Isis + Jesu + Dalek – 29 mai 2005 – Locomotive – Paris

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Qu’est-ce qu’on l’a attendu ce concert alors…
Hydrahead et Ipecac, 2 labels qui s’affirment en tant qu’entités artistiques fortes de ce début de siècle, rien que leur nom sur un cd permet de supposer la qualité de l’album. Isis, le groupe du créateur d’Hydrahead, en est la tête de proue, la hype autour d’eux les amenant dans une Locomotive bien remplie. Accompagnés du nouveau groupe de Justin Broadrick, tête pensante de feu Godflesh, Jesu et d’un des groupes hip hop les plus appréciés des amateurs de rock Dalek, ce concert avait de quoi être enthousiasmant. Il en ressort un bilan contrasté, ambivalent et extrême. 3 groupes, 3 phases.

Fewz : Dalek ouvre les festivités et même si le public a mis un peu de temps à rentrer dedans, tout est rentré dans l’ordre pendant l’excellent show des New Yorkais. On verra d’abord débarquer un premier rappeur, Oddity, en solo, qui a fait du bon boulot, en rappant, dansant, et en égratignant tous les « puristes » ou refermés, quelque soit le genre… dédicace aux potes de Brooklyn, Candiria. Dédicace au métal, au hardcore, au Hip Hop, much respect to Jesu, much respect to Isis.
« It’s All sound!! ». Yeah guy!
Lorsque toute la formation arrive, celui-ci s’en va sur le côté, et c’est alors qu’arrive trois types: l’un des gars se pose aux samples torse nu (un peu abusé d’ailleurs), le Dj taïwaino-Jamaïcain prend place derrière ses platines accompagné de ses clopes et de ses bières; le gars au mic, rondelet, s’avance, le bob écrasé sur le crâne, et pose son flow sur l’élctro-tr(h)ip hop bouillonant du groupe. Le set est carré. Dalek a fait grosse sensation sur la Loco, et a donné une leçon de Hip pop, ou plutôt d’ »abstract Hip pop », terme barbare et polysémique je l’accorde…
Véritable message et ode à la musique non-conventionnelle et à la mixité!
Allez voir du côté de Kool Keith, Automator, Dj Krush, Companny Flow, Antipop Consortium et d’autres…

Jonben : Je ne renie pas l’intérêt que peut avoir hip hop de Dalek, dont la noirceur a d’ailleurs beaucoup à voir avec l’éléctro sombre ou l’indus mais je me suis passablement ennuyé. Le fait est que je ne suis pas amateur du flow hip hop, quel que soit sa forme. Donc ce flow lancinant de mots m’a plus incité à la somnolence qu’autre chose, la musique derrière est bien foutue, les sons sont bien trouvés, mais reste très répétitive, les changements de tempo ou les breaks presque inexistants.

Crusto : Ne connaissant que le morceau le plus hip-hop du dernier album de Dälek (Ever Somber) je m’attendais à un show totalement hip hop. Et bien, la surprise. Une zic electro, sombre, indus, des beats trip hop, des scratchs, un flow lent, répétitif et totalement adapté au style de musique proposé par le trio. Je suis sur le cul du début à la fin. Je m’attendais absolument pas à ce genre de délire. Mention spéciale au dj pour ses scratchs de la bouche. Ce concert m’a donné envie de me pencher plus sur ce groupe qui sort du lot.

Jonben : Vient alors Jesu, qui était attendu par certains autant si ce n’est plus qu’Isis. Ils sont 3, un batteur – celui du groupe suisse signé sur Hydrahead Knut-, un bassite et Justin Broadrick à la guitare, au chant et au sampler, qui est l’homme derrière la musique de Jesu. Ils embrayent sur le 1er titre de leur 1er album sans nom, la guitare et la basse arrivent avec lenteur, crachant un son massif puis Broadrick lance des samples de claviers aux sonorités bruitistes. Le son général du groupe était tout à fait correct d’où on se situait, le son de guitare ressemblant assez à celui de l’album mais Broadick fait s’arrêter le groupe à la fin du morceau pour vérifier son matériel. Cela durera près de 10 minutes, les 2 autres musiciens commencent à s’impatienter, Broadrick s’énerve sans un mot au public… Ils repartiront avec l’aide d’Aaron Turner sur 2 autres titres puis s’en iront brusquement avec une brève explication bredouillée. Bref un peu n’importe quoi et pas très pro, dommage car la musique du groupe est des plus intéressantes.

Fewz : La grosse déception de la soirée est venue de Jesu… Ce n’est pas moins que l’un de mes groupe et disque de l’année que j’étais venu voir, écouter mais malheureusement Justin Broadrick n’a pas pu assuré la totalité du show, faute à un matériel défectueux… C’est en fait la guitare du leader de feu Godflesh qui a semble-t-il fait des siennes même si moi, qui était exactement à ses pieds, j’ai cru comprendre que son matos de scène (son multi-effet) a connu quelques soucis.
Fender ou Gibson, il n’y eut rien à faire. Le matos guitaristique n’est pas opérationnel, et sans guitare il ne reste plus grand intérêt dans la musique du groupe. C’est pourquoi après quelques tentatives et quelques titres à demi-joués, Jesu décide de quitter la scène.

Crusto : Depuis 15 ans qu’il tourne avec, sa gratte ne l’a jamais lâché, c’est pourquoi il n’avait pas de gratte de rechange. Mais quoi qu’il en soit, l’emprunt d’une autre guitare pour assurer la fin du set aurait été le minimum. Perfectionniste ou pas. Tant pis pour nous, et tant pis pour eux aussi, car je ne suis pas sur que la totalité de la salle soit venu pour Jesu, et cet incident aura un effet plus que négatif pour les non-amateurs du groupe. Dommage, c’est une désillusion. Mais le sieur à tellement influencé de nombreux groupes qu’on ne peut pas lui en vouloir pour cet épisode.

Jonben : On est rassuré dès les premières minutes du set d’Isis. Le groupe, lui, est très bien rodé, bénéficie d’un son plus que correct mettant en relief tous les instruments, et le set du groupe sera pro et bien calé. Aaron Tuner reste le centre de l’attention, ses chants, entre voix mélodiques éraillées et cris hardcore, sans être extraordinaires, rendent aussi bien que sur album. Le bassiste assure parfaitement ses lignes mélodiques sophistiquées, chargées, qui parfois confonde la basse avec une guitare supplémentaire. La basse, les 2 guitares et le clavier se superposent alors en mélodies croisées, chacun s’appropriant de la présence dans la musique du groupe. « Wills Dissolve », retranscrite nickel sur scène, restera mon titre préféré à ce niveau.
Très bon set d’Isis dont la musique sur scène acquiert une intensité qui de palpable sur album devient omniprésente. On en regrette presque que Panopticon soit si poli, on l’aurait préféré un peu plus rugueux, à la mesure du live.

Fewz : Isis a assuré son show d’une façon absolument magistrale. La part belle a été faite à Panopticon, mais sir Aaron Turner et ses acolytes ont quand même pu faire un arrêt par les cases Celestial et Oceanic, en servant notamment un titre surpuissant tiré de leur premier album ainsi qu’un The Beginning and The End » en guise de rappel, à un public qui n’attendait que ça. C’est armé d’une classe impériale et d’un son absolument limpide (dédicace à leur ingé son) qu’Isis a mis Paris à ses pieds ce soir. Tellement parfait que cela en devenait presque énervant. La maîtrise du groupe force le respect, et on ne peut que s’incliner devant tant de grandeur. L’une des prestations de l’année sans aucun doute.

Crusto : Je m’attendais à un set avec que du Panopticon, un disque que je n’apprécie pas particulièrement. Et à ma grande surprise, les morceaux de ce dernier album m’ont plu ! Je suis encore sur le cul, vu les critiques que j’ai porté sur son compte. J’aurais quand même préféré un peu plus d’anciens morceaux, mais on ne peut pas tout avoir. Niveau son, j’ai trouvé les aigus trop difficilement perceptibles, et le chant de Turner à la limite du faux par moments. Mais on s’en fout, c’était plaisant, énergique et le groupe, malgré une musique qui n’est pas forcement propice à ça, bougeait et avait du charisme. Un bon set du groupe, avec l’excellent « The Beginning And The End » en rappel. Par contre, j’ai trouvé leur improvisation sur « Celestial » un peu naze, mais ça ne regarde que moi.

Fewz : Sur trois sets nous avons eu le droit à deux superbes shows, ce qui est un bon rendement, mais le départ précipité de Jesu, impossible à relativiser, m’a empêché d’apprécier pleinement le concert et m’empêche toujours de lui accorder tout la valeur qu’il mérite. Entre l’énorme sensation de Dalek, le set aborté de Jesu, le momumentalisme d’Isis, je ne sais quoi penser. Tout ce que je sais, c’est qu’une fender m’a fendu le coeur…

Set list Isis :
So Did We
Backlit
Carry
In Fiction
Wills Dissolve
Grinning Mouths
Celestial + impro
Rappel:
The Beginning and the End

A PROPOS DE jonben

jonben Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande.                           [http://jonben.jux.com] [http://jonben.bandcamp.com]

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    Enfin une tres bonne chronique sur cet album ,pas comme chez nos compères de VS Webzine ;--) .Je te rejoints en tout point sur ce que tu a mentionné .Pour ma part un bon album qui se lasse pas au fil des écoutes .
  • slipknot-the-gray-chapter-newkrakoukass | 20 octobre 2014
    Slipknot – .5: the Gray Chapter
    Merci pour ton commentaire. ;) Loin de moi l'idée de proclamer que quiconque n'aime pas cet album est un abruti obtus (les personnes visées sont plutôt les couillons qui n'ont jamais aimé Slipknot -pour des raisons souvent basées sur des préjugés ou une haine du so called Nu Metal- et ont toujours craché sur le groupe, ...
  • slipknot-the-gray-chapter-newMths | 20 octobre 2014
    Slipknot – .5: the Gray Chapter
    Merci de bien faire comprendre que quiconque n'aime pas cet album est un "rageux bas du front", ça fait toujours plaisir. Et si ce n'est pas le message que tu voulais faire passer, je t'invite cordialement à retravailler le début de ta chronique... Je trouve que, dans les titres qui ont été balancés sur le Web, il y a q...
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