanouir en fleurs occultes et arabesques sulfureuses.
En consultant les notes de pochette on peut s’apercevoir que les onze ans qui séparent les deux albums du groupe n’ont en fait pas été vides de toute activité pour le projet puisque la création de « Second Sephira Cella » s’est effectuée de façon très étalée, tant temporellement que géographiquement (certains textes remontent à 1992 et 1993 et l’enregistrement a été fait à trois endroits correspondant aux trois parties du disque, chacune étant composée par un membre différent).
Mais cette caractéristique semble n’avoir eu aucune influence sur le résultat final qui est au contraire très homogène et donne tout son sens au terme d’ambient. Chaque morceau se présente comme un assemblage sonore où l’atmosphère prime sur la mélodie et se lie aux autres pour former un paysage qui, s’il présente quelques vallonnements et bosses, reste dans l’ensemble plutôt plat. Un paysage de plaine mais une plaine où abondent mirages et creux dissimulés, et où le calme apparent cache de profondes puissances souterraines.

Dès le premier morceau, l’ambiance est posée. De lourdes nappes électroniques accompagnées d’un motif de guitare arpégée répété avec une froide régularité et supportant une lente déclamation et autres voix trafiquées donne le ton de l’ensemble: long, éthéré et parfois étiré à l’extrême.
Avec « Rule of Utukagaba » arrivent en ouverture de morceau les premières sonorités de cordes orientales, sobres et magnifiques, laissant la place à de nouvelles nappes d’électronique grinçant et percussions sourdes qui se font le support des litanies caverneuses du maître de cérémonie pour finalement mieux repartir dans une phase d’hypnose instrumentale où cette fois électronique et organique se marient.
Décrire chaque morceau serait parfaitement vain et ne pourrait donner qu’une idée imprécise de l’expérience que constitue l’écoute de cet album: comment dire ce long entremêlement de sonorités de toutes sortes, de mélodies répétitives, d’incantations, de rythmique tribales et de transes vénéneuses sans lui ôter ce qu’il a de malsain et mystérieux ?
Malgré la relative sobriété pour ne pas dire l’austérité de l’ensemble, on devine un travail considérable, tout étant ici du domaine de l’infime, du détail et une écoute peu attentive fera certainement rester sur une impression de monotonie.

« Second Sephira Cella » est une oeuvre que l’on peut qualifier de difficile: elle ne s’offre pas à l’auditeur mais exige de lui du temps, de la patience et une attention recueillie, une exigence qui en fait tout sauf un objet commercial mais lui confère un statut proche du sacré.
Elle constitue à mon sens l’exemple parfait de musique rituelle, c’est à dire une musique qui ne se suffit pas réellement à elle même (sans que cela ait un sens dépréciatif) mais qui existe par ce qu’elle évoque et invoque. De ceci résulte qu’elle ne s’adresse certainement qu’à un public restreint qu’il est plus que jamais approprié de qualifier d’initié. Pour les autres, le voyage risque de ressembler à la traversée d’un océan d’ennui.

  1. entrance to the ancient flame
  2. to enter the tower of shadows
  3. rule of utukagaba
  4. refulgent splendour
  5. sephira tephirot
  6. mists over masshu
  7. sixth throne of asaru
  8. fashioning the winds of 7
  9. he who makes the name of masshu abundant
  10. where the watchers mourn
  11. nindinugga nimshimshargal enlillara
  12. reflections of the last rays of the moon
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Commentaire

  1. fewz says:

    ça m’a l’air bien alambiqué tout ça… =) cool!!

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