Carcass – Necroticism – Descanting the Insalubrious

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Style: death/goregrindAnnee de sortie: 1991Label: Earache Records

Bon faut me comprendre, moi en 1991 je suis un gentil garçon un peu bourrin sur les bords qui, pour ce qui concerne le death metal, est plutôt coutumier des sonorités suédoises d’Entombed ou américaines de Death et Obituary. Left hand path, Leprosy et Slowly we rot ne sont certes pas ce qu’on peut appeler des modèles de finesse et transpirent abondamment le gras et le nauséabond mais j’étais tout de même en terrain non « angoissant ». Aussi, la découverte et l’assimilation de ce 3ème album des anglais de Carcass n’ont pas été synchrones. C’était l’époque où on prenait connaissance du contenu d’un CD après l’avoir acheté : la surprise était donc totale. Et somme toute mauvaise pour ce qui me concerne. La pochette a provoqué sur mon inconscient son petit effet m’incitant à découvrir le groupe avec circonspection. Doux jésus mais que sont-ce ces voix d’humains putréfiés et ces bruitages macabres : on dirait bien qu’une entité a décidé de me mettre le trouillomètre à zéro !

Peu convaincu par ces vomissements et raclements de gorges (j’étais loin de me douter que les 2 premiers albums étaient encore plus extrêmes) et à travers un effort héroïque de persévérance je me suis donc raccroché en premier lieu aux parties les moins malsaines, notamment les fabuleux et omniprésents soli de l’ami Steer ou du père Amott (notamment sur Lavaging expectorate of lysergide composition). Soli auxquels ils accordaient une importance particulière au point de tous les nommer comme de véritables titres à part entière. Je découvrais alors une autre façon d’être mélodique tout en gardant un côté tranchant (malgré l’initiation reçue par les envolées de Chuck Schuldiner sur Spiritual healing), une façon d’être gracieux tout en restant ancré dans le corrosif. Bref je commençais à ne plus regretter mon achat tout en continuant à être désorienté car je n’avais pas les repères nécessaires. J’ai alors laissé reposer la bête quelques temps.

Et là je me suis rendu compte que certains riffs étaient gravés dans ma tête (ce final de Forensic Clinicism/The Sanguine Article !), que ce que j’écoutais ultérieurement souffrait d’un manque. Un manque de quoi ? De talent, d’un putain de talent ! La réécoute fut alors une révélation : tout s’est merveilleusement imbriqué, tout devenait logique, évident : cet artwork finalement sobre, plus suggestif que démonstratif qui faisait la part belle à l’imaginaire quelque peu influencé par les introductions lugubres parce que froides et inhabitées ; cette production sèche, propre comme un laboratoire théâtre d’expérimentations contre nature, qui laissait un arrière-goût de découpe chirurgicale minutieuse plutôt qu’une sensation de grosse giclée (merci Colin Richardson) ; ces guitares acérées comme un scalpel à peine sorti de son étui et prêt à taillader finement la chair juste avant de regagner son fourreau immaculé et avide. Et cette batterie. Foutredieu que j’aime la performance de Ken Owen sur cet album ! Pas de démonstration inutile, pas de gros blasts arrogants qui ne sont là que pour cacher la misère de l’inspiration : rien que de l’efficace, du précis, du vicieux pour irriguer d’un flux méphitique les artères de ces 8 pièces maîtresses du death gore. D’ailleurs sa participation à la parfaite tenue des compositions va bien plus loin que des trouvailles rythmiques puisqu’il a pleinement participé à l’élaboration de plusieurs morceaux (on lui doit par exemple le putride Symposium of Sickness).

Vous serez donc gentil d’écouter tout ça sous peine de passer, telle une grosse buse myope et cul-de-jatte, à côté du meilleur album de poésie anatomique. Tous ceux qui ont suivi sont – et resteront – à 10 000 lieux en-deçà de ces 8 odes à la pestilence et à la grâce.
De la séduction de l’infâme.

  1. inpropagation
  2. corporal jigsore quandary
  3. symposium of sickness
  4. pedigree butchery
  5. incarnated solvent abuse
  6. carneous cacoffiny
  7. lavaging expectorate of lysergide
  8. forensic clinicism/the sanguine article

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

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3 Commentaires

  1. Marc says:

    j’adore ce disque! sacrés riffs, sacrée ambiance, sacrée soirée!

  2. shaq says:

    Plus qu’un classique, « Necroticism » est pour moi une pierre angulaire du Metal (oui, carrément), un album avec des riffs monstrueux, les soli qui se vivent vraiment (et ça fait mal), et surtout des putains de mélodies qui se retiennent.
    Placé logiquement dans la discographie du groupe, il fit à l’époque la nique à ceux qui les avaient un peu vite classé « GoreGrind », prouvant que l’on peut avoir un talent de composition indéniable, maîtriser la puissance de feu, et pondre des textes dégueux.
    Le petit frère, l’excellent « Heartwork », mérite à mon goût lui aussi une page dans cette section.

  3. Angrom angrom says:

    Une merveille que ce disque… J’aime également beaucoup les suivants et même jusqu’au rock’n’roll « Swansong »

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