Xnoybis

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Première bonne surprise de l’année, Xnoybis est un groupe francilien qui pratique une noise proche des univers de Godflesh, Unsane, Neurosis etc…. Pour autant il ne s’agit pas d’un énième clone, le groupe ayant sa personnalité propre. Entretien-fleuve avec Benoit, bassiste-chanteur de son état… Vaste balayage de plein de sujets plus ou moins intéressants…

Flo : Question classique pour ouvrir : historique du groupe ?

Ben : Formation en 2002, suite à la rencontre avec Romain (gratte/chant) au Groupe de recherches Musicales. Premiers essais avec un batteur puis contact de Julien, mon ami de longue date. On avait au précédent joué ensemble en big band et quartet jazz. Nos débuts étaient beaucoup plus "métal", on répétait à Montrouge dans des conditions médiocres donc, ça a pas mal trainé au début. En 2004, le style se précise on enregistre (en répet) une démo 4 titres…

F : Metal ? c’est-à-dire ? Parce que là ce n’est plus vraiment le cas !

B : Des plans syncopés à la Meshuggah, un tempo plus rapide, et une voix encore plus catastrophique !

F : Continuons l’historique, désolé pour l’interruption intempestive…

B : Donc, ensuite (2005) on s’installe chez moi, on met tous à jour notre matos (ça fait 10/15 ans qu’on pratique chacun notre instrument), donc on a les idées claires sur notre son, et on travaille beaucoup l’équilibre des instrus dans le son et les compos. Mon ami Alex Garacotche, basé à Londres, revient en France et nous propose un enregistrement dans des conditions qui nous intéressent vachement (on y reviendra après, je pense). On se prépare pour, puis on enregistre fin mars 2006. De juin à octobre, gros blanc dû à de graves problèmes de santé d’Alex, puis l’album sort et on a pas le temps de le promouvoir sur scène (2 thèses en cours + un changement de boulot + départ en Australie du batteur). Les Spinal Tap du post hardcore !

F : Ok donc là il y a matière à pas mal de questions. Commençons donc par le son. Tu dis que vous avez les idées claires à ce niveau. Peux-tu décrire votre Graal sonore ?

B : Mmmmhhh… Dur à décrire à priori, parce que je crois que si on cherche quelque chose de manière abstraite et qu’ensuite on cherche à le concrétiser on va droit dans le mur. Disons qu’on sait globalement dans quel sens aller, et ça va vers un son que je qualifierais d’aéré qui laisse de la place à chaque instrument. Si on doit comparer avec des groupes et des productions, on aime ce qui sonne cru, où le boulot se fait à la base, pas en post-prod. En ça, le travail de Steve Albini (et pas qu’avec Neurosis) nous plait énormément.

F : Le fait d’évoluer en trio permet-il justement cette place à l’aération ?

B : ça se fait de pair avec les compos, et effectivement, pour moi, la formule trio offre bien des avantages humainement d’abord logistiquement et un trio permet d’aller dans le sens d’un certain minimalisme au sens où on essaye d’aller à l’essentiel au niveau des parties instrumentales le morceau qui résume le mieux ça est peut-être Tabula Rasa

F : Aller à l’essentiel en ayant des morceaux très longs, qu’est ce que ça serait si le discours était délayé ?

B : Héhé c’est juste. C’est pourquoi je dis un "certain" minimalisme. Le minimalisme peut s’exprimer de bien des manières : Scum de Napalm Death peut très bien être considéré comme minimaliste. Un des noms qui revient le plus quand on parle de minimalisme est Steve Reich. Or ses compositions (au niveau des arrangements) sont d’une grande richesse et complexité. Notre minimalisme on le cultive "localement", sur le son et les parties instrumentales. Pour la forme des compositions, on déroule. Souvent il faut du temps pour qu’une idée musicale s’installe. La répéter 4 fois ne suffit pas, alors allons-y pour 72 fois (cf Anamnesis).

F : En quoi estimes-tu que Xnoybis fait partie de la vague post hardcore ? D’ailleurs c’est quoi le post-hxc pour toi ?

B : je ne sais pas très bien en fait…. (mais je te réponds, t’inquiètes). Pour moi on fait du hardcore mais le hardcore c’est plus une vision de la musique qu’une esthétique. J’aime entendre une certaine sincérité musicale et j’aspire à ce qu’on la propose mais globalement, je dirais que post-hardcore, ça me va, si c’est au hardcore ce que le post-rock est au rock. Mais ce qui me conviendrait le mieux comme étiquette serait peut-être heavy-hardcore. Mais pour répondre encore plus à côté, je crois qu’il n’y a rien de plus difficile que de prendre de la distance par rapport à sa pratique artistique. Personnellement, avec Xnoybis, je suis en plein dedans…

F : Du Iron Maiden version hardcore ? hahaha

B : Exactement ! Manowar meets Agnostic Front ! Heavy au sens lourd of course mais je pense que notre musique n’est pas si lourde que l’impression que j’en ai (d’où ma remarque).

F : je me demande ce que ça donnerait Maiden en version HxC…

B : Si c’est les 2 premiers albums, ça peut le faire…

F : Pour en revenir à nos moutons, je ne suis pas loin de penser comme toi, lourdeur n’est pas forcément le 1er mot qui me vient à l’esprit en écoutant Xnoybis…

B : En tout cas, je sais très précisément de quelle manière on n’est pas "lourds". Au niveau des ambiances, on ne cherche pas du tout à donner l’impression d’un groupe "torturé", "sombre", "glauque", le côté "noise" m’intéresse plus en tout cas (pour revenir à post-hardcore), nous ne sommes pas du tout intéressé pour alléger notre son, nos compos et laisser plus de place à des passages "jolis". C’est une tendance qui me déçoit pas mal dans pas mal de productions actuelles parce que je trouve ça mal fait en général, très mal fait, tout comme l’insertion d’éléments comme des synthés ou des samples…

F : Si je te dis monolithisme pour qualifier de façon rapide Xnoybis ?

B : Monolithisme, oui, ça me plait beaucoup parce qu’il y a l’idée d’une certaine compacité structurelle/géométrique et matérielle (on s’imagine mal un monolithe en mousse). Ca adresse donc les 2 aspects (esthétique et formel) qui nous intéressent. Avec Xnoybis on veut vraiment sonner comme un tout, un truc compact, pas comme 3 bonhommes qui font leur truc dans leur coin donc, oui, vraiment monolithique (j’y réfléchis) ça me va bien. Ca colle bien avec le son, ça ne bave pas, les arêtes sont tranchantes….

F : Justement tu parles de son qui ne bave pas, c’est vraiment une caractériqtique propre à Solace. Tu peux nous dire comment vous avez bossé en studio ?

B : le boulot a commencé avant l’enregistrement. pour moi quand on décide de faire confiance à un gars, on lui fait confiance jusqu’au boût. Alex nous a donné des "exercices" à faire en groupe pour être prêt au moment d’enregistrer. on la enregistré l’album en démo, on lui a envoyé, et il nous a donné ses conseils on s’est bloqué 8 jours (pendant les grêves à la fac hahaha ) fin Mars dans une maison que Alex connaissait au pays basque les 2 premiers jours ont été consacrés au placement des instruments et des microphones…

F : Vive le CPE donc ! hahaha !

B : y a eu très peu de mobilisation dans ma fac (musique), mes étudiants en avait rien à carrer, parce que la précarité ils connaissent bien, c’est l’intermittence du spectacle qui les attend, et ça, tout le monde s’en branle

F : Continuons sur l’enregistrement, je reviendrai sur ta phrase plus tard…

B : Donc pour le type de prod qui nous intéressait (on avait une réference pour le son de batterie: les derniers Neurosis) c’était nécessaire. On a donc pris du temps, en se balladant avec la caisse claire dans la maison, pour trouver l’endroit où ça sonnerait le mieux puis avec les amplis (ah non en haut, c’était mieux, ah non en bas….). Ensuite, ce fut le placement des micros, long mais extrêmement intéressant. Ensuite, et ça Alex nous avait prévenu, il a fallu enregistrer très vite. On était donc bien préparés et on a bouclé les 9 titres en une dizaine d’heures étalées sur un peu moins d’1 jour ½, enregistrement live basse+guitare+batterie. Il doit y avoir un morceau ou 2 qui sont des premières prises sinon 2 prises en général. il y en a un où on a fait 3 prises, mais je ne me souviens plus duquel. On n’a pas fait de rere la dessus, juste un ou 2 copier/coller dans le soft multipiste (Ardour, open source) ensuite Rom a enregistré les deuxièmes guitares à l’identique juste pour épaissir le son 2/3 bidouillages à la guitare baryton + effets/e-bow pour ma part puis les voix à mon sens le point faible de l’album. je parlerai pour moi: je suis un chanteur débutant, et j’ai peu de technique, je hurle tout le temps et n’ai pas d’endurance, ça a beaucoup limité les essis de son et les prises.

F : Tu es un peu sévère, les voix sont plutôt pas mal, même si effectivement il manque un petit peu de hargne, de haine à mon sens…

B : Voila. Disons que l’exigence qu’on a eu sur guitare/basse/batterie on n’a pas pu l’avoir sur la voix, je l’aurais perdue pendant les essais… mais je travaille, et ça vient… doucement… pour Rom c’est autre chose, je trouve qu’il n’a pas les soucis que j’ai. Ce qui est chouette avec les voix, c’est qu’elles ont été enregistrées dans la même pièce que la batterie avec les micros d’ambiance aux mêmes endroits. Le mixage s’est déroulé dans la foulée avec Alex dans un premier temps puis il a fini tout seul.

F : Serais-tu un perfectionniste ?

B : Je ne pense pas être perfectionniste, mais minutieux, ça oui. Disons qu’à un moment il faut se dire "on arrête là", et on a pu trouver ce moment. En étant perfectionnistes on aurait poussé trop loin et peut-être perdu un peu du côté brut qui nous intéressait beaucoup.

F : j’aimerais revenir sur l’intermittence, effectivement problème peu abordé. Comment abordent tes élèves ce statut qui laisse une large part d’incertitude à court terme ?

B : Mes étudiants sont jeunes et pour la plupart, ils ne se rendent pas vraiment compte de la précarité qu’implique ce système. Cependant, après une année à monter le dossier et à tout reverser en cotisations, à se crever à bosser en répet et les concerts la nuit, tellement que les plus intéressants plantent leurs exams, ils commencent à avoir une vision assombrie de la vie d’artiste. Beaucoup sont de toute façon en fac de musique "en attente". De quoi, je ne sais pas très bien, et hélas parfois eux non plus…

F : Des fois je me dis qu’on file tout droit vers une culture d’Etat à la sauce autoritaire, avec un gouffre séparant le monde professionnel et le monde dit amateur. En pratiquant une musique telle que la votre, vous vous situez clairement dans le deuxième camp, c’est à dire aucunement aidé par qui que ce soit et engrangeant beaucoup plus d’ennuis que d’avantages.

B : Disons qu’on est tous les 3 salariés, et ça c’est de la chance ce qui nous permet de vivre en amateur notre passion (je la vis également sur le plan professionnel, mais dans un autre style musical)

F : Ne pense-tu pas qu’il faudrait mettre en place un système d’amateurisme comme il en existe dans le sport, et donc étant parfois salariés sans pour autant que cela ne devienne un métier principal ?

B : Je n’ai pas les idées très claires sur le sujet, ce que je sais, c’est que le problème pourrait être arrangé si on s’y prenait bien en amont. Je pense au niveau éducatif parce qu’on arrive à un n’importe quoi généralisé sur la musique, ça commence à être plus qu’effrayant. La vision du musicien, c’est la Star Ac pour le plus grand nombre. Moi j’ai rien contre eux, mais ça me pose un souci par rapport à une certaine vision de la créativité musicale. Au final on se retrouve avec des conceptions sur la musique, le métier de musicien (le métier au sens pratique, pas forcément professionnel) qui sont faussées tout du long. Faussées ou tout du moins nauséabondes parce que dans l’intermittence, tu vas retrouver autant le gars qui fait de l’improvisation électroacoustique, que le fils de l’éclairagiste du groupe de bal local. On met tout dans le même panier à toutes les étapes…

F : Tu gères toi-même un label de musique electro. Penses-tu que les gros labels et les majors ne font plus leur boulot artistique mais vendent de la musique au kilomètre comme ils vendraient de la viande sur le marché ?

B : bien sûr ! Les industries culturelles sont un secteur industriel. J’ai un discours un chouilla cynique mais c’est parce que je suis chanceux, encore une fois. Disons qu’avec mon label, c’est du mécénat que je fais, je ne rentre jamais dans mes frais. Si je voulais en vivre, je ne vois pas comment je ferais. L’oreille des gens se formate sur ce qu’on leur fait écouter à la radio, dans les magasons, dans les ascenceurs, dans les parkings. C’est sûr que ce que je propose à travers mon label va intéresser très très peu de monde c’est comme ça, je pense qu’on n’y peut rien si on n’attaque pas très tôt le travail éducatif.

F : Industrie culturelle, cette juxtaposition résume tout…. Revenons à Xnoybis après cet intermède pré-campagne présidentielle… L’artwork est très épuré, ressemble-t-il bien à votre univers ?

B : L’artwork… Je travaille depuis longtemps avec un artiste qui s’appelle Pep Karsten. Pour moi l’artwork n’est pas la musique, mais peut en être un compagnon ou une interprétation. En demandant à Pep, je savais qu’il aurait une vision complètement extérieure à notre musique, et ça m’intéressait pas mal. Au niveau esthétique, l’idée d’une épure nous intéressait beaucoup, parce que ça va dans le sens de nos goûts visuels, d’une part et on savait que Pep ferait passer à sa manière certaines idées que l’on met dans notre musique. Le côté monochrome notamment (on en a pas parlé, tiens). Pour moi on fait une musique monochrome : pas de couleurs qui varient, mais des possibilités étendues pour des subtiles variations et des contrastes. Pour nous la pochette est un très bon compagnon de l’album, elle permet de mettre en lumière certaines choses dans la musique auxquelles on n’aurait pas pensé forcément

F : Nécessité d’un point de vue extérieur donc ?

B : absolument tout comme le son je n’aurai pas fait les mêmes choix au niveau de l’enregistrement et je me serais planté il faut savoir se décharger des choses qu’on ne connait pas vraiment à mon sens la culture graphique, je ne l’ai pas vraiment (au niveau pratique).

F : Ok. Bon, ça fait déjà pas mal de lecture tout ça…. Encore une chtite question. Tu m’avais dit quand on s’était vus que tu n’avais pas encore réfléchi à la suite à donner suite au départ de votre batteur. Désormais effectif, comment allez-vous gérer ça ?

B : Hahahahaha le meilleur pour la fin. Le problème est complexe car il y a une grande part d’affectif avec Julien, mais on va chercher un batteur, ça c’est sûr. On se posera les problèmes existentiels si on en trouve un qui nous correspond et à qui on correspond dans l’intervalle. C’est une grande phase de remise en question au niveau des compos ; je peux parler en mon nom vu que c’est moi qui compose dans Xnoybis. J’ai tout lâché dans « Solace », et ma position est dangereuse : je suis une vraie éponge, tout ce que j’entends, les découvertes que je fais, j’ai envie de les utiliser. De toute façon, donc, pour donner une suite à Xnoybis, faut se remettre au boulot vu que le côté "concert" est foiré de toute façon pour quelques mois (même si on trouve un batteur tout de suite et que tout se passe bien, faut bien être au point). La suite ça va être du travail de compo, ensuite, on avise en fonction des évènements…

F : Dommage pour la défense de ce très bon disque qu’est Solace…. Bon allez, j’ai commencé par une question classique, je vais finir de même…. Tu as des trucs à ajouter ?

B : Je tiens à préciser que Florent et moi, on n’était pas potes avant qu’il n’écoute le disque… Pas grand chose à part un grand merci à toi pour ton soutien. J’ai vraiment l’impression que tu percutes très précisément là où on veut donner du sens à notre musique, et ça fait très plaisir.

F : C’est ça le talent mon cher. Merci pour tout cet entretien intéressant, et on se recroise très vite de toutes façons !

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