Sikth – Death of a Dead Day

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Style: chaotic prog metalcore schizophreneAnnee de sortie: 2006Label: Bieler Bros

Céder à la facilité? Calmer le jeu? Succomber aux chants des sirènes commerciales de leurs nouveaux compagnons de label?
Que dalle, assauts percutants de tapping sous fond de rythmiques déstructurées, gros riff bien groovy ponctués d’accès de double, entremêlements de voix hurlées cartoonesques et claires sont toujours la marque de fabrique de Sikth, qui reviennent avec un album encore plus ambitieux que leur remarquable début The Trees Are Dead And Dried Out.

Dès leurs premiers Eps, le groupe se faisait remarquer comme un des (si ce n’est le) groupes metal anglais les plus originaux, techniques et modernes du moment. Espérons que 3 ans après ce premier coup de maître, qui reste un de mes albums préférés, ce Death of a Dead Day leur assurera un succès mérité.

Le fait est que Sikth a un son, un style bien particulier et assez bien défini maintenant, impossible de les confondre et force est de constater que le groupe revient avec un album encore plus complexe et surtout plus bluffant techniquement, ce qui revient parfois à une pure démonstration de maîtrise instrumentale et rythmique. L’exécution de chacun des musiciens est exemplaire, rarement on aura entendu un jeu si millimétré sur des structures tellement changeantes qu’elles n’ont rien à envie à Dillinger Escape Plan à ce niveau (bien que leur musique soit moins extrême et dissonante).

« Bland Street Bloom » démarre l’album en trombe, une rythmique alambiquée bien plombée à la double retentit, croisée de tappings fugitifs, puis les 2 voix criardes caractéristiques de Justin Hill et Mikee Goodman se font entendre et on est direct replongé dans le bain Sikth : une excitation schizophréniques qui ne se pose que pour proposer des passages mélodiques tout aussi démentiels. Le dialogues incessants du duo vocal sont toujours aussi délirants et ultra-présents -peu de passages instrumentaux sur cet album- , Mikee jouant bien son rôle d’imitateur, se muant en gnome, roulant les « r » d’un accent anglais bouseux, ou scandant des phrase d’une voix de bourdon gravissime; Justin sachant ponctuant de cris hardcore stridents ou de chants mélodiques et cœurs aériens la musique du groupe.

De cet excès de tout, l’album apparaît comme un bloc encore plus compact que le 1er album, plus difficile d’accès, car les accroches y sont moins nombreuses et moins évidentes aux premières écoutes, pendant lesquelles on ne peut se contenter que d’une assimilation décontenancée. Ensuite l’album se révèle être une mine de surprises, impossible de prévoir où le groupe va nous mener, mais il est aussi plus cohérent, alternant moins les ambiances que le 1er album, concentrant la majorité de son effort sur une musique rapide, parfois agressive et dense, mais aussi souvent très mélodique, en un mot : hyperactive.

Death of a Dead Day laisse toutefois retomber l’ambiance sur plusieurs morceaux plus mélodiques et moins fous, qui permettent d’éviter l’indigestion, sans pour autant tomber dans la facilité ou dans la pop mièvre, guitares saturées et rythmiques béton étant toujours de mise. Les penchants néo du groupe, même si toujours évidents, sont mieux assimilés dans la face plus reposée du groupe. « In this Light » est le titre le plus intimiste et mélancolique, seul où la voix claire de Justin est clairement mis en avant. Voix claire qui prend d’ailleurs toute sa dimension sur tout l’album, lors de refrains et ponts mélodiques disséminés avec des éclats évocateurs, comme sur l’excellent refrain de « Part Of The Friction » par exemple ou sur « Where Do We Fall? » enjoué et rythmé.

Contrairement à la majorité de ce qu’on peut écouter en métal extrême, Sikth ne cherche pas à noyer l’auditeur son un déluge de décibels et de rage, mais bien sous un déluge de notes et de rythmiques impossibles sans sacrifier pour autant le groove, la mélodie et la variété des ambiances. Tous les morceaux détiennent leur pesant de prouesses, fourmillant d’idées, partant dans tous les sens, comme « When the Moment’s Gone » qui change complètement d’ambiance au bout de 4 minutes, pour repartir ensuite sur un final en tapping harmonisé démentiel (il y a un max de tapping tout au long de l’album).

Ainsi, Death of a Dead Day privilégie parfois peut-être trop la démonstration technique à la musicalité, mais Sikth propose de toutes façons une musique spéciale, loin d’être universelle, on est devant un groupe dont personne ne contredira le talent technique mais dont peu arriveront à apprécier réellement le style musical. Les détracteurs pourront bien les critiquer de faire du néo camouflé sous une dose de virtuosité, je ne dirais pas le contraire, les membres du groupe d’ailleurs non plus qui n’ont jamais rejeté l’appellation néo, car on a vraiment affaire à une nouvelle sorte de métal, combinant une virtuosité et agression métallique dans un registre clair et mélodique avec un talent de composition rare. Je n’ai vraiment aucun défaut à formuler, pour moi un des immanquables de 2006.

  1. bland street bloom
  2. flogging the horses
  3. way beyond the fond old river
  4. summer rain
  5. in this light
  6. sanguine seas of bigotry
  7. mermaid slur
  8. when the moments gone
  9. part of the friction
  10. where do we fall
  11. another sinking ship
  12. as the earth spins around
jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 497 articles sur Eklektik.

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11 Commentaires

  1. pearly says:

    han le ouf !

  2. krakoukass Krakoukass says:

    Tutafé d’accord avec la note, cet album troue le cul…

  3. pearly says:

    ben moi il me troue un peu d’ennui. :)

  4. Needle says:

    Très bonne chro pour un album dementiel o/
    Je regrette cependant un peu les moments très calmes mais enormes du premier album, comme la reprise de Nick Cave ou le superbe Can’t We All dream.
    L’interieur du digipack est aussi très réussi, contrairement à la pochette =)

  5. Firecat says:

    Album copieux mais terrible.

  6. OYC says:

    A part la batterie surmixée, beaucoup trop de démonstration dont on pourrait parfois se passer, et un spoken words…euuh…ben (vraiment) pas terrible comparé à celui de TTADADOWFSW, cet album est en effet une jolie réussite. On reconnait Sikth à leur son, à leur jeu, à leurs voix; et ca, c’est pas simple aujourd’hui.
    Kudos!

  7. ryo says:

    Bonne chro de cet album monstreux, dantesque, enormissime, apocalyptique, ect ect quoi

  8. kollapse says:

    Après pas mal d’écoutes, un constat s’impose : Bon dieu ce qu’il est bon ce skeud ! Aux premières écoutes j’étais enthousiaste, mais je ne pensais pas que j’allais découvrir un album aux plages en effet aussi travaillées, groovy et pour pas mal d’entre elles carrément jouissives ! Ce qui est le cas de « way beyond… », « sanguine seas… », « when the moments gone » ou encore la mélodique « in this light », LE tube du disque à mon sens. Je ne suis donc aucunement déçu, Sikth évolue, on est loin d’un « Trees are dead… » bis, un pallier est franchi en ce sens le fait de sentir le plus d’assurance et de maitrise (technique ahurissante oO) dans le chef des musicos confirme cette progression. 17/20, un de mes disques 2006.

  9. Antoine- says:

    On se demandait comment ils auraient pu aller plus loin que leur premier véritable album tant celui là était déjà intense
    Ils l’ont fait en reprennant les mêms ingrédients, puissance 1 000
    Plusieurs écoutes sont indispensables pour vraiment rentrer dedans, et à partir de là… on ne décroche plus !!
    Cet album est tout simplement M O N S T R U E U X

  10. oléolé says:

    superbe albuUm…. magnifique :)

  11. Earthy51 says:

    Un peu hésitant à la base, cet album m’apparu vit magnifique, certes le groupe en déballe beaucoup plus niveau technique mais ils parviennent à maintenir un bon équilibre avec les passages plus viscéraux (à savoir qui prennent aux tripes) pour meilleur exemple, le break sur ‘Part Of The Friction’ où les 2 voix se relayent à merveilles avec l’instrumentation.

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