The Dresden Dolls

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The Dresden Dolls est un duo atypique : Amanda au chant/piano et Brian à la batterie. Ce minimalisme instrumental leur permet tout de même de construire une musique peu commune de nos jours, autant inspirée du cabaret des années 30 que de sonorités rock plus contemporaines.

Par une soirée pluvieuse, le duo était à Tours, pour un concert qui n’a attiré que quelques dizaines de personnes.

Malgré une durée que j’ai trouvée un peu courte ( environ une heure et quart ), cette prestation a prouvé combien leur musique prend toute sa dimension sur scène.

L’émotion que dégage le duo n’a rien à envier aux formations moins réduites avec basse/guitare/batterie. Amanda, habillée comme sur la pochette de leur album, impose son intense présence par son chant, aussi maîtrisé dans les cris que dans les tons plus graves, et par son jeu dans lequel elle s’investit entièrement, s’agitant et se contorsionnnant devant son piano.

Brian, visage blanchi , chapeau et cravatte sur un short et des collants, lui répond par ses mimiques théâtrales et son jeu de batterie, toujours suspendu aux fils tendus par Amanda.

La set list fait évidemment la part belle aux morceaux de leur album ( et en particulier aux meilleurs ! ) notamment « Good Day », « Missed Me » et surtout « Half Jack », chanson magnifique rendue plus impressionnante encore dans cette interprétation fiévreuse et tendue.

Deux inédits, dont un où, pour la première fois, Brian accompagne Amanda au chant et un autre, long et bouleversant, laissent présager le meilleur si tout le deuxième album est de ce niveau.

Enfin, le groupe nous a offert deux reprises: « War Pigs » de Black Sabbath et, surtout, « Amsterdam » de Jacques Brel. Amanda, qui a étudié le français, s’est lancée dans une interprétation enragée de cette chanson, accompagnée par Brian, cette fois à la guitare. Une entreprise courageuse et particulièrement réussie.

Voici l’interview du groupe que j’ai effectué avant leur show :


Quelles étaient vos activités respectives avant de vous rencontrer et de fonder les Dresden Dolls ?


Amanda: Je faisais de la musique en solo, du piano, mais pas à temps plein. Ce n’était pas un hobby parce que j’y consacrais tout mon temps libre mais je ne faisais pas beaucoup de spectacles. Je faisais des performances de rue depuis le moment où j’ai eu mon diplôme à l’université jusqu’à ce que je rencontre Brian Je faisais aussi quelques spectacles en solo mais je n’étais pas vraiment prête à me lancer complètement, à me promouvoir C’est seulement lorsque j’ai rencontré Brian que j’ai commencé. Je menais une typique vie d’artiste qui meurt de faim.

Brian, sa vie était complètement différente, il avait un travail de jour et il jouait dans un groupe après l’autre. Il n’a jamais eu d’autres intérêts ou occupations en dehors de la batterie, alors que je travaillais toujours sur plein de projets artistiques différents.


Tu sembles être intéressée non seulement par la musique mais par toutes les formes d’expression artistique. Est-ce que tu te considères en premier lieu comme musicienne ou comme une artiste complète ?

Amanda: Je me considère comme un performer, cela vient aussi du fait que j’ai été très active au théâtre.


Brian fait son entrée

Est-ce que chacun de ces aspects est d’égale importance ?

Amanda: Oui, je pense que ça dépend de la personne que tu es mais moi, j’ai besoin de faire très attention à cet équilibre dans ma vie, entre le temps que je consacre à composer, à jouer de la musique, à voyager et cela va jusqu’à l’essence même de ce que je fais. Tu ne peux faire encore et toujours la même chose, utiliser les mêmes moyens, ça devient ennuyeux. Tu dois constamment réaliser de nouveaux projets, c’est quelque chose d’exigeant mais c’est ce qui rend la vie intéressante.


Vous êtes, si on peut dire, l’un des plus européens des groupes américains. Quelle est votre relation à l’Europe ?

Amanda: Nous avons des relations différentes. La mienne remonte à mes parents qui sont restés très attachés à leurs racines européennes. Ils parlaient français à la maison et donc j’ai été très tôt confrontée à la France, l’Europe et l’art et la culture de ces endroits. J’ai commencé à voyager très jeune, je suis venue en France le premier été quand j’avais cinq ans. Nous avions passé tout l’été dans un petit village qui s’appelle Granville.Puis je suis allée en Allemagne et à l’université, j’ai étudié l’allemand, le français. Ca a simplement été une connexion constante dans ma vie.

Brian: Je pense que toutes les références européennes que nous utilisons sont des évocations de la version enjolivée de l’Europe qu’ont beaucoup d’Américains: les cabarets français etc. C’est surtout l’idée et l’ambiance de cette époque.


Quels sont vos sentiments envers l’Amérique aujourd’hui ?

Amanda: Ils sont très conflictuels, c’est une relation d’amour-haine parce que la situation politique est tout simplement incroyablement mauvaise mais en même temps, c’est très inspirant de voir comment les gens, les artistes, les musiciens, les gens ordinaires réagissent face à cette situation. L’Amérique n’est pas seulement faite d’idiots mais aussi de nombreuses personnes intelligentes et créatives et de voir le choc entre les deux est quelque chose d’inspirant même si, à la base, ce qui se passe est très effrayant.


Vous semblez attirés par tout ce qui est un peu vieillot, démodé et passé. Faut-il y voir une sorte de mépris envers la société moderne ou un simple goût esthétique ?

Amanda: Non, je pense juste que l’on a souvent besoin de regarder en arrière pour regarder en avant. Et il y a un certain goût esthétique pour les costumes, les visuels, les styles artistiques de ces époques mais je passe mes journées à envoyer des e-mails, donc je ne suis pas de ceux qui pense que l’on devrait revenir au voyage à cheval ou à écrire des lettres.


Tes textes sont toujours directs mais en même temps très élaborés. Tu sembles leur attacher autant d’importance qu’à la musique.

Amanda: Oui, je trouve que la musique est fondamentalement là pour servir de support au texte. Je n’ai jamais été très inspirée ou intéressée par seulement jouer de la musique. Elle est un véhicule pour le message verbal.
C’est le produit de la sorte de musique qui m’inspire: je n’écoute pas beaucoup de musique instrumentale. Je l’apprécie mais ce n’est pas ce vers quoi tend ma créativité, tu ne peux pas contrôler ça du tout. Les idées de chanson, pour moi, sont toujours textuelles.


Les thèmes que tu abordes sont très personnels, est-ce nécessaire pour toi d’utiliser tes propres expériences ?

Amanda: Oui, c’est vrai mais je pense que plus j’écris, moins j’aborde des choses personnelles. Pour moi, c’est ce qui est agréable. Ca ne m’apporte rien d’écrire ce genre de chansons vagues, déconnectées.


Peux-tu me parler un peu du morceau Slide que je trouve à la fois fascinant et intriguant ?

Amanda: C’est une chanson très intéressante sur l’album car c’est la plus ancienne, je l’ai écrite quand j’avais quinze ans. Alors qu’avec le recul, je trouve que ce que j’écrivais alors n’était pas formidable, cette chanson en particulier a supporté l’épreuve du temps et elle est restée une de mes chansons préférées, jusqu’à ce que j’aie 25 ans et que je fasse cet album. C’est une de ces rares chansons qui me venaient comme ça, je m’asseyais et l’écrivais en cinq minutes.
Elle est très simple, pas aussi compliquée qu’elle en a l’air, elle utilise le tobogan comme une métaphore pour l’idée d’une fille qui en un sens perd délibérément son innocence, ou peut-être pas.


Votre musique est assez à l’écart de la nouvelle vague de groupes new yorkais, vous sentez-vous quand même proches de certains groupes ?

Amanda: En général, non. Nous nous lions d’amitié avec ces groupes, nous jouons avec eux, nous apprécions leur musique mais il n’existe pas une énorme communauté de groupes comme nous, nous sommes comme une petite île.

Brian: Je pense qu’il y a beaucoup de groupes dont nous sommes proches dans la créativité et avec qui nous essayons de nous connecter et de répandre cette sorte d’esprit créatif comme Regina Spector vers qui Amanda a amené beaucoup de gens.

Amanda: Oui, elle est exceptionnelle, elle est très étrange, écrit des chansons au piano, une musique très belle.
A New York en particulier, nous avons très peu en commun avec ces groupes comme The Strokes, parce qu’ils sont tellement à l’opposé de ce que nous faisons, ils sont dans la pose, dans le « cool » et nous sommmes complètement de l’autre côté de ça.

Brian: Nous aimons les groupes qui ont une certaine flamboyance, un vrai caractère distinctif dans la musique et dans la composition. Il y a un groupe de Californie qui s’appelle Sleepytime Gorilla Museum qui se déguise avec des costumes mais c’est surtout dans l’esprit de la performance.

Amanda: Oui, même si c’est quelqu’un qui joue de la guitare seul sur scène mais qui est complètement dans ce qu’il fait, nous serons attirés par cette personne.


Vous ne vous sentez proches d’aucune scène, comme la scène gothique par exemple ?

Brian: Non, Dieu merci. Nous avons le sentiment de traverser les genres. L’un des aspects excitants du groupe est qu’il rassemble de nombreux éléments différents auxquels les gens s’identifient. A 10, 20, 30, 40 et 50 ans, les gens trouvent tous différentes choses auxquelles ils s’identifient et le groupe traverse ces genres, que ce soit des goths ou des mères célibataires.

Amanda: C’est vraiment bien de cette façon mais ça ne signifie pas que nous excluons ce genre de scène, au contraire, nous essayons d’inclure tout le monde et ça fonctionne très bien. Ca change d’une ville à l’autre, parfois de façon radicale. La dernière chose que nous souhaitons serait de créer nos propres barrières, nous essayons de faire exactement l’inverse, de laisser les portes ouvertes à chacun.


Quel groupe nommeriez-vous comme votre principale influence ?

Amanda: Si on remonte jusqu’au début, les Beatles. Mais l’un de mes groupes préférés pendant longtemps et qui m’est encore très cher est The Legendary Pink Dots. Nous sommes musicalement très différents, nous ne sommes pas un groupe d’électronique ou de prog-rock mais c’est dans l’esprit du songwriting.

Brian: John Coltrane: esprit, amour et musique.


Vous êtes en train de travailler sur votre deuxième album. Peut-on attendre quelque chose dans le même style que le premier ?

Amanda: Il y aura ces mêmes variations entre des pop-songs plus rapides comme « Girl Anachronism » et des chansons plus lentes comme « Slide » ou « Truce ».

Nous voulons réussir à rendre l’énergie « live » du groupe ce que nous n’avons pas complètement réussi à faire sur le premier album. C’est l’objectif pour cette prochaine fois.


Brian, participeras-tu à la composition ?

Amanda: Non, la formule est restée la même depuis que nous nous sommes rencontrés. Amanda est la principale songwriter et j’ajoute la batterie et je crois que c’est ce qui fait la force du groupe, cet équilibre.

Je n’ai jamais ressenti le besoin d’être un songwriter, ce n’est pas la façon dont mon cerveau fonctionne, je n’ai pas d’idées de chansons, j’aime en général ajouter ma voix à celle des autres, collaborer de cette façon. Donc j’apprécie beaucoup l’équilibre que nous avons.


Pouvez-vous me parler du DVD que vous préparez ?

Amanda: Ce sera probablement un DVD live, avec des extraits et d’autre matériel. C’est un long et laborieux projet. Il sortira probablement en même temps que l’album.

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