Canaan – The Unsaid Words

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Style: gothic dark rockAnnee de sortie: 2005Label: Eibon Records

Si d’aventures le milieu du metal/rock – entendu dans son acception la plus large – se prenait à organiser l’élection du groupe le plus déprimant, il y a fort à parier que son regard se porterait rapidement vers le pays de Dante et Leopardi tant les formations à l’âme mélancolique sont légions. Et il n’est probablement pas exagéré de penser que Canaan figurerait dans le quintet gagnant. Depuis leur premier recueil de cantiques désespérés en 1996 (Blue Fire), les italiens ont régulièrement (Walk into my open womb en 1998, Brand new babylon en 2000, A calling to weakness en 2002) et sans dévier de leur morne trajectoire initiale, apporter leur funeste témoignage au procès de la condition humaine.

Je recommande rarement la prudence lorsqu’il s’agit de susciter l’intérêt à l’égard d’un groupe. Une fois n’est pas coutume, donc, car une mise en garde ici s’impose : pénétrer le monde de Canaan n’est pas un voyage de tout repos, loin s’en faut. Le groupe déverse de véritables hymnes à l’oppression, poisseux mais éthérés, qui tournoient autour de vous tel un bandeau de soie rouge sang prêt à resserrer son étreinte autour de votre cou frêle et offert. Le quotidien, qui parvenait encore à garder quelques couleurs et saveurs, n’est désormais plus qu’une masse informe et grise. Le spleen est inévitable. On tente de se convaincre qu’il convient de ne pas continuer par crainte de raviver de vieilles blessures ; on se persuade que l’entreprise s’avèrera inexorablement éprouvante si on la mène à son terme ; mais on veut savoir, on tient à poursuivre le sinistre voyage, à se jauger. Car il doit bien y avoir une vertu rédemptrice derrière cette brume sans doute infranchissable.

Le style du groupe est définitivement établi et ancré dans des fondements tout à la fois fragiles et immuables : voix masculine fantomatique et hypnotique, guitares plaintives à la sauce darkwave, chant anglais ici, déclamations dans la langue d’origine là, nombreux instrumentaux accentuant la sensation de sombre tourbillon dans lequel on est happé. Pourtant, et je pense que cela provient plus d’une évolution de la production que des compositions elles-mêmes même si selon le groupe il s’agit ici de leur album le plus inspiré, on peut peut-être se risquer à penser qu’on a ici l’œuvre la moins noire de leur discographie.
Mais moins noire, avec Canaan, c’est encore bien trop de lumière et c’est justement celle à la froideur de laquelle on cherche le plus souvent à se réchauffer.

  1. The wrong side of things
  2. this world of mine
  3. sterile
  4. the possible nowheres
  5. fragment #1
  6. senza una risposta
  7. fragment #2
  8. fragile
  9. fragment #3
  10. in a never fading illusion
  11. just another noise
  12. il rimpianto
  13. the unsaid words
  14. fragment #4
  15. never again
  16. nothing left (to share)

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

darkantisthene a écrit 276 articles sur Eklektik.

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7 Commentaires

  1. Ellestin says:

    Moyennement conquis par les mp3. A voir…

  2. So says:

    Idem, mérite plus qu’une écoute entre deux chros.
    Pour découvrir, par quel album commencer ?

  3. Silenius says:

    Je déflore à peine la nouvelle oeuvre des Italiens et c’est vrai que l’album est moins sombre dans sa globalité que les précédents albums.
    Mais comment ne pas fondre devant cette voix plaintive et cette instrumentation sombre et dramatiquement belle.Alors à part quelques micros expérimentations (effets de voix) la recette est la même depuis toujours avec les Italiens mais je dirais tant mieux.Moins noire oui mais le deuil qui traverse l’album est toujours là immuable et si touchant.J’y retourne :)

    Ah oui j’en profite pour dire qu’il y a quelques années est sortit un album du groupe Weltschmerz du nom de « Capitale De La Douleur ».Et bien c’est simple vous aimez Canaan?vous aimerez Weltschmerz. Pratiquement la même troupe et la même recette ;)

    Commence par A Calling To Weakness So.Je pense que c’est l’oeuvre la plus aboutie des Italiens .

  4. darkantisthene says:

    en tout cas « éviter » au début ce qui me semble être la plus déprimante des oeuvres : brand new babylon ; blue fire est noirissime égalemment
    en tout cas je m’en vais quêter du côté de chez welzeruchtengrufrchwe mercilenius

  5. So says:

    Merci.
    Ben là, en fait, j’ai bien besoin d’un truc déprimant, donc je retiens ton avertissement Darkantisthène.

  6. Monster says:

    Bien aimé « The Unsaid Words » (même si je trouve ça kitch) mais alors « This World Of Mine » pouark.
    Mais bon faut dire qu’en dehors des Fields Of The Nephilim, j’ai tendance à trouver que tous les groupes goth rock font pitte…

  7. So says:

    Oh achevez-moi je vous en prie…
    Intéressante la métaphore « Le groupe déverse de véritables hymnes à l’oppression, poisseux mais éthérés, qui tournoient autour de vous tel un bandeau de soie rouge sang prêt à resserrer son étreinte autour de votre cou frêle et offert. »
    J’ai commencé par the unsaid words, je découvre au fur et à mesure et je ne suis pas déçue du voyage pour l’instant. Finalement, attendez un peu avant de m’achever, je veux connaître leurs albums précédents.

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