Blind Guardian

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Annee de sortie: 2010

Blind guardian fait partie des groupes majeurs de la scène Heavy actuelle. Détenteurs depuis plus d’une vingtaine d’années d’un style qui est leur est propre, les Allemands sont progressivement passés d’un Speed-Metal agressif à un Heavy-Metal travaillé, riche en arrangements et ambitieux. Les deux derniers albums en date (Nightfall in Middle-Earth & A Night at the Opera) voyaient la formation proposer des titres complexes, à la limite du progressif. Nos joyeux teutons n’ont jamais proposé le même album et leur musique a toujours demandé une attention soutenue. Votre heureux serviteur a été récemment convié à l’écoute du nouvel opus ‘A Twist in the Myth’. Rendez-vous nous a donc été donné à la Cantada II (Bar Metal haut en couleurs proposant un hypocras tout à fait gouleyant !). C’est au sous-sol voûté aux pierres apparentes, cadre s’accordant avec l’ambiance toujours très médiévale et héroïque se dégageant des airs prodigués par les bardes germaniques, que nous nous installons afin de découvrir leur dernière galette.

1.This Will Never End
Un titre direct aux lignes de chant légèrement dissonantes sur le couplet. Marque de fabrique du groupe, ce titre bénéficie une nouvelle fois d’un énorme travail de chœurs. La voix de Hansi est démultipliée à l’envi. Le refrain est altier et forcément mid-tempo. Pas de doute possible, il s’agit bien de Blind Guardian !

2.Otherland
Le groupe semble être revenu sur ce morceau à des inspirations de la période Imaginations From the Other Side. Le titre est classique et enlevé bien sûr. Les troubadours auraient-ils fait une indigestion de complexité ?

3.Turn The Page
Un titre rapide aux forts accents médiévaux. Les chœurs sont une fois de plus massifs, l’impression laissée par Otherland se confirme. On se dit à cet instant que la page ouverte sur A night At The Opera a été tournée (uhuh).

4.Fly
Le premier extrait single de cet album ne me convainc toujours pas. Tout comme ‘Sadly Sings Destiny’ en son temps, le rock n’ roll n’est pas un domaine dans lequel les Allemands semblent franchement à l’aise. La grosse machinerie Heavy auquel ils nous ont habitués ne se marie pas très bien avec ce genre de titres. Qu’importe, ça n’est qu’un single après tout.

5.Carry The Blessed Home
Un titre étrange aux sonorités de ballade irlandaise. Ca sent bon la guimauve et les nobles sentiments, trop peut-être… Le clavier dégouline de sonorités bien trop artificielles et sonne soudain très mièvre.

6.Another Stranger Me
De nouveau un titre rock n’ roll, pas franchement convaincant et anecdotique. Le doute pointe le bout de son nez. Si l’écoute devait se poursuivre dans cette veine, la déception pourrait bien être au rendez-vous.

7.Straight Through The Mirror
Me voilà rassuré, l’inspiration est de retour et le groupe se permet quelques audaces rythmiques assez intéressantes. Voilà de nouveau un morceau qui devra se savourer sur la longueur.

8.Lionheart
Encore un long titre complexe. Tout ceci est touffu au niveau des arrangements et des structures, son appréhension sera longue. Néanmoins, Blind Guardian semble s’être sorti de l’ornière.

9.Skalds and Shadows
Une ballade médiévale en pleine lignée de ‘The Bard’s Song’. Nous verrons sur la longueur si ce titre tiendra la distance face à son glorieux aîné. Le groupe se fend toujours avec bon goût de ce genre d’exercice. Les arrangements portés par des instruments traditionnels sont classieux.

10.The Edge
Les chansons semblent prendre un tour de plus en plus alambiqué au fur et à mesure de l’écoute. Très honnêtement, il m’est difficile à ce stade de me prononcer plus avant. La première impression d’un retour à la simplicité a été balayée.

11.The New Order
Blind Guardian termine sur les chapeaux de roue et le final est enlevé et travaillé, toujours aussi riche et donc difficile à assimiler d’une traite. On notera le soin particulier apporté au niveau des structures.
L’écoute prend fin et nous repassons au rez-de-chaussée où Hansi Kürsch (Chant) et André Olbrich (Guitare) attendent patiemment que le défilé des interviewers commence. C’est un verre d’hypocras à la main que je m’installe et débute cette entrevue avec un André souriant et de fort agréable compagnie.

A l’écoute de ‘Twist In The Myth’ on note qu’aux premiers titres relativement simples et directs succèdent des chansons aux structures et aux arrangements plus complexes. Etait-ce dans votre intention d’élaborer cette progression ?

Non pas particulièrement, nous n’avons rien planifié dans ce sens. Mais nous recherchons toujours de bons titres d’ouverture pour nos albums et ‘This Will Never End’ nous a semblé très bon dans cette optique. C’est une chanson assez directe et rapide. Et bien sûr, ce type de chanson ne peut pas être aussi progressif et complexe qu’un titre comme ‘The New Order’ qui clôt l’album. L’avant-dernier titre ‘The Edge’ est aussi plus compliqué pour une raison très simple, c’est le premier titre que nous avons écrit après l’enregistrement de A Night At The Opera (NDLR : Que nous nommerons ANATO pour plus de simplicité). C’est la chanson qui a la plus grande connectivité avec notre précédente réalisation. Après l’avoir écrit, nous avons tenté d’aller de plus en plus dans une autre direction.

J’ai pu noter l’ajout de sons plus modernes sur ce nouvel album. Qui les a amené dans le groupe ?

Ca a été une combinaison entre Hansi et moi. Je suis arrivé avec des idées instrumentales et il a créé ce nouveau style de chant pour lui. Nous avons été très créatifs pendant la période d’écriture. Nous avions le même but, ANATO était très épique et nous sentions que nous avions atteint le plus haut niveau de ce style avec ‘And Then There Was Silence’ (NDLR : Le titre en question clôturait ANATO en 14 minutes regorgeant de phases plus héroïques les unes que les autres). Nous ne pouvions continuer ainsi, nous aurions risqué de perdre cette inspiration. Nous nous sommes dit qu’il nous fallait quelque chose de nouveau qui collait à Blind Guardian. Nous étions décidés à sonner plus moderne. Les nouveaux éléments ont été trouvés à la moitié de notre période d’écriture. ‘Fly’ et certaines parties de ‘Another Stranger Me’ sont vraiment atypiques par rapport à notre répertoire habituel. Nous avons donc décidé d’utiliser ces idées et de voir ce que ça pourrait donner. Ce qui en est ressorti était plus direct, plus basique, je dirais plus ‘rock’. Nous avons apprécié ces nouveaux rythmes. Les lignes vocales étaient plus simples. Nous avons aussi allégé les arrangements des guitares pour privilégier les rythmiques.
Nous sommes très satisfaits du résultat. Une chanson comme ‘Fly’ est vraiment différente. Aucun groupe ne peut comparer un de ses titres à celui-ci, il est assez unique. Après tout ce que nous avons fait par le passé et tous les groupes que nous avons pu écouter, cela devient de plus en plus difficile de trouver de nouveaux éléments et de créer des chansons qui te font penser que tu tiens quelque chose de frais. C’est pourquoi nous avons choisi ‘Fly’ comme single pour affirmer : ‘Nous avons créé de nouvelles choses, il y a de l’espace pour cela, vous n’êtes pas obligés de vous copier sans cesse.’

Il vous est donc de plus en plus difficile de surprendre vos fans à chaque nouvel album… est-ce un risque que vous aimez prendre ?

Bien sûr, si tu choisis de nouvelles directions, tu prends le risque de perdre des fans en route. Les fans ont toujours une certaine exigence vis-à-vis de nous et si tu tentes de satisfaire ces exigences, tu ne peux que te perdre. Malgré ces changements, il reste suffisamment de marques de fabrique du style habituel de Blind Guardian pour ne pas désorienter totalement les fans. De toutes manières nous ne pouvons continuer que selon nos propres goûts. J’aime ce que nous avons fait dans le passé et j’aime entendre de nouvelles sonorités pour ma propre satisfaction. Hansi et moi sommes très heureux du résultat, je dirais simplement que tout ceci botte le cul !

Penses-tu que la complexité des dernières réalisations de Blind Guardian rend leur appréciation plus longue et permet par là même de faire durer le plaisir ?
– Tout à fait, si tu élabores quelque chose de trop simple, tu prends le risque que le public l’apprécie rapidement et l’oublie tout aussi vite. Regarde tous ces hits que l’on entend à la radio, ils sont trop simples et on s’en lasse extrêmement vite. Le rock a toujours été une musique mouvante, qui demande de l’attention. Tu ne peux pas l’écouter en fond sonore et l’apprécier totalement. Nous aimons construire nos titres de manière à ce que l’auditeur se concentre et découvre de nouvelles choses à chaque écoute. Une musique qui s’enrichit avec le temps et te fait découvrir de nouvelles sensations sonores. Nos chansons vivent et changent de visage au fur et à mesure du temps et c’est vraiment agréable de travailler dans ce sens.

Avez-vous décidé des titres que vous jouerez sur scène ?

Nous avons déjà joué ‘Fly’ et ‘Skalds and Shadows’. Et pour les prochains concerts, nous essaierons notre titre d’ouverture ‘This Will Never End’ ainsi que ‘Another Stranger Me’.

Pour la première fois de son histoire, Blind Guardian a intégré un nouveau membre. Comment s’est passée l’arrivée de Frederik ?

Vraiment bien, ça a été une vraie chance de pouvoir recruter quelqu’un comme Frederik aussi vite. Thomen a toujours été important et nous ne pensions pas pouvoir trouver quelqu’un qui trouve ses marques aussi vite. Il m’a d’abord envoyé un DVD où il jouait certains de nos titres et on pouvait immédiatement voir qu’il avait ‘l’esprit’ que les chansons demandaient. Il les jouait bien sûr un peu différemment mais il avait saisi l’ambiance, et c’était l’essentiel à nos yeux. Nous nous sommes réunis et nous lui avons joué les nouveaux titres et il a eu des idées tout de suite. Il est très créatif et c’était très important également. Dernier élément et non des moindres, humainement c’est un type très sympa et nous avons retrouvé le bon équilibre pour Blind Guardian. Il a apporté à nos titres de la fraîcheur.

Blind Guardian a toujours été un quartet. Intégrerez-vous un jour Oliver ? (NDLR : Le bassiste qui a repris l’instrument de Hansi en studio et sur scène)
– Non, nous resterons un groupe de quatre membres. Je ne sais pas pourquoi mais cela nous semble la bonne chose à faire. Nous avons toujours été quatre et nous ne voulons pas prendre le risque de briser cette alchimie. Oliver et notre clavier Hamid travaillent avec nous depuis 12 ans et ils sont si ‘intégrés’ au groupe de par leur travail que cela ne leur pose pas de problèmes. Tout ceci fonctionne très bien et ils nous accompagneront sur la prochaine tournée.

Aviez-vous une idée précise de ce que vous vouliez faire après l’épisode de ANATO ?

Non, pour nous le processus d’écriture n’est pas une chose pensée. Nous sommes très ouverts et laissons plutôt venir les éléments parce qu’une majorité des bonnes idées viennent des tripes. Nous avons surtout déterminé ce que nous ne voulions pas faire. Nous avons mis de côté tout ce qui était épique et dans la lignée de ANATO et gardé tout ce qui nous semblait entrer dans ce cadre.

Blind Guardian a repris ‘Fly Away’ de Queen par le passé (NDLR : Sur l’album Somewhere Far Beyond). Quel autre titre du groupe aimeriez-vous adapter ?

Presque tous ! Toutes les chansons de Queen sont fascinantes. Et il y en a tant sur lesquelles j’aimerais travailler ! Mais c’est un vrai challenge, elles ne sont pas faciles à jouer. Tu ne peux que les rendre pires ! Je pense que nous ne renouvellerons pas l’expérience, je ne sais pas ce qui nous a pris, nous étions jeunes à cette époque ! (Rires) On a voulu essayer mais le résultat n’était pas probant. De mon côté j’ai toujours aimé ‘Don’t Stop Me Now’ et ‘Killer Queen’.

La complexité des parties de guitares a toujours été une marque de fabrique du groupe. Comment les élabores-tu ?

La plupart du temps les mélodies viennent avec l’idée principale d’une partie. Cela dépend, parfois c’est la rythmique qui me vient d’abord, parfois ce sont les lignes mélodiques. Sur cet album, j’ai essayé de soutenir les lignes de chant grâce à ces dernières, ce que je n’avais pas fait pour ANATO. On peut dire que ma manière de jouer sur ANATO était guitaristiquement égoïste (Rires). A Twist in the Myth révèle plus de parties de soutien. C’est un album plus simple à comprendre, il est moins progressif de mon point de vue.

Avez-vous envisagé de monter sur scène avec un orchestre symphonique pour jouer les plus gros titres de Blind Guardian ?

Ca serait un rêve ! Le premier problème serait financier et le second serait la logistique et l’énorme balance qu’il faudrait mettre en place. Bien sûr, nous y pensons toujours et cela sera peut-être possible lorsque nous réaliserons l’album orchestral. Mais c’est vraiment difficile de mettre ce genre de choses en place. En studio, tu as le temps de faire des essais. Sur scène, ça prend une toute autre dimension et tu n’as pas de seconde chance. Plus il y a de monde à sonoriser, plus c’est difficile.

Composez-vous les paroles ou construisez-vous les thèmes de vos chansons avant de les écrire ou est-ce l’inverse ?

C’est l’inverse. Nous composons d’abord la musique et Hansi crée ses lignes de chant sans paroles. Nous modifions tellement nos titres pendant l’écriture, que si Hansi écrivait ses textes avant la musique, il serait obligé de les ré-écrire au fur et à mesure.

As-tu écouté le nouveau projet de Thomen, Coldseed, et qu’en as-tu pensé ?

Non, pas encore… j’ai juste écouté un peu de euh… je ne me souvient même pas du nom du groupe ! (Rires) (NDLR : Il s’agit de Savage Circus, à voir le visage hilare d’André il ne semble pas que Thomen et Blind guardian se soient quittés dans de très bonnes conditions et que ces derniers s’intéressent vraiment à l’avenir de leur ancien batteur)

Que penses-tu de la nouvelle génération de groupes Heavy qui ajoutent des influences Black et Death Metal au Heavy plus traditionnel ?

C’est vraiment intéressant. Mélanger les styles et obtenir quelque chose de nouveau, pourquoi pas ? Nous avons nous-même mélangé de la musique classique avec des parties assez puissantes. Nous tirons toujours des idées des styles plus anciens pour créer du neuf. Les musiciens procèdent ainsi depuis presque quatre-vingts ans. Si tu regardes en arrière, tu trouveras toujours un élément par-ci par-là que tu pourras retrouver dans des musiques actuelles.

Lors de ses venues en France, Blind Guardian joue habituellement dans de ‘petites’ salles (Par exemple l’Elysée Montmartre pour Paris). Penses-tu que cela suffit pour accueillir tous les fans Français du groupe ?
– Je suis déjà très heureux de voir la salle pleine qui chante. Mais je vois ce que tu veux dire. Nous reviendrons l’année prochaine et il y a déjà deux shows supplémentaires qui sont programmés.

A l’image de ce qu’a déjà fait Devin Towsend avec Zimmer’s Hole, DTB et SYL, auriez-vous envie de mettre en place une tournée géante avec Iced Earth, Demons & Wizards et Blind Guardian ?

Pauvre Hansi ! (Rires) Ca serait marrant mais irréaliste. Hansi ne peut pas enchaîner deux concerts dans la même journée, c’est impossible. Nous nous donnons à 100 % et nous sommes morts à la fin des shows. Nous aimerions rejouer avec Iced Earth et pourquoi pas échanger Demons & Wizards avec Nevermore.

Il y a toujours eu une certaine ambiance médiévale dans vos chansons. Aimeriez-vous mener un projet avec des instruments traditionnels ?

C’est une idée intéressante. Nous avions déjà pensé à mettre un ceci en route avec seulement des instruments acoustiques et médiévaux, au moment où nous avions fait une tournée acoustique au Brésil à la fin des années 90. Nous avons appris à travailler avec ce type d’instruments (comme la cornemuse par exemple ou les cordes).

Une dernière question triviale… Qu’as-tu pensé du triomphe de Lordi à l’Eurovision ?

C’était vraiment drôle, ils ont eu ce qu’ils méritaient. (Rires) Les dernières éditions de l’Eurovision n’étaient axées que sur le show et les chansons importaient peu. Ce qui ne veut pas dire que celle de Lordi était mauvaise. Je l’ai trouvée plutôt bonne d’ailleurs. Un autre souci au sujet de ce concours était le vote entre pays voisins et c’était ennuyeux. Cette année Lordi était donc un vainqueur idéal.

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alchemist

Chroniqueur inter mi-temps, amateur de chats, de Metal mélodique sous toutes ses formes, de fromages de caractère, de bons bouquins, de radios intelligibles... et de zombies.

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