Hacride

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Interview d’Adrien et Ben, respectivement guitariste et bassiste d’Hacride, tenue au sous-sol du bar le Black Dog à Paris.

On n’échappera pas à la banale présentation en règle…

Ben : Le groupe existe depuis 2002. Dès l’arrivée de Sam au chant, on a enregistré notre première démo Cyanide Echoes, qui nous a permis de trouver quelques premières parties assez intéressantes comme Gojira, Loudblast, Carcariass. Ensuite on s’est attelé à la composition de Deviant Current Signal qu’on a enregistré en début 2003. Ensuite on a démarché des labels évidemment avec celui-là. On a eu un contact avec un label canadien, Galy Records, mais ils n’avaient pas de distribution française à l’époque donc d’un commun accord on a arrêté le deal. Pas longtemps après, on a eu un coup de fil de Laurent de Listenable Records qui nous a proposé de signer sur son label. C’est comme ça que tout s’est enchainé, la tournée de Deviant, la deuxième qui s’est terminée sur le VS fest. On a enchainé directement sur l’enregistrement de ce nouvel album AMoeba.

Pour rester sur le premier album, est-ce que vous avez eu une bonne impression des critiques des médias?


Oui de bons retours, on a vu que les gens nous soutenaient, qu’un groupe sorti de nulle part. A vrai dire on n’a eu qu’une seule mauvaise critique, une allemande.

Adrien : C’est indéniable quand on a une musique complexe qui part un peu dans tous les sens que les chroniqueurs essayent de nous trouver des influences marquantes, on nous a même dit qu’on ressemblait à Fear Factory. Des fois tu te demandes… mais ça nous a permis de nous poser la question, est-ce que nos influences sont trop marquées? Apparemment, c’était le cas pour certains. Pour le 2ème album, on a essayé de faire autrement, d’éviter toute influence extérieure.

Ben : On s’est donné le temps, on s’est donné l’envie d ecréer vraient quelque chose d’assez personnel, de bosser vraiment la production, toujours en famille avec notre ingé son live qui est aussi notre producteur studio depuis le début, de se prendre du temps de recul. On voulait pas faire une suite directe à Deviant mais un album qui puisse dire voilà Hacride c’est ça.

Depuis la sortie de ce premier album, vous avez changé vos habitudes dans votre manière de travailler ou dans votre vie personnelle?

Adrien : On a pas changé la méthode mais les répètes s’intensifient, sont mieux organisées, on sait où est-ce qu’on veut aller. Après notre mode d evie et passé de 35h par semaine à 50h. On travaille à côté mais on prend de plus en plus de temps pour Hacride.

Ben : On a pris aussi un travail qui nous permet d’axer notre vision sur le groupe, sans trop de contrainte.


Comment est-ce que vous vous coordonnez en répète et au niveau de la composition?

Adrien : En fait tous nos morceaux partent d’une pre-prod que je réalise chez moi en home studio. J’essaye de faire une maquette finie mais ensuite tout le monde réécoute et on réarrange le tout. Notre musique est très calculée, elle ne peut pas venir d’une improvisation, c’est pour ça que c’est fait sur ordinateur. La composition me prend beaucoup de temps mais grace à ce système de travail, c’est un gain de temps monumental. Quand on arrive en répète, on a un gros travail d’arrangements à faire mais tout le monde connait le morceau. Au début on était vraiment des éléments séparés, c’est pour ça que Deviant part un peu dans tous les sens. Avec le temps, on a réussi à homogénéiser tout ça et ce qui est génial c’est qu’on sait maintenant ce que chacun va répondre à un riff. Si j’ai un riff de guitare, je sais pertinemment ce que vont mettre Ben, Olive et Sam dessus. Hacride c’est maintenant un seul bloc.

Ben : On a une base qu’on remodèle à volonté. Les idées fusent mais ça reste des changements de la base donc pas vraiment de l’improvisation. On modifie cette base petit à petit puis Adrien revient chez lui, applique le travail en répète jusqu’à ce qu’on ait le morceau final.


J’écoute l’album depuis un certain temps et je trouve qu’il est plus cohérent que le précédent, mais surtout qu’il est la continuité de certains morceaux de Deviant Current Signal, Protect et This Place en particulier.

Adrien : Disons que c’étaient 2 morceaux forts, les morceaux phares même et leur essence même c’était la prise de risque vis à vis de certaines sonorités donc il nous fallait continuer dans cet esprit là. Le death technique qu’on pouvait utiliser sur « Human Monster » par exemple, c’était bien mais il fallait qu’on aille plus loin. Dans la musique progressive qu’on avait en tête, il fallait que l’on surprenne. This Place et Protect ont été des morceaux qui ont surpris, enfin c’est ce que j’ai cru comprendre vu les chroniques.


J’écoute en général des musiques sombres, la mélancolie est en général très présente dans le métal, mais chez vous je trouve que le côté sombre est particulièrement marqué, ce côté très sombre, vraiment noir, pesant. Vous n’avez pas de riffs jumpy comme peuvent en faire par exemple Gojira, Hacride a un esprit plus noir. Ce n’est sûrement pas que vous êtes plus sombres en tant que personnes mais pourquoi est-ce que vous êtes attirés par ce côté là?

Adrien : On a besoin d’avoir une catharsis, la musique de toutes manières c’est pas un défouloir pour nous, c’est vraiment un exutoire. Si dans ta vie, tout est noir, tout va mal, je ne sais pas si tu peux te permettre de composer ce genre d emusique, je pense que t’ai ce domaine-là dans lequel tu peux rejeter toute ta rage, ta haie, ta mélancolie, de la mettre en image, en musique pour après te sentir mieux.
Pour nous la musique est une nécessité, si je n’en fais pas pendant un jour, je tremble, mais physiquement, ou quand j’en écoute pas c’est pareil.

Ben : Ca vient aussi d’une recherche d’émotion, on ne compose pas pour que ça soit mélancolique, mais quand on joue ensemble, que l’émotion passe entre nous, ça sort comme ça.

Adrien : Certains groupes veulent transmettre des bonnes vibrations, comme on dit. L’aspect positif on l’a certainement, dans certains passages très ouverts mais Hacride c’est douloureux, ça restera triste et passionnel. On est pas noirs, sûrement pas suicidaires, on est même très heureux.
Même des trucs tout bête, on pourrait très bien parler d’amour, c’est aussi une émotion forte mais on l’a au quotidien, on a pas besoin de l’exprimer, alors que la rage, la mélancolie, ce côté sombre, on a besoin de l’exprimer. Si tu l’extériorise pas, t’es frustré, chacun le fait comme il peut, nous on le fait en musique.


Par rapport à ça, je trouve le chant particulièrement marquant. Je n’ai pas lu les paroles mais on a pas forcément besoin des paroles, on ne comprend pas toujours ce qui est chanté et il y a beaucoup de cris sans paroles, mais je trouve qu’il se dégage beaucoup d’émotion de la voix.

Ben : Sam a fait un gros boulot, il arrive vraiment à créer quelque chose, une force. Dès qu’il chante il y a quelque chose d’unique qui sort chez lui. Il retranscrit par son chant tout ce que nous on peut mettre comme.

Adrien : C’est expressif, c’est physique, il ressortait de studio, il en pouvait plus, il était plié en deux, c’est vraiment de l’émotionnel, il va tout donner.

Il y a quand même un morceau un peu plus léger, « Zambra », la reprise du groupe flamenco Ojos de Brujos, mais ce morceau est tout de même très metal. Je n’ai pas écouté l’original donc ne peux pas faire de comparaison mais vous avez dû rajouter plein de riffs à vous au milieu non?

Adrien : En fait, j’ai suivi exclusivement la ligne originale mais on a changé toute la structure du morceau après le solo acoustique, c’était une partie entièrement faite à la voix. Il y a un mot spécifique en espagnol, une sorte de slam qui utilise des rythmes asymétriques et j’ai tout repris à la batterie et à la basse.

C’est le passage avec une succession rapide de riffs de guitare.

Adrien : Oui, tout a été retransposé instrumentalement.

Ben : C’est vraiment intéressant de comparer les 2, c’est sur l’album Bari de Ojos de Brujo. Il y a eu une très très grosse interprétation.

Au niveau des voix, qui sont les invités?

Adrien : Il y a Marina et Max, qui font partie du groupe Ojos de Brujo, ils ont réinterprété le morceau. Je leur ai fait passer par internet la démo du morceau que j’avais reprise, pour savoir si ils étaient d’accord pour qu’on la mette sur l’album. Ils ont adoré donc c’était génial, comme c’est un hommage. On leur a donc demandé d’intervenir.

Pour finir et rester dans cette direction, est-ce que vous avez d’autres groupes à conseiller dans des styles hors metal?

Adrien : Ekova, tu connais? Ils sont connus dans le milieu metal parce qu’ils ont fait un duo avec Lofofora.

Ben : Microfilm, un groupe de chez nous, vraiment exceptionnel.

Adrien : en jazz sinon Steve Coleman et Truffaz.

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 497 articles sur Eklektik.

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