Since By Man + Courtesy Blush + Feeding – 14 mai 2005 – Joy’s Peep Show – Paris

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Etrange.

Tous les éléments de ce concert annonçaient d’un évènement improbable. L’affiche tout d’abord, cosmopolite et éclectique, rassemble les Américains de Since By Man, les Canadiens de Courtesy Blush et les Français de Feeding. Le lieu ensuite, le Joe’s Peepshow, un squat égaré entre deux sex-shops au cour du quartier Pigalle. L’horaire enfin, changeant au gré de l’humeur des orgas et finalement fixé à 13h quelques jours avant la date fatidique. Horaires changeants, lieu improbable, groupes encore méconnus du public français, très peu de promo autour de l’évènement. pas grand monde au final. Même si c’était indépendant de leur volonté, éspérons que l’orga en prenne de la graine pour ses prochains concerts.

Aux alentours de 13h les premiers arrivants arpentent les trottoirs du boulevard de Clichy à la recherche de la salle, baissant le regard devant les avances des filles de Pigalle. Arrivé devant le n°53, un rideau de fer à peine entrouvert barre l’entrée. Lorsque la pluie commence à perler, tout le monde se faufile à l’intérieur. La salle est un ancien peepshow désormais siège de l’association No Mad Nomads. Des croûtes hideuses recouvrent les murs et une odeur insaisissable flotte dans l’air. A l’intérieur c’est ambiance répèt. Les musiciens s’affairent autour de leurs instruments tandis que la salle se remplit. Le public, peu nombreux, s’affale sur les canapés d’un rose passé, disséminés le long des murs. L’attente commence à être longue. Les musiciens doivent faire face à un gros problème technique : l’absence de sono. Impossible d’utiliser l’installation de la salle et tout le monde se démène pour trouver une solution. Avec près d’une heure de retard le concert peut enfin commencer.

Les quatre membres de Feeding investissent donc la scène avec la difficile tâche de débuter un concert de plus en plus surnaturel. Diesel, leur premier album, jetait les bases d’un metal hardcore original, subtil mélange de brutalité et d’émotion. Quelque peu énervé par la tournure des évènements le groupe nous délivre un set sous tension. Le chanteur possédé se démène au micro alternant hurlements sauvages et chants plus mélodiques. Pressé par le temps, les Rochelais enchaînent les titres à une allure folle en privilégiant les nouvelles compositions aux titres encore provisoires : Milosc, Arpège, Derder, Dernière 1 et Tininin (en rythme). Le public les oreilles encore vierges de ces nouveautés se contente d’esquisser quelques mouvements de tête et d’applaudir la fin de chaque morceaux. Le groupe semble avoir définitivement abandonné le chant en français et se dirige désormais vers un post hardcore avide de ruptures et de contrastes. Les compositions se baladent à travers un déluge de riffs metal et d’accalmies mélodiques soudaines. Malgré quelques larsens intempestifs les musiciens font preuve d’une bonne maitrise technique. Le set prend rapidement fin devant un auditoire sous le charme. On reparlera à coup sûr de Feeding, un jeune groupe au potentiel énorme.

Pas de changement de matos et système D oblige, on se passe les instruments pendant la très courte pause. Entre deux barres de strip tease, Courtesy Blush, « rougeoiement de courtoisie », investit la minuscule estrade en guise de scène. Pas question de courtoisie ici et c’est sans rougir que le groupe entame son set. Le chanteur au physique atypique jongle entre chant et cris, soutenu par le deuxième guitariste. Face aux problèmes de son il interpelle le public :

Lui : « Do you hear anything ? »

La salle : (en choeur) NO !

Pas déstabilisé pour autant le groupe poursuit sa prestation, entièrement instrumentale pour ceux situé à droite de la scène (l’autre partie semble en effet avoir bénéficié d’un ampli voix en état de marche). La session rythmique fait des ravages. L’impressionnant bassiste impose sa présence physique et technique en manipulant son instrument avec virtuosité. Telle une allumette entre ses doigts la basse enchaîne groove monstrueux, slap et arpèges mélodiques. Le batteur atomise sa batterie. Tous les éléments volent en éclats : une baguette s’échappe de ses mains, telle un missile en direction du public, un des toms s’affaissent sous les attaques de mosh parts fulgurants et une cymbale vient s’échouer par terre, incapable de résister aux assauts répétés. Musicalement le groupe navigue entre emo et hardcore en plongeant de temps en temps dans les eaux tumultueuses d’un screamo dévastateur. Au final Courtesy Blush s’en sort plutôt bien avec un set carré et plein de fougue.

Since By Man. Le temps presse et on assiste à un changement ultra rapide de matos. Après quelques minutes de pause, tout juste suffisantes pour finir sa bière et dissimuler les odeurs intempestives à coup d’encens, les cinq potes de Milwaukee quittent les canapés sur lesquels ils étaient installés pour investir la scène. Les premiers riffs explosent et le groupe transforme la salle en antichambre de l’enfer. Un mur de décibels s’élève face au public médusé. Très inspiré par le lieu atypique Sam, le chanteur, hurle ses paroles à plein poumon en transperçant la foule. Le son ne s’est pas amélioré mais désormais plus personne n’y fait attention, seul comptent les soubresauts épileptiques des cinq musiciens. Les instruments délivrent une musique viscérale qui vous prend à la gorge jusqu’à l’étourdissement. Les riffs hardcore soutenus par une batterie furieusement rock’n’roll rappellent l’agressivité d’un Converge copulant joyeusement avec l’urgence rock d’At the drive in. Le guitariste, un géant blond rejoint Sam pour s’affaler sur le canapé tout en maltraitant ses cordes. La petite assemblée réunit dans cette salle étrange se laisse porter par l’énergie déployée par le groupe. Les têtes oscillent en rythme, les corps transpirent abondamment et se consument peu à peu. Le chanteur, véritable pile électrique retient toute l’attention. Le Joe’s Peepshow se souviendra longtemps de sa venue. Sam se jette contre les murs, se vautre dans le canapé, chevauche le bar, explose un halogène, provoque le public puis lui tend le micro . Après avoir escaladé le mur d’ampli pour se jeter dans le vide, une partie de l’estrade vole en éclat lors de son retour sur terre. Since By Man privilégie les titres issus de son EP A love hate relationship mais, à la demande du public, termine le concert sur les deux brûlots que sont « Enemy » et « Watch the fall ». Et l’assistance de reprendre en chour « Can you hear me now, can you see me now, you can feel me now, right right with now, don’t save me. »

Dès le départ tout ceci semblait surréaliste. Avec un son déplorable, devant un public peu nombreux et dans une chaleur étouffante la passion a prit le dessus sur la technique. Et lorsque le concert prend fin on ne peut s’empêcher de penser que l’on a assisté à un évènement rare.

« Play it fucking loud »

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