Knut

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Annee de sortie: 2010
Juste avant leur concert parisien de la tournée Knut/Impure Wilhelmina, l’entretien avec Impure Wihelmina une fois terminé, l’enchaînement se fait presque directement avec les deux gars de Knut, tout auss sympas et qui n’ont pas leur langue dans leur poche, surtout leur batteur Roderic qui se révélera une mine de connaissance et avec qui on aurait pu encore discuter pendant des heures.
Entretien avec Roderic (batterie) et Philippe (guitariste).



Fewz : Comment se passe la tournée pour l’instant
?


Philippe : Bien !

Rodéric : Ben, elle est finie en fait. Mais ça a été mortel. C’était notre première expérience avec le nouveau line up. Enfin nouveau a 60% … je ne sais pas combien … y’a deux nouveaux membres et un troisième qui a switché de la basse à la guitare puisque notre guitariste est partià la fin de l’année dernière. Voilà on a fermé un cycle de 10 ou 12 ans et puis là du coup on a eu envie de nouveau de prendre la route. Pendant un moment on ne savait plus trop et puis on cherchait un peu notre second souffle mais finalement c’est mortel.


Hororo : Donc en fait c’est un peu le changement de line up qui avait fait que vous aviez arrêté pendant un moment de tourne ou … ?


Rodéric : Oui carrément


Fewz : Parce qu’il y avait des rumeurs qui disiez que vous ne vouliez plus tourner.


Philippe : Ben au départ c’est ce qu’on avait décidé parce qu’on avait pas la solution et puis de fil en aiguille on a contacté Jérôme le nouveau bassiste et puis on s’est dit qu’on pourrait aussi prendre une deuxième guitare parce que le dernière album est enregistré avec deux guitares. Du coup on a contacté Thib que je connaissais déjà, j’ai joué avec lui dans Prejudice, et puis la sauce elle a pris.

Rodéric : C’est pour le live mais c’est aussi lié au disque, car la formation qui est là, surtout le fait que Jeremy soit à la guitare ça reproduit ce qui s’est passé pour le disque. Le disque a été composé différemment d’avant, c’est-à-dire avec les postes habituels, là tous les rôles se sont distribué, tout le monde a touché un peu a tout. Notre ancien guitariste a beaucoup moins participé puisque il était déjà un peu out du groupe quelque part, il avait pris un peu son temps avec le groupe alors que nous on avançait dans de nouvelles directions et Jeremy a beaucoup composé et beaucoup joué de la guitare sur ce disque donc le problème qui se posait c’était ; Est-ce qu’on ne fait plus de live ou est ce que l’on recrée un line up adapté au nouveau disque.


Fewz : Et comment réagit le public par rapport aux nouvelles chansons de Terraformer?


Philippe : Ben, je sais que dans les premières chroniques y’a des gens qui étaient déçus parce qu’il y a beaucoup moins de chant. C’est beaucoup plus musical. Les gens ont un peu reproché ça. Et puis aussi la comparaison du son de l’album par rapport à Challenger qui est assez énorme. Mais faut voir que quand on est arrivés dans le studio on avait dans l’idée de faire une pré maquette et puis finalement y’a eu une bonne énergie, un son moins énorme, un truc qui se passait alors on s’est dit qu’on gardait ça.

Rodéric : On était passé par pas mal d’étapes différentes suivant les disques. Par exemple Bastardiser c’est un album dont les chansons avaient été assez peu jouées, pour certaines en tout cas, en live. Bon on l’a enregistré en 97, on avait une expérience live qui était moindre, mais on avait le premier bassiste qui était ingénieur du son. Didier qui s’y connais aussi pas mal en technique. On avait un super studio a disposition, le studio des Forces Motrices à Genève qui nous avait été laissé pendant l’été. C’est un disque que l’on s’est amusé à produire, à peaufiner dans les moindres recoins et qui sonne presque clinique. Et puis plus on avait d’expérience live, plus on pouvait retranscrire ce que l’on avait fait dans le studio. Et puis là Terraformer c’est carrément ça. Autant on était partis musicalement dans des directions plus expérimentales avec des sons, des choses comme ça qui ne sont pas forcement très live autant, le gros de l’album a été joué en live et enregistré quasiment en première prise presque un peu par-dessus la jambe De toute façon on se disait "on verra plus tard, on va le réenregistrer", du coup on été tellement décomplexés par rapport à ça qu’on se lâchait et puis ce feeling là c’est ce qui comptait et on l’a gardé.

Mais par rapport à la question de comment réagit le public on a tout de même pas mal de vieux morceaux. On a essayé de garder un équilibre pour que Didier chante un peu sur une majorité du concert tout en essayant de retranscrire en live le coté plus électronique qu’est présent sur le dernier.


Hororo : Est-ce que vous avez remarqué entre Challenger et maintenant qu’un plus grand nombre de personnes s’intéressent à ce que vous faites ? Pas que votre musique sois devenue plus accessible mais il y a plus de gens sensible à une musique plus extrême.


Rodéric : C’est possible quand on voit que des groupes comme Slipknot – qu’on aime ou qu’on n’aime pas- passe a la télé. C’est assez horrible mais dans Slipknot y’a des côtés qui ressemblent à du death metal mais ça passe quand même à la radio et sur MTV. Et puis t’as la famille d’Ozzy qui passe sur MTV. Tu vois le fils d’Ozzy qui écoute Meshuggah pendant un épisode. C’est vrai que les musiques extrêmes sont devenus un truc plus accessibles. On en parlait tout a l’heure. Si des trucs plus accessibles, plus néo, peuvent inciter des mecs de 14 ans à aller vers des choses plus underground. Tant mieux.


Hororo : Mais est-ce que vous avez vu quelque chose apparaitre dans votre public ?


Rodéric : Ben quelque fois dans des salles on nous as dit, Ah y’a vachement de jeunes. Des gens qui sont plus dans nos scènes musicales, qui sont là depuis des années, qui organisent des concerts et qui tedisent « tiens c’est marrant y’a plus de petits jeunes qu’ont avaient pas vu avant ». De toute façon c’est très mixte au niveau des visages.


Fewz : Comment des mouvements et des influences différentes mais toujours aussi extrêmes, comme le drone, sont arrivés dans votre musique ?


Rodéric : C’est lié au mode de composition qui s’est fait moins en répétition. D’un coup Jeremy il travaillait chez lui sur des programmes, Didier aussi. Y’a eu une pluralité de sources

Philippe : Je pense aussi au fait que c’est aussi plus facile maintenant d’avoir un ordi chez soi pour travailler et composer. Ca s’est vachement démocratisé, avant c’était vraiment un merdier improbable alors que maintenant c’est facile. T’as un ordi, t’a tout ce qu’il faut, t’as plus qu’a le brancher et amener des idées. C’est arrivé des fois chez moi que je mette une boite à rythme et que je compose, ça donne déjà une bonne idée. Alors qu’avant, il y a quelques années, on arrivait au local, on faisait un morceau, fallait apprendre le riff au guitariste etc. … Ca prenait plus de temps alors que là ça va beaucoup plus vite.

Rodéric : C’est vrai que cette histoire de démocratisation de l’informatique ça permet juste avec un lap top d’avoir des programmes qui tournent hyper bien. Avant des trucs comme Cubase c’était beaucoup plus lourd. Maintenant y’a quasiment tout le monde qui travaille en faisant sa petite musique à la maison mais pas en se prenant la tête ou en prenant des mix compliqué tout en ayant le coté live du local de répétition. Je pense que les deux ça amène un bon équilibre.


Hororo : Mais justement, est ce que vous pensez que le fait d’avoir un ordinateur ça a rendu la composition plus organique que ce que vous auriez fait en studio de répète ?


Rodéric : Les trucs saccadés et difficiles à mettre en place ce ne sont pas des trucs qui sont fait avec des machines. Pour ce qui est des breaks, des riffs… pour le coup ça sonnerait pas du tout organique si tu le faisais par un ordinateur, ce serait du copié collé. Pour ce genre de morceaux on est tout de même obligé de travailler finement derrière nos instruments, ça permet des accidents heureux, alors que sur un ordi ça fait tout de suite plus machinal. L’ordinateur il est là pour des choses plus expensives, ambiant, plus pour les textures en fait. Pas tellement pour les structures.


Hororo : Enfin je disais ça vis-à-vis de la production parce que le nouveau sonne tout de même beaucoup plus organique alors que je trouvais que le précèdent avait un son beaucoup plus sec.


Philippe : Je pense que ce qui change surtout sur le dernier, pour les morceaux qui gicle plus, c’est surtout moi et Roderick. En s’entraînant dans le local avec un guitariste et un batteur, ça va beaucoup plus vite, ça fuse, y’a pas besoin de s’emmerder a expliquer au bassiste. Du coup ça amène ce coté brut et direct.

Rodéric : Le coté plus froid que tu trouves sur Challenger c’est que plus y’a de membres, plus t’es dans des systématiques un peu plus figé, t’es moins spontané. Parce que s’occuper de tous les arrangements ça retarde pour que les choses sortent, alors qu’a deux ça va plus vite.



Fewz : Sinon pour ce nouvel album vous êtes encore passé chez Richard Moradel …


Rodéric : Pour le dernier ?


Fewz : Ouais.


Rodéric : Justement pas, c’est ce qu’on aurait du faire après. En fait cette demo devenue disque a été enregistrée au départ chez Jérôme Pelegany qui est le guitariste de Nostromo, et aussi le guitariste d’un groupe de grind dans lequel Jeremy fait de la basse. Et voila, Jérôme a monté son studio dans le local de répète et c’était une de ses premières expériences d’enregistrement. Mais par contre on le connaît depuis super longtemps. Ce qui est marrant c’est quand on sais que Jeremy a été bassiste de Nostromo avec Jérôme il y a très longtemps, avant que Jeremy rejoigne Knut, et maintenant ils refont de la musique ensemble. Jérôme a fait de la basse en interim avant que Jeremy nous rejoigne en 98. D’ailleurs notre nouveau bassiste actuel a aussi joué dans Prejudice (groupe de Hardcore) avec Tim ….

Philippe : Non en fait c’est moi qui l’ai remplacé.

Rodéric : (rire) Bon en fait Prejudice c’est la matrice fantôme de pas mal de groupe. Peu de mondes connaissent ce groupe mais faut savoir que y’a 3 personnes sur 5 dans le line up actuel de Knut qui y sont passés à des moments différents.


Hororo : Mais est ce que justement ce gros échanges de membres entres les groupes c’est assez commun à la scène genevoise ?


Philippe : Ben écoute il se passe la même chose à Lausanne dans des scènes plus rock ou plus pop. Disons qu’on se voit un peu dans les mêmes lieux, on se voit dans des bars pour boire des bières ou à des concerts. Et puis c’est pas une bien grande ville donc y’a des amitiés qui se créent, des connections. Un soir un peu bourré on se dit « Tiens on pourrait faire un groupe ». Enfin tu vois.

Rodéric : Sans compter l’émulation qui peut être un facteur. A partir du moment ou certains groupes de la scène genevoise ont eu la possibilité de s’exporter en France ou ailleurs, je pense que ça aussi motivé des tas de gens à se bouger et puis a former des groupes ou à changer de groupe. Y’a l’idée de se faire plaisir mais y’a aussi l’idée de faire des tournées, des trucs et qui rend l’arbre généalogique beaucoup plus compliqué.


Hororo : Et est ce que vous pensez qu’il y a un état d’esprit propre à la scène genevoise ?


Rodéric : Sais pas. Qu’est ce que c’est que cette question, j’en sais rien (rire)


Hororo : Ben c’est vrai que c’est assez un truc de journaliste de dire qu’il y a un son commun, ce qui n’est pas vraiment le cas …


Philippe : Moi ce que je vois qui est pas mal c’est qu’il y a une envie de se défoncer, surtout que le niveau musical à augmenté donc quand des gens sortent un nouveau truc, d’autres gens essayent d’atteindre le même niveau …

Rodéric : Bon y’a une émulation c’est vrai, mais comme tu dis c’est un truc de journaliste de dire « Ah y’a une scène ! ». Mais si tu regardes dans toutes les villes c’est pareil, Seattle c’est pareil. Y’avais Jack Endino, y’avais Sub Pop et puis y’avais des groupes. En fait, aucune comparaison possible avec Genève mais si tu regardes une salle comme l’Usine ou il y a maintenant, deux, trois, voir quatre assoc, dans le même bâtiment, qui font des concerts. Qu’il y a des concerts presque, quasiment, tous les jours de la semaine. Tous les jours possible. Des trucs Ninja Tune, Electro, Dub, Hip Hop, tout les concerts Pop et Rock que tu puisses imaginer, Hardcore et autre. Il y a un studio, les Forces Motrices, qu’a été super important parce que sont venus aussi bien les Young Gods que la scène française, Condense etc. … Ca a facilité la captation de l’attention des medias français. Forcement, tous les bons groupes français des années 90 venaient au Force Motrices. Ensuite y’a eu Hannibal, Snuff, Les Products, quelques labels quand même qui ont fait émerger des groupes. Ces groupes ils ont montés des squats et puis ont fait des disques et ont tourné donc après banco. Un lieu, des squats autour, quelques labels, un studio d’enregistrements, un ou deux zines et des groupes, qui profitent de tout ça et puis qui se bougent le cul avec tout ça. Donc je me dis que dans d’autres villes ça pourraient être pareille, suffit qu’il y ait deux, trois personnes qui tout d’un coup prennent sur eux de faire une structure. Y’a pas de magie particulière comme avec les suédois qui s’amusent à dire que c’est dans l’eau, que c’est dans l’eau qui boivent quand on leur demande « Pourquoi vous êtes si bon ?! ». Suffit d’avoir une petite dynamique qui repose sur ces quelques éléments et puis petit a petit ça devient une culture parce qu’au bout de dix ans, les mecs qui ont 16 ans ils ont jamais connu autre chose qu’une scène dynamique donc pour eux c’est normal. Ils ont du matos, ils vont faire des groupes et puis ils vont très certainement tourner rapidement.


Hororo : Vous êtes sur Hydra Head …


Rodéric : Et sur Conspiracy en Europe. Le dernier est sortis chez Conspiracy en Europe alors que le précèdent c’était une licence Hydra Head Europe. On est chez Hydra Head mais pour les Etats-Unis. Conspiracy c’est une structure qui s’est gentiment développé sur le booking, sur la distrib mais à la sortie de Challenger ils se sont développés comme une structure de licence de disques de chez Hydra Head sous le label Hydra Head europe. Mais Conspiracy c’est d’abord un label et pour le nouveau c’est vraiment les deux choses : Hydra Head pour les States et Conspiracy en Europe. Donc Conspiracy qui a sorti Shora et puis Mono, c’est un label qu’a pas mal repris ces derniers temps.


Hororo : Parce que ma question c’était de savoir si vous pensiez qu’il y avait un état d’esprit dans le label Hydra Head et si vous vous en sentiez proche ?


Rodéric : Ben Conspiracy c’est tout de même tout petit et puis ça couvre l’Europe qu’est tout de même vachement éclaté alors que Hydra Head c’est tout de même les Etats-Unis et puis ils ont un rayonnement dans le monde par rapport à leur esthétique et tout. Donc ouais bien sur que l’on se sent proche de Hydra Head.


Fewz : Et sinon, tu as joué de la batterie pour Justin Broadrick.


Rodéric : Ouais dans Jesu. J’ai fait la tournée européenne parce qu’ils avaient leur batteur qui étaient malade, là il est de retour donc on va voir si l’aventure continue d’une manière ou d’une autre.


Hororo : D’ailleurs j’avais été super impressionné par ton jeu lors du passage à Paris, enfin le peu que j’ai pu entendre.


Rodéric : Aie Aie Aie, oui. Enfin le chapitre est clos, on s’en est expliqué. Moi j’étais témoin un peu affligé de la chose, c’est bien dommage. Là ils vont retourner donc j’espère qu’ils repasseront par Paris. Mais c’était une super expérience. Bon Isis on avait déjà tourné d’autres fois avec eux et on est devenu assez proches. Et puis rencontrer Broadrick, le mec qui m’avait foutu une claque en 90 devant 100 personnes avec Godflesh. C’était le début de beaucoup de choses. Mais bon, pour revenir à mon jeu de batterie sur la tournée avec Jesu, je n’avais pas beaucoup de marge, j’étais contraint par des machines ce qui est quand même assez différent de Knut.


Fewz : C’est beaucoup moins spontané.


Rodéric : Oui, c’est pas du tout le même boulot et puis là tu sers la musique de quelqu’un d’autres.


La discussion se finira donc ainsi, avec le plaisir d’avoir rencontré des gens passionné par ce qu’ils font.

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

hororo a écrit 395 articles sur Eklektik.

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