Moller Plesset – Rather Drunk Than Quantum

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Style: noise rockAnnee de sortie: 2003Label: K-Fuel Records

L’exceptionnelle scène indé française des années 90 semble enfin faire de nouveaux émules, près de 10 ans après sa quasi-disparition. On commence ainsi à voir émerger bon nombre de groupes proposant un rock tendu, fouillé, et reprendre avec bonheur le flambeau des monstres sacrés qu’étaient Portobello Bones, Bästard, Ulan Bator et autres Deity Guns (on pourrait en nommer ainsi des dizaines). On peut citer dans la nouvelle vague qui se forme actuellement des groupes tels Looking For John G, Enregistré Par Steve Albini, etc…. Et on peut y rajouter cette hydre étonnante qu’est Møller Plesset. Dire que je connaissais ce groupe il y a 2 mois eût été un mensonge éhonté. D’ailleurs je présume que les Rennais ne sont pas vraiment des plus célèbres dans notre belle contrée. Et pourtant nous sommes là en présence d’un beau diamant 24 carats qui ne demande qu’à être découvert.

D’emblée la musique tourbillonnante du groupe étonne et peut rebuter. Il faut s’acclimater à la richesse des compositions et au foisonnement d’idées qui jaillissent de partout. La première écoute de Rather drunk than quantum m’a procuré le même effet que la première écoute du The Painter’s Palette d’Ephel Duath, j’ai été un peu dubitatif et abasourdi par cette texture dense impossible à assimiler facilement. Le parallèle entre les deux groupes, si on excepte le côté jazzy des Transalpins, peut s’établir sur toute la durée de l’album, notamment en terme de structure mouvante et en terme de travail de composition qui force le respect. Musicalement, le combo rennais est beaucoup plus rock dans l’âme et moins ‘expérimental’ mais la diversité des ambiances proposées est étonnante et en une quarantaine de minutes l’auditeur aura visité bon nombre de paysages sonores. Et peut ressortir lessivé d’une écoute attentive. Ou bouleversé. Car on touche là aux cordes sensibles, les mêmes qui nous font apprécier un tableau et pas un autre, un livre et pas un autre. Fi de la technique, c’est l’émotivité qui fait loi, grandement aidée par des musiciens inventifs et inspirés. Pas besoin de se cacher derrière une grosse disto, leur mur de son est bâti sur des guitares crunchy qui ne se reposent jamais et proposent alternativement des accords tendus ou des motifs arpégo-mélodico-tourmentés du meilleur aloi, conférant une certaine impression de tourbillon, impression renforcée par des voix multiples, jamais criardes, plutôt déclamatives, se répondant sans cesse. Sur ces substrats mélodiques, la basse ronronne juste comme il faut, tandis que la batterie tourne au mieux. L’ensemble passe de l’aérien à l’agression noisy (« X-Kape ») de façon naturelle, avec de belles montées en puissance. Décrire précisément cette musique n’est pas aisé, tout simplement parce qu’elle se ressent. Mais aussi parce qu’elle est d’une richesse assez stupéfiante. Ainsi, au lieu de vous abreuver de descriptifs alambiqués, je ne saurais que trop vous conseiller d’aller jeter une oreille sur les titres en écoute sur leur site. Quand je vous aurai dit que l’artwork est lui aussi très personnel et franchement superbe, vous aurez un premier aperçu d’un disque qui aurait dû faire plus parler de lui. A vous de faire le reste du travail.

Rather drunk than quantum est un disque exigeant mais superbe, dont les trésors magnifiques enfouis en son sein se méritent. A ranger précautionneusement aux côtés des œuvres des groupes cités en début de chronique. Le genre de disques qu’on réécoute 10 ans plus tard et qui vous procurent toujours le même frisson. Du genre de ceux qui ont la classe, tout simplement. Mais comme d’habitude en France, le talent ne sera reconnu qu’après que le groupe n’ait splitté, et encore dans le meilleur des cas. Remiser cette musique complexe, torturée mais jouissive au placard serait une énorme erreur, pourtant d’ores et déjà prévisible.
Allons, pas besoin de sortir de grandes théories, je ne changerai pas la face du monde. J’ai ce disque et je l’aime. Le reste n’est que littérature.

  1. the show
  2. x-kape
  3. purple rape
  4. honey
  5. i want my drink
  6. 1-1-2
  7. who do you think you are ?
  8. gimme the ‘la chaise’
  9. doggy
  10. marathon
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Groupes cités dans la chronique

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6 Commentaires

  1. Alexia says:

    Bravo Florent pour cette jolie chronique d’un album remarquable, certes complexe dans son approche mais d’une créativité captivante ! Une merveille du genre !

  2. Florent says:

    Mici Alex ;-)
    Y’a de l’écho ici, tu ne trouves pas ? :s

  3. So says:

    Je voulais dire que les mp3 me laissaient sur ma faim, mais je n’avais pas jugé cette remarque d’un grand intérêt :D désolée !

  4. HoMaS says:

    Juste préciser que ya pas de basse dans moller, c’est 2 guitares/batterie/voix.

  5. Alexia says:

    Effectivement les années passent mais cet album reste une de mes références tous styles confondus tant l’approche est inventive ! Je ne cesserai pas de recommander cette petite perle noise rock de ce groupe rennais absolument talentueux qui mériterait vraiment qu’on parle plus de lui !

  6. Zepekegno says:

    Je viens de me l’offrir, et après la première écoute, on se dit que l’on a affaire à un truc énorme! C’est riche, varié et en perpétuel mouvement…. bref toute la musique que j’aimeuh.

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