The Jesus Lizard – Down

4 Commentaires      2 022
Style: noise rockAnnee de sortie: 1994Label: Touch And Go

Il y a tout d’abord cette couverture. Superbe. « Falling Dog » de Malcolm Bucknall où un magnifique épagneul enragé sombre le long d’un horizon, entre ciel et mer. The Jesus Lizard inscrit sans fioriture, quasiment placardé là. Il faut être clair, cette couverture m’obsède. Tout comme la musique de The Jesus Lizard. Un rock instinctif, violent, sans compromis, rencontre de quatre entités bien distinctes : David Yow au chant hystérique, David Wm. Sims à la basse hypnotique, Duane Denison à la guitare viscérale et Mac McNeilly à la batterie indomptable. Pourquoi avoir choisi Down alors qu’il marque pour beaucoup le chant du cygne de l’hydre Jesus Lizard ? Pour dire vrai je n’en sais foutrement rien… Peut-être justement parce qu’il marque la fin d’une époque… Dernier album chez Touch and Go. Ou peut-être parce qu’il me semble être le parfait condensé de l’œuvre passé, présent et futur de The Jesus Lizard, entre sauvagerie et ciselage. A la réflexion Goat ou Liar auraient très bien pu prendre la place tant ces albums sont liés… Comme toute la discographie de The Jesus Lizard d’ailleurs, à l’exception peut-être de Blue

Bref vous l’aurez compris The Jesus Lizard est un incontournable, un groupe dont la découverte ne laisse personne indifférent, vous hante ou vous file la gerbe. Quoiqu’il en soit, ce groupe envahit l’espace, vous sert sa bile et ses vomissures sur un plateau d’argent, met à nu vos peurs, se pare de vos dégoûts, le sourire aux lèvres. Allez faire un tour dans leur littérature… Formé en 1987, issu des aventures Rapeman et Scratch Acid, la scène rock de Chicago et les studios de Steve Albini, les Chicago Recording Company verront la naissance du monstre. Albini cèdera d’ailleurs la place à la production après ce Down et la signature chez Capitol.

Dès « Fly on the wall » et « Mistletoe » la basse vous galvanise, vous attire dans ce monde entre tension et douleur. Les rythmes ralentissent, s’alourdissent pour mieux exploser l’instant suivant. Alliée à la batterie, ces rythmiques sont certainement ce que le rock du début des 90’s a enfanté de mieux, directe héritières d’un certain jazz, entre concision, puissance et groove. La voix du clochard céleste Yow dégueule sa bile, enserrée dans ses histoires dégueulasses, poisseuses et pathétiques. « Il n’est de plus haute dignité que la mise à nue de sa merde » semble-t-il nous susurrer à l’oreille… lorsque la folie n’habite pas ses cris comme sur « Low Rider ». Duane Denison nous balance ses effluves de guitare à la gueule, des riffs violents, assourdissants, entre mélodie et tension, quelque part entre le blues endiablé d’un Robert Johnson et le rock déglingué d’un Birthday Party.

Si ce groupe était un film, « Belle de jour » de Louis Buñuel en serait un parfait reflet, rien que pour la sombre et lascive Catherine Deneuve se faisant démystifier à grand coup de merde dans la gueule. Et il est clair qu’il y a cette même essence anticonformiste chez The Jesus Lizard. Mais il y a aussi cette rage lapidaire, ce son de guitare noisy cradingue relevé au bottleneck par instant, cette basse un rien jazz et cette batterie cyclique et narquoise qui vous martèle le reste des paroles que Yow n’a plus la force d’éructer. « Destroy Before Reading », « American BB » ou « Horse », marchent dans les pas de l’alcoolique fier et arrogant, entre grandeur et décadence, titubent, vomissent mais ne se couchent jamais. Jamais les mots n’ont été tant mis à nu. Jamais les douleurs si bien chantées. « Elegy » vous bouleversera à ce titre avec son miroir d’humanité. Pourtant toutes ces histoires de putes et de sperme, d’enfoirés et de merde ne devraient confiner qu’au ridicule… Oui mais les personnages dépeints le long de ces morceaux prennent une dimension si ironique qu’il est impossible de réfréner un sourire, d’y découvrir une certaine vérité, d’y voir sa part de réalité, si ce n’est à l’écoute de « The Best Parts » où c’est la nostalgie qui nous envahit. David Yow avait pour habitude de ne rien retenir sur scène, terrifié donc saoul, finissant nu, la bite à la main, suant et gueulant ce qui lui restait encore d’énergie et de colère. Les albums de The Jesus Lizard sont ainsi. Fiers, violents, indomptables mais terriblement pudiques.

  1. fly on the wall
  2. mistletoe
  3. countless backs of sad losers
  4. queen for a day
  5. the associate
  6. destroy before reading
  7. low rider
  8. 50 cents
  9. american bb
  10. horse
  11. din
  12. elegy
  13. the best parts
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4 Commentaires

  1. krakoukass Krakoukass says:

    Bon je me suis chié dessus, j’ai foutu cette kro là alors que c’est l’anthologik… Jonben corrigera ça demain… Sorry Neuro…

  2. fewz says:

    je me disais aussi…

  3. zurb says:

    j’applaudis le choix de cette chronique!!!!!!! écriture remarquable pour groupe incontournable. Rien de plus à dire

  4. Faya says:

    Plus d’un mois d’écoutes quasi quotidiennes de cet album… Leur son, leur démarche happe l’auditeur, les duos guitare/basse omniprésents restent coincés en tete et cette guitare vicieuse omniprésente… On est déstabilisé par le chant de Yow qui semble approximatif mais tellement percutant. Enorme feeling sur cet album, rah le trio de fin… Bref, grand groupe.

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