Otargos – Ten Eyed Nemesis

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Style: black metalAnnee de sortie: 2005Label: Several Bleeds Records

AlCheMist : Vous me voyez confus, cher confrère, de vous contacter en plein congrès de proctologie (Discipline dont je vous sais friand), mais il fallait à tout prix que je vous consulte au sujet d’une rondelle à moi échue non point par hasard mais par choix. En effet, c’est totalement à dessein que je choisis aujourd’hui de me pencher sur le cas Otargos. Déjà fortement accroché par les extraits de leur premier MCD Codex 666, j’ai eu la chance de pouvoir jauger la force de frappe du patient sur scène récemment. Et la claque assénée par leur Black Metal vengeur m’a poussée à acquérir leur dernier méfait en date Ten Eyed Nemesis. N’étant point coutumier de ce répertoire se trouvant bien loin de mes domaines d’investigation habituels, je souhaite m’adjoindre vos avis techniques et éclairés sur la question.
Je vous joins cependant mes premières constatations. Je note, d’une part, une production acérée et claire rendant totalement justice à la fureur dégagée par le groupe et notamment un son de batterie ultra-précis et non triggé. D’autre part, les alternances entre déchaînements blastiques et mid-tempi lancinants (‘Warmachine XXX’) n’ont pas été sans éveiller en moi un certain intérêt envers une machine de guerre qui m’a l’air de prime abord extrêmement performante. Mais je prendrais le soin de développer ces arguments un peu plus loin et vous laisse la parole, vous voyant déjà trépigner d’impatience à l’idée de laisser votre verve (Oui avec un V, épargnez-moi vos blagues vaseuses) se déverser sur nos belles pages tel un chanteur de karaoké se roulant par terre à la seule idée qu’un autre puisse lui dérober la chance d’interpréter à sa place le dernier de Johnny.

Darkantisthene : Je ne vous cache pas que ma première réaction, lorsque ma secrétaire de la semaine m’a contacté pour me soumettre votre requête déplacée, a été de lui signifier son licenciement immédiat. Celle qui lui a succédée s’est montré plus convaincante et m’a susurré de prendre en compte vos hauts faits d’arme en matière chroniquienne afin d’accéder à votre demande. L’argument étant imparable, j’acquiesce.
Vous venez chercher une caution « technique et éclairée ». J’ai bien peur de vous décevoir cher confrère : sur le plan technique, vous l’avez remarqué vous-même à juste titre, il s’agit de black metal et il n’y a pas grand-chose à rajouter à cette froide constatation ; et pour ce qui concerne les lumières à apporter, elles seront adaptées à la circonstance car aussi peu éclairantes que cette musique est portée à provoquer une ambiance paisible. Contrairement à vous, l’écoute de ce Ten Eyed Nemesis est mon premier contact avec ces frenchies. Je serai peut-être donc plus « objectif » et cette objectivité m’amène à tempérer votre enthousiasme.
Pour le dire tout de go, il ne s’agit pas ici de la frange que j’affectionne le plus : c’est de la grosse artillerie aux confins du black brutal avec sonorités death (le titre Unaltered negativ god me rappelle réellement Morbid Angel période Altars of madness) ou (de manière plus diffuse toutefois) thrash. La comparaison avec les (anciens ?) dieux américains du death ne s’arrête pas là dans la mesure où, sur le plan vocal, j’ai souvent l’impression que David Vincent est venu pousser la chansonnette avec pour consigne de se déchirer les cordes un peu plus qu’à l’accoutumée.

Je me suis déjà exprimé à ce sujet en des temps antérieurs et immémoriaux : on est peut-être en présence du style de metal le moins appelé à évoluer et il serait stupide d’exiger des groupes le pratiquant une innovation vis-à-vis de ses prédécesseurs. On ne saurait donc leur reprocher de ne contrevenir à aucun point du « cahier des charges » ; car on a en effet droit ici à tout ce qui généralement de mise au sein du style pratiqué : un mixte de plans Setherialiens (période Lord of the nightrealm), Naglfariens (fort relent de l’album Diabolical sur Warmachine XXX) et Morbid Angeliens.
Pour quelle raison exactement – je ne saurais le dire – la sauce ne prend pas. C’est plutôt bien produit (avec un bémol pour le son de caisse claire qui me paraît trop raw pour le style et pas suffisamment fondue dans la masse à mon goût), on peut apprécier distinctement les instruments sans pour autant avoir droit à un lissage qui édulcorerait la démarche, la section rythmique tient largement la baraque, mais quelque chose ne « fonctionne » pas, je trouve certains passages monotones et des fins qui tirent un peu en longueur. Le constat est d’autant plus amer que le premier titre annonçait une belle déflagration de violence savamment maîtrisée avec un bon petit break death mid-tempo permettant au hurleur de s’en donner à cœur joie.

AlCheMist : Je vous remercie tout d’abord pour les références ci-dessus citées par vos soins qui me permettent de mieux situer musicalement le cas Otargos. Et je pense qu’à ce stade de cette biopsie, nous pouvons toutefois trouver un point de concordance. Le fait est, que je le veuille ou non, cet album me séduit à chaque nouvelle écoute. Et lorsque vous soulignez votre incapacité (Toute relative, qui a eu le bonheur de vous croiser au dernier séminaire concernant les touchés rectaux a pu constater l’étendue de vos compétences) à mettre le doigt (justement) sur le point qui rend votre diagnostic si réservé, je m’en voyais au moins au début de ce rapport aussi embarrassé que vous dans la démarche inverse. Pourtant, l’ébauche d’une hypothèse commence lentement à se faire jour. Et je me permettrais de reprendre par ordre chronologique les réserves que vous émettez à l’encontre de ces artisans du Black Metal (Tout comme l’entrecôte) à la Bordelaise.

Tout d’abord, j’avoue et revendique ma virginité quant aux territoires brutaux du BM, mes accointances avec ce style se cantonnant à des formations aux répertoires symphoniques, mélodiques ou épiques. Peut-être est-ce même cette innocence sonore et un heureux hasard qui ont permis au quartet de trouver son chemin jusqu’à mes oreilles attentives. Encore fallait-il que la musique suive… Et pour ma part je considère le contrat comme rempli. Sur la question de la section rythmique et pour en revenir à la production dont vous soulignez la bonne tenue, je souhaiterais tout de même attirer votre attention vers la basse dont l’excellente tenue m’a guidé tout au long de l’écoute et s’est révélée comme un fil d’Ariane solide. Quant aux longueurs et monotonies que vous évoquez, elles sont bien sûr présentes, mais semblent avoir provoqué chez moi l’effet inverse.
Je m’explique, ces longues parties hypnotiques sont l’une des choses que j’affectionne le plus sur cette galette (‘Necro Aeons’). Lorsqu’elles sont bien mises en places et habilement utilisées (Et c’est bien sûr le cas ici), elles agissent comme un rouleau compresseur dont on a plaisir à subir l’écrasement. J’élargirais (Non point le cercle de mes amis, je vous vois déjà venir avec vos gros sabots estampillés New Rock) notre débat à présent sur un point qui, je le sais, va peut-être mettre fin à notre si fructueuse collaboration. Le concept utilisé par le groupe et l’architecture même des morceaux m’amènent à penser qu’Otargos a bien pris soin d’élaborer ‘Ten Eyed Nemesis’ d’un point de vue très ‘visuel’. Les samples tirés du ‘Prince des Ténèbres’ n’y sont sans doute pas étrangers mais je sais gré au groupe de tisser une atmosphère de fin de monde assez grandiloquente et faisant étrangement appel (Et pour mon plus grand plaisir) à mon imaginaire cinéphile à grand coup d’accélérations meurtrières et d’ambiances écrasantes.

Tout au long de l’opus se crée ainsi une dynamique fort plaisante, comme si la formation
avait choisi de littéralement canaliser sa brutalité en la ‘mettant en scène’ (si vous me passez l’expression quelque peu cavalière). J’en veux pour preuve supplémentaire les atmosphères oppressantes dégagées par les chœurs grégoriens envoûtants utilisés avec parcimonie et intelligence (Le grand final ‘Iron Flames’) ajoutant encore à l’esprit ‘narratif’ de la chose.

Darkantisthene : Puisque vous semblez apprécier les références comparatives, j’en aurais une dernière à vous suggérer même si son incongruité équivaudrait à comparer un pistolet à eau à un fusil d’assaut : certains passages (bien dark et puissants) et raclures de gorge me font en effet penser aux fabuleux Dawn (dont je ne saurais que trop vous conseiller l’écoute) qui ont toutes leurs lettres de noblesse au style considéré dans cet album encore inégalé Slaughtersun.
Pour ce qui concerne votre parallèle à une démarche cinématographique, j’avoue ne pas l’avoir perçu le moins du monde. En revanche, pour avoir vu le clip du meilleur titre de l’album (Havocalypse), le manque de talent esthétique n’est pas au rendez-vous et qu’il me soit permis ici de les féliciter pour avoir su éviter les poncifs du genre tout en respectant l’aura impure qui se « doit » d’être retranscrite dans ce type d’exercice.
Je me risque, après plusieurs écoutes et en guise d’introduction à ma conclusion, à une métaphore alambiquées : j’ai l’impression qu’un magma sonore et noirâtre virevolte autour de moi et ne parvient que rarement à franchir le seuil de la porte qui mène vers mon paradoxal bien-être corrompu.

Le talent est là, tapi dans l’ombre de ce monde sans lumière (pas facile à magnifier donc) et ne demandant qu’à s’exprimer, j’en suis persuadé. Il y a belle lurette que les français n’ont en rien à rougir de leur scène black et ce n’est pas encore avec ces bordelais que les scandinaves ou les américains pourront nous montrer du doigt pour nous dénigrer. Cependant, je pense qu’il faudra plus pour parvenir à se détacher de la masse qui ne désemplit pas au sein de cette scène tout sauf morte. J’attends donc une affirmation plus qu’une confirmation, pour ma part.

AlCheMist : Corrompu vous l’êtes sans doute, mais je serais indulgent à votre endroit au vu des impressionnantes références par vous affichées au cours de cet examen clinique qui n’aura pas été déplaisant puisqu’il nous a permis d’opposer nos points de vue entre gentlemen de la bonne société. Je me permettrais cependant de conclure positivement et en faveur de ce Ten Eyed Nemesis qui de l’obscurité a su faire également jaillir pour mon plus grand bonheur des titres épiques tels que Hordes en dégageant de la noirceur des mélodies malsaines qui m’ont grandement séduit. Et pour une première plongée dans ces ténèbres, je sais gré à notre patient du moment de m’avoir fait profiter d’une si plaisante expérience. Sur ce, je vous laisse retourner à vos trous chéris tandis que je m’enfonce derechef avec plaisir dans les couloirs torturés et esthétiques hantés par Otargos. Et d’esthétique puisqu’il en est question, il est bien certain que le soin apporté par le groupe à son Black Metal tant sur le fond que sur la forme n’a pas été étranger à mon engouement. Que voulez-vous je suis au fond une incorrigible midinette (Je vous remercie bien sûr à l’avenir de ne pas révéler cet horrible secret…).

  1. havocalypse
  2. warmachine xxx
  3. hordes
  4. necro aeons
  5. ablaze evil horizons
  6. unaltered negativ god
  7. ten eyed nemesis
  8. iron flames

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alchemist

Chroniqueur inter mi-temps, amateur de chats, de Metal mélodique sous toutes ses formes, de fromages de caractère, de bons bouquins, de radios intelligibles... et de zombies.

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6 Commentaires

  1. darkantisthene says:

    précision : on a laissé la note d’alchy histoire d’éviter une pondération numérique. Pour ma part, j’aurais mis 12/13

  2. Ilhan says:

    Wow, excellente chronique…. tout en déconnant les 2 avis et l’analyse de l’album sont présents.
    classe

  3. dah-neir says:

    Je suis de l’avis de dark et j’aurais mis un 13 maximum. Comme il le dit fort justement il manque quelque chose pour que le groupe sorte vraiment du lot. On sent que le potentiel est là mais il manque ce petit truc suplémentaire qui met sur le cul. Un bon disque de brutal black…

  4. dah-neir says:

    Je suis de l’avis de dark et j’aurais mis un 13 maximum. Comme il le dit fort justement il manque quelque chose pour que le groupe sorte vraiment du lot. On sent que le potentiel est là mais il manque ce petit truc suplémentaire qui met sur le cul. Un bon disque de brutal black…

  5. Arkhamian says:

    Merci pour cette chronique bien écrite et bien marrante. L’un comme l’autre vous voyez souvent juste: celui qui nous dénigre ne se trompe absolument pas dans les influences et pour une fois la critique repose bien sur quelque chose. Merci ausi pour le 16 très flatté. désolé pour la caise claire, moi comme l’ingé son on en démord pas…
    Au prochain album… qui vous arrachera au moins a tous deux une bonne hémorragie anale!!!

  6. darkantisthene says:

    ravi que ma critique ne vous fasse pas prendre la mouche. sinon qu’entends-tu par « on n’en démord pas » ? que ce son raw était expressément recherché ?

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