The Mars Volta – Frances the Mute

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Style: prog rock inventifAnnee de sortie: 2005Label: Universal Music

Des années qui devinrent culte au sein d’At The Drive-In, puis une séparation et Cédric Bixler (voix) et Omar Rodriguez (guitare) forment The Mars Volta. Un Ep très prometteur en 2002 puis un excellent autant qu’énigmatique album De-loused in the Comatorium, et maintenant ce Frances the Mute tout aussi inspiré : les 2 touffus sont bien décidés à marquer leur temps.

J’avoue être resté perplexe aux premières écoutes, The Mars Volta ne mettent décidément aucune barrière à leur musique et au premier abord, ce deuxième album peut sembler laborieux, et plus décousu que leur premier opus. Une histoire rocambolesque divisée en chapitres qui sont autant de titres et trips différents. L’histoire d’un enfant abandonné et de sa quête de ses parents, voilà la trame globale d’un récit chaotique dont les séquences se reflètent dans l’album.

Mais au-delà du concept, c’est la musique qui prédomine.
Comment n’écrire que quelques lignes sur un album aussi dense? Frances the Mute, c’est De-loused in the Comatorium mais en plus évolué, tous les aspects qui paraissaient dingue de leur premier album sont ici poussés encore plus loin, voir suraiguës, riffs zigzagants, solos épileptiques, rythmiques sur-speedées, changements de ton incessants, influences éparpillées et entremêlées du rock progressif au jazz en passant par musiques latines, le tout avec une énergie très punk : la patte The Mars Volta est instantanément reconnaissable, les 2 compères et leurs acolytes marqueront leur temps.

Les musiciens jouant sur cet album sont ceux qui accompagnaient Omar et Cédric lors de la tournée précédente, donc des instrumentistes maîtrisant leur sujet : Jon Theodore à la batterie, Juan Alderete à la basse et Ikey Owens au clavier. Quelques apparitions de 2 membres des Red Hot : John Frusciante, qui apporte sa patte par le biais de solos (dont celui du début) sur « L’ Via L’ Viaquez », et Flea, qui avait déjà joué les basses de De-loused… et joue ici de la trompette! Le frère d’Omar, Marcel Rodriguez a également rejoint le groupe en tant que percussionniste.

L’album est constitué de 5 titres, mais dont le format n’a rien à voir avec ce qu’on a l’habitude de voir, et ne vous inquiétez pas, ils remplissent entièrement le cd.
Le premier morceau est particulièrement bluffant, après une intro à l’acoustique, on les imagine très bien se trémoussant comme des épileptiques sur ces rythmiques endiablées -prises en main par un batteur phénoménal- puis partir, les yeux révulsés, en semi-improvisations sur des passages ambiant, « Cygnus… Vismund Cygnus » est un morceau de près de 13 mintes unique, constamment changeant.

Vient alors le single de l’album, « The Widow ». Comme « Televators » sur l’album précédent c’est étrangement un des morceaux plutôt posé, un slow bluesy parsemé de trompettes très « mexicaines » et solos délirants d’Omar, sur lequel Cédric s’épanche de sa voix caractéristique de crooner strident. C’est en fait le seul morceau dont le format est applicable à une vidéo.

Le morceau suivant, « L’via L’viaquez », débute en espagnol pour se poursuivre en anglais, un déferlements d’effets spéciaux et le couplet en espagnol est de retour; puis, après quelques rebondissements, il repart dans un son latino avec congas rappelant fortement la musique cubaine.

« Miranda That Ghost Just Isn’t Holy Anymore » est d’une tristesse infinie. Après 4/5 minutes de sons fluets inquiétants, une trompette se fait entendre puis des notes de guitares égrainées qui entourent la voix de Cédric émouvante et saturée.

Puis vient « Cassandra Gemini », le gros morceau de l’album, titre de 30 minutes séparé en 7 plages, certainement le plus expérimental, avec pas mal d’improvisations et de trips, et des arrangements qui me rappellent parfois les délires psychédéliques des Beatles sur l’album Magical Mistery Tour, entrecoupés de passages ambiants.

Des quasi-blancs parsèment d’ailleurs l’album, passages comportant des sons ambiants, quelques effets ou sons de guitares isolés, voix tellement bourrées d’effets qu’elles en sont incompréhensibles, bruits d’oiseaux et cetera : un peu saoulants à la longue et n’apportant finalement pas grand chose, à part remplir les 76 minutes du cd!

Ces intermèdes et l’écoute d’une pré-version en mp3 de cet album qui n’avait rien à voir, m’avait laissé une mauvaise impression de Frances the Mute, que je trouvais inachevé et bancal.
Le format des titres et les intermèdes ambiants sont en fait autant de barrages à l’accessibilité de leur musique. Mais finalement l’écoute du CD fût tout autre, cet album s’écoute d’une traite, les passages ambiants participant à l’ambiance générale, servant de lien entre les différentes parties du récit, d’ailleurs parfois des mélodies leitmotivs reviennent comme des flash-back.

Les amateurs du 1er album du groupe ne seront pas surpris, Frances the Mute poursuit globalement dans sa lignée, et en tous cas sa qualité, tout aussi impressionnant et original, mais en même temps l’évolution du son du groupe est certaine grâce à une grosse part d’influences latines -provenant forcément des origines mexicaines de Cédric et cubaines d’Omar.
Les 2 sont toujours aussi brillants, Omar nous gratifiant de superbes solos originaux, souvent improvisés, et Cédric maîtrisant de mieux en mieux son chant atypique et hystérique sur des mélodie marquantes.

Leur musique n’est certainement pas universelle mais le génie en musique l’est rarement (ou jamais?). L’écoute de Frances the Mute n’est certainement pas évidente pour l’oreille non avertie mais une fois qu’on est aspiré, on ne peut qu’être conquis. Quiconque ayant un minimum de goût pour la musique aventureuse se doit d’écouter ce disque, The Mars Volta affirment une inventivité comparable à celle de Pink Floyd en leur temps, leur musique est réellement unique en 2005.
Sautez dessus!

  1. cygnus… vismund cygnus
  2. a. sarcophagi
  3. b. umbilical syllables
  4. c. facilis descenus averni
  5. d. con safo
  6. the widow
  7. l’via l’viaquez
  8. miranda, that ghost just isn’t holy anymore
  9. a. vade mecum
  10. b. pour another icepick
  11. c. pisacis (phra-men-ma)
  12. d. Con Safo
  13. cassandra gemini
  14. a. tarantism
  15. b. plant a nail in the navel stream
  16. c. faminepulse
  17. d. multiple spouse wounds
  18. e. sarcophagi
jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 498 articles sur Eklektik.

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10 Commentaires

  1. kollapse says:

    superbe chro pour un album qui ne l’est pas moins…un des indispensables de l’année.

  2. manu says:

    j’ai beau me l’écouter régulièrement, je le trouve en-dessous de De-loused. Evidememment tous les « remplissages sonores » qui souvent servent d’outro n’apportent pas grand choses, à part une sorte de transition mais bon ça encore ça passe.
    Pour les solo d’Omar, ils deviennent beaucoup plus (trop?) conventionnels, moins noisy en fait. Mais y’a quand même de pure passages, si j’oublie l’via l’viaquez…

    15/20 lol ;)

  3. jonben jonben says:

    Réécoute le. J’ai été très déçu au premier abord mais en fait la structure de l’album laisse à penser qu’il n’y a que 5 titres alors que chacun recèle de pûrs passages au bout de 5, 10 ou 20 minutes!

  4. Ikara says:

    Moi je suis convaincu… l’ayant chopé depuis deja qqu temps sur le net… je me l’achete des que je vais au magasin. Franchement pareille musique ca se soutient et puis c’est une perle dans la discotheque ;) superbe

  5. dave says:

    favori 2005
    vivement le live a paris pour moi l’album est fabuleux!!

  6. Head says:

    Gros coup de coeur pour l’année 2005. L’originalité fuse de partout, je crois que l’avenir de la musique passe par ces schémas non conventionnels…
    17/20

  7. manu says:

    même si je compte l’acheté, je trouve qu’il aurais pu faire « mieux ». toute proportion gardée.
    mais je l’ai déjà écouté beaucoup de fois, je verrais mardi prochain ;)

  8. Joss says:

    Superbe album même si je pense qu’a l’heure actuelle je suis loin d’avoir saisis toutes les subtilités de l’album. Un disque vraiment en dehors de la production actuelle, qui rescucite Led Zep et Pink floyd à la grande époque !!!
    Certainement un des disques majeurs de l’année !!!

  9. wakos says:

    putain, faut vraiment que je l’écoute ce CD, surtout qu’il doit être quelque part dans mon bordel de CD’s …

  10. kollapse says:

    Marrant parce-que là où certains ne voient que surenchère de technique et prétention, moi j’y vois feeling, émotion, groove et, soyons fous, génie. « frances the mute » est un disc-trip en fait. On adore ou on deteste. Moi j’adore.

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