Capricorns – Ruder Forms Survive

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Style: doom/stoner instrumentalAnnee de sortie: 2005Label: Rise Above

Message à caractère informatif : Rise Above a dégoté une petite bombe ! Ni plus ni moins !

Capricorns ou l’art du faux-semblant et du non-sens. Comment l’expliquer autrement ?! Un nom de groupe à faire mouiller Elisabeth Tessier (qui a dit sa lune n’est pas fraîche ?…), une suite de titres affublés de dates, six titres sur sept instrumentaux, un artwork glauque s’il en est, baigné dans l’univers cradingue grindcore 80’s, nullement allusif du style musical pratiqué par Capricorns. Et la foule en liesse d’implorer la révélation…
Capricorns c’est quatre garçons dans le vent issus de la scène anglaise doom, sludge, stoner et touti quanti, qui nous proposent leur premier album après un EP sorti en 2004 répondant au doux nom de Capricorns. Capricorns c’est Chris TURNER à la batterie, Kevin WILLIAMS à la guitare, Nathan BENNETT à la guitare et Dean BERRY à la basse. Ah je vois des oreilles averties se dresser. Oui en effet on retrouve bien au sein de Capricorns Chris TURNER le batteur de Orange Goblin, Dukes of Nothing, et Dean BERRY le guitariste de feu Iron Monkey. De l’artillerie lourde en somme.

Musicalement parlant, Capricorns s’accomplit au cœur d’un doom/stoner instrumental crépusculaire et sensoriel. Sensoriel par la puissance évocatrice de leur musique. Une force minérale qui bouscule et s’empare de vos sens. Point de psychédélisme fleur bleue à l’horizon. Seulement un magnétisme obsédant où les forces brutes et naturelles se révèlent flamboyantes. Une basse lourde, envoûtante, des guitares profondes oscillant entre assauts métalliques, flots venimeux, et mélodies cristallines en sont ses chantres. Ces chantres qui se révèlent également être les apôtres d’un concept vaguement historique, d’une musique quasi théâtrale, d’un théâtre des opérations où la survie de l’être, ses causes, ses conséquences, son absurdité se dévoile sous le prisme d’une certaine mémoire de l’Histoire. Chaque note, chaque mélodie en clair-obscur, ces montées en puissance comme ces calmes ténébreux, leur emphase, leur caractère prégnant, tout est force d’image, tout participe au réveil d’une mémoire collective et historique. Des spasmes violents d’un “1977 Blood For Papa”, d’un “1440: Exit Wargasmatron” aux épopées épiques de “1969: A Predator Among Us”, de “1066: Born On The Bayeux” ou bien encore de “793AD: The Harrying Of The Heathens” en passant par le démoniaque “The First Broken Promise” ou le grave et commémoratif “1946: The Last Renaissance Man”, chaque morceau est un acte de cette pièce sordide à la mise en scène ingénieuse. Le théâtre d’une Histoire joue sa représentation ce soir Messieurs, Mesdames ! Le visage de la condition humaine dévoilé ! Le rideau se lève sur des décennies voire des siècles de silence. Du serial killer David Berkowitz, the Son of Sam dans “1977 Blood For Papa” à l’hérétique Gilles de Raie dans “1440: Exit Wargasmatron”, du sacre de Guillaume le Conquérant à la bataille d’Hasting dans “1066: Born On The Bayeux” aux procès de Nuremberg dans “1946: The Last Renaissance Man” et sa ligne de chant martial “Raise your right hand” pour finir sur un “793AD: The Harrying Of The Heathens” où l’une des premières épopées viking de pillages et viols en tous genre en terre anglaise se voit ici mise en musique. Le spectre est large mais certainement à la hauteur du poids du rideau de l’Histoire…

Si tout n’est néanmoins qu’allusion dans la musique de Capricorns, Eugene Robinson d’Oxbow va lui mettre les pieds dans le plat en posant sa voix sur “The First Broken Promise”. Unique morceau chanté de cet opus, Robinson apporte une dimension contemporaine. Sa propre vision de la survie en eaux troubles, en posant un de ses textes et sa voix nasillarde et déchirée sur la musique de Capricorns. Bien plus qu’une simple collaboration, Robinson prend possession de la scène. Il délivre une prestation. Ce n’est plus un chanteur. C’est un performer, un acteur possédé par la force de son propos. Capricorns et Robinson signent avec ce morceau, un pacte des possédés pour ce Ruder Forms Survive ainsi que l’un de ses moments les plus intenses.

Soufflant le chaud et le froid sur les cendres de Kyuss ou Karma to Burn, Capricorns tels des miraculés de l’adversité développent une musique envoûtante, sombre et homérique pour la catharsis d’une certaine Histoire. Une mise en scène musicale magistrale dans l’évocation d’énergies, de puissances naturelles et intemporelles, de survies mais également de non-sens. « De cendre à la cendre, de poussière à la poussière » disent les anglais. Faites pour une fois qu’il n’en soit pas ainsi…

  1. 1977: blood for papa
  2. 1969: a predator among us
  3. the first broken promise
  4. 1440: exit wargasmatron
  5. 1066: born on the bayeux
  6. 1946: the last renaissance man
  7. 793ad: the harrying of the heathen

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18 Commentaires

  1. Julien says:

    C’est un bon album mais pas transcendant non plus… Ca se laisse écouter on va dire !

    J’aurai aimé 7 morceaux chantés par Robinson, c’est tout bonnement énorme, quelle voix de dingue, complétement hallucinée !!!!

  2. Devin says:

    Je découvre depuis une petite semaine , très peu d’écoutes mais woohoooo ça va rentrer dans le top 10 de fin d’année ça .

  3. Neurotool says:

    @ Julien: j’avais le même sentiment au cours des premières écoutes… Cet album ne se laisse pas dompter aussi facilement que tu le laisses entendre. Les écoutes successives durant lesquelles je fis des recherches sur le groupe m’ont dévoilé une richesse imperceptible au départ. Il est peut-être cliché de dire qu’il faille persévérer avec cet album mais dans le cas présent c’est un fait.

  4. kollapse says:

    Capricorns vient de sortir avec ce « ruder forms survive » ce qui constitue l’une des mes grosses claques de l’année : inspirée, envoutante, lourde, doom, cet album est une énorme mandale dans la gueule! Le titre avec Eugene est incroyable, possédée ; les titres s’e »nchainent avec une grande homogeneité, les trouvailles rhytmiques et mélodiques sont magistrales, les riffs tous plus intenses et inspirés les un que les autres et le talent de comosition de ces americains est indéniable. Bref Capricorns a sorti là un des albums de l’année…18/20

  5. Julien says:

    @ Neurotool : Yes de toute façon je continues encore à l’écouter, je ne suis pas lasser, maintenant à voir si comme tu le dis, avec le temps je l’apprécie encore plus ! ;)

  6. damien luce says:

    bon album cependant je préfère leur ep ou album 3 titres, je le trouve plus convaincant, cela dit cet album « ruder forms survive  » diffuse un autre spectre de leur musique tout aussi sympathique!!!

  7. Neurotool says:

    @ Kollapse: ils sont anglais. Un seul membre est originaire de New York mais vit actuellement en Angleterre.

  8. kollapse says:

    Ah ouais juste anglais ils sont nos amis de Capricorns. J’aurais pourtant du le savoir en sachant qu’il y dans ce groupe des anciens membres d’Iron Monkey et Orange Goblin ;-) (et que c’est precisé dans la chro…)

  9. kollapse says:

    enfin membres actuels pour ce qui est d’Orange Goblin apparemment.

  10. Devin says:

    Je regrette déjà que ça ne soit pas plus consistent (un peu plus long oui mais aussi plus mémorable) C’est très bon mais ptet pas ultime. Bon j’en suis pas encore revenu .. on verra bien.

  11. intheseblackdays says:

    mode chieur on: Et voilà, dès que ça groove un peu, on lui colle encore l’etiquette stoner, ralala… /off
    Moi aussi, je lui prefere l’EP, qui etait bien plus impressionnant que ce Lp qui n’arrive pas à autant captiver sur sa plus « longue » durée. Certains plans sont bien moins inspirés, il en resulte un coté inégal. Il est également dommage de ne pas avoir assez exploiter les cris de Bennett qui se contente ici d’un seul beuglement alors qu’il s’en donnait à coeur joie sur l’EP. Par contre, avoir fait appel à Eugène est une de leurs meilleurs idées, rendant leur « doom » baroque et ciselé encore plus sussurant et maladif, un des grands moments de ce disque.
    Pas la claque escomptée mais quand même l’une des confirmation de l’année.

  12. Neurotool says:

    @Inthese: si je ne m’abuse une de tes comparses en parle dans les mêmes termes (doom/stoner)… ;-)

  13. inthese says:

    ah, je crois que tu t’abuses :) mais c’est pas grave. moi qui clame souvent que les étiquettes sont affaire de sensibilité personnelle, je démontre ici le contraire… pardon je ne recommencerais plus. ;)

  14. Hallu says:

    Perso je lui collerais plus l’étiquette stoner que doom =)

  15. Ellestin says:

    Perso je lui collerais l’étiquette wock’n’wooooooll! Et j’ai grand hâte d’en faire mon réveillon

  16. xavier says:

    Grosse surprise et énorme claque de cette année. Je l’ai écouté un nombre incalculable de fois et je ne m’en lasse pas. Un grand grand disque. Je ne connais malheureusement pas le EP.

  17. Pig says:

    je suis pas sûr, mais je pense que 1969 se réfère au tueur du zodiaque (->capricorns)

  18. AlCheMist says:

    Excellent album que voilà !!! Très bonne découverte, merci Neuro ! Raaah ‘1440…’ et ses passages épiques !!!

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