Obituary – Slowly We Rot

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Style: death metal culteAnnee de sortie: 1989Label: Roadrunner Records

Le Morrisound Studio. Scott Burns. La scène de Tampa en Floride. Je ne sais pas pour vous mais le simple fait de prononcer (ou lire) ces quelques mots et me voilà la larme à l’œil, le regard porté vers un horizon indéterminé où les ombres de ce que je considère comme l’âge d’or du Death Metal baisent le diable en personne qui se demande s’il n’est pas sur le point d’être détrôné dans sa quête de la décadence.
Merde faut-il rappeler que la même année sortent Altars of madness (Morbid Angel) et World Downfall (l’unique album de Terrorizer) suivant de près l’album le plus infâme (et d’une infamie jouissive) du combo de Chuck Schuldiner : Leprosy ?
Encore aujourd’hui j’ignore ce qui m’a poussé à porter le regard sur le vinyle dont la pochette représente un cadavre en état de putréfaction, pourrissant lentement dans le caniveau d’une rue déserte. Le logo, peut-être, qui me paraissait à l’époque sortir de l’ordinaire, qui se distinguait en tout cas de ce à quoi j’étais accoutumé (Iron Maiden, Metallica, Guns N’ Roses étaient les groupes tournant le plus souvent chez moi) ; à moins que ce soit par volonté d’avoir encore plus matière à « choquer » mes neuneus de congénères…
Bien m’en a pris en tout cas et je me revois poser impatiemment le disque sur la platine Lenco, faire descendre le diamant sur les sillons, entendre le petit crépitement, suivi d’une brève intro faisant immédiatement penser qu’on est à la merci de quelque chose dont on ne pourra réchapper, abandonné de tous… et là… et là, le choc. Le choc, oui. Les beuglements dont on aura vite fait la marque de reconnaissance du groupe viennent me poignarder la boîte crânienne. Les déchirements rocailleux, que seul le plus puissant des carnassiers est à même d’asséner, m’ouvrent des horizons insoupçonnés, j’ai l’impression d’avoir affaire à ce qui se fait de plus extrême, de plus abject et poisseux. John Tardy est inhumain, il éructe ses vocaux comme s’il avait été enfermé parmi la vermine des décennies durant.
Mais on ne bâtit pas un monument du metal sur une voix, aussi phénoménale soit-elle. Il faut des compositions hors du commun, qui tranchent avec ce qui a été fait auparavant. Et ces compositions sont bien présentes, nul doute possible.
On a en effet affaire à une tripotée de classiques alternant passages mid-tempo (les plus fréquents) et passages plus rapides (Gates to hell), quasi punk dans la manière brute d’être exécutés (son de batterie très cru). Pas de blasts supersoniques, je vous rappelle que nous sommes en ’89, ce qui n’est pas pour me déranger, la violence malfaisante pouvant se déployer de fort « belle » manière sur des rythmes peu soutenus. On a d’ailleurs droit à quelques envolées plutôt doom/death, ne serait-ce que le titre Slowly we rot qui fait musicalement honneur à la vitesse de détérioration physiologique vicieusement évoquée par les paroles. L’ombre des premiers Slayer (Intoxicated) ou Metallica (Deadly Intentions) plane au-dessus des solos d’Allen West qui s’en donne à cœur-joie pour nous lacérer les tympans tout en sachant les agrémenter d’un sens mélodique salutaire (‘Til Death, mon morceau préféré). Le son corrosif des guitares rythmiques n’est pas là pour édulcorer leur détermination dans l’annihilation de toute pureté susceptible d’émerger dans cette moisissure qui sert de monde, loin s’en faut.

Le dégoût primitif aura rarement été aussi magistralement mis en musique.

Je n’ai personnellement pas pu suivre avec fidélité la suite de leur carrière, n’ayant jamais pu retrouver cette sensation de spontanéité dégoulinante qui émane de tous les pores de ce premier album. Cause of death, son successeur immédiat, bien que se situant dans sa droite lignée, m’apparaît trop lisse, presque trop professionnel si j’osais m’exprimer sans retenue (…) et le propos du groupe y perd selon moi en efficacité. Cette tendance sera largement confirmée par un The end complete et un World Demise presque inoffensifs.

Revenez aux vraies valeurs didiou !

  1. internal bleeding
  2. godly beings
  3. ‘til death
  4. slowly we rot
  5. immortal visions
  6. gates to hell
  7. words of evil
  8. suffocation
  9. intoxicated
  10. deadly intentions
  11. bloodsoaked
  12. stinkupuss

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

darkantisthene a écrit 276 articles sur Eklektik.

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4 Commentaires

  1. Zepekegno says:

    Poisseux et puissant,cet album a inauguré le son si particulier d’Obituary, le mélange parfait entre groove et violence, qui sera plus tard imité avec plus ou moins de succès par d’innombrables groupes de la scène hardcore new-school (cet avis n’engage que moi pas taper ; ) … Et leur album live est le meilleur live de death (?) que j’ai entendu.

  2. Monster says:

    Oui enfin c’est pas Obituary qui a inauguré ce son lourd, ils l’ont un peu (beaucoup) piqué à Celtic Frost/Hellhammer. C’est pour ça qu’avec Obituary j’ai toujours eu l’impression d’entendre un cover band du Frost par moment.
    Surement une des meilleurs voix du death metal en tout cas, ya pas photo !

  3. Angrom Angrom says:

    Belle chro Darkouille
    Personnellement j’ai découvert tout ca bien plus tard, mais j’aime autant SWR que Cause of Death
    Les avoir vu recemment en concert m’a prouvé qu’on peut être puissant sans moult blast beats… la grande classe

  4. agent brody says:

    j’ai retrouvé ce texte écrit y a quelques années pour le site de consommateurs « ciao.fr ».
    c’était pour la sortie de « anthology ».
    Le premier disque d’Obituary est arrivé un jour comme ça de nulle part (on se doute qu’il a dû, plus facilement,sortir d’un caveau moisi, que d’une boîte de Miel-Pops) sans crier gare (ni même « Terminus tout l’monde descend! »). C’est un disque qui a lancé le death-metal (avec Cannibal Corpse, Morbid Angel, Deicide, j’en passe et des plus glauques) et qui lui a donné ses lettres de noblesse.
    Le death-metal pour les novices c’est un peu comme du trash mais en tout plus exagéré (surtout la voix des chanteurs). ça parle souvent de satanisme et autres croyances déviantes et obscures et c’est souvent ridicule. Peu de groupes ressortent du lot, car le style est assez limité en lui-même (enfin pas autant que le grind-core). Mes groupes préférés restent quand même Cannibal Corpse (parce que c’est vraiment ignoble et que ça tache bien, surtout quand on place un de leur disque à côté des Beatles) et Obituary.
    L’originalité d’Obituary, c’est leur chanteur, John Tardy (aucun rapport avec le dessinateur). Quand on sait que, à la base, c’est un fan de country, on a beaucoup de mal à comprendre comment il en est arrivé là. Ce type est une bête immonde, rampante et hideuse. Il ne chante pas, il fait des sons démoniaques inintelligibles, sortes d’onomatopées de l’Enfer; il éructe, et nous, simples mortels, on ne peut que boire ses borborygmes, vomis avec tant de coeur (les artères en plus). C’est absolument étonnant, on dirait qu’il a des fils barbelés à la place des cordes vocales. Dès qu’il ouvre la bouche, ça saigne et ça gicle, un vrai régal.
    Ce qui me plait chez ce groupe c’est que c’est de la musique qui peut vraiment foutre les jetons et qui ne rassurent pas. Contrairement au black métalleux qui jouent à « kiss chez les goths » pour donner plus d’impact à leur zik, Obituary c’est des types normaux jeans/baskets/cheveux longs qui composent des odes à Lovecraft et ses créatures déformées, sur le thème récurrent de l’instinct de déconservation (« slowly we rot », « suffocation », « intoxicated », « blood soaked » ou encore « infected », « cause of death » et « chopped in half » sur leur second disque que je vous conseille aussi). Des chansons très malsaines musicalement, qui produisent de vraies ambiances de cauchemars, qui vous font claquer des dents jusqu’à prendre rendez-vous chez le dentiste.
    Quand on écoute Obituary, on se remet à croire avec crainte au méchant monstre qui attend, tapi sous notre lit; l’air de notre chambre devient tout d’un coup vicié et irrespirable; une odeur de souffre se dégage de notre platine; on se convulse comme un cloporte; et les pores de notre peau respirent l’hémoglobine jusqu’à l’asphyxie.
    Mais après faut vite faire le ménage, parce que maman rentre du boulot…

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