Jesu – Conqueror

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Style: indus/ambientAnnee de sortie: 2007Label: Hydrahead

Jesu est mort. Mort et enterré sans autre forme de procès Et Justin K Broadrick avec par la même occasion. Voilà le genre d’allégations aussi pitoyables que merdiques, auxquelles j’ai bien failli succomber lors des premières écoutes de ce Conqueror. Vous n’avez pas remarqué à quel point il est devenu de bon ton de chier dans les bottes de Broadrick ces derniers temps, et finalement de céder à cette pression aussi insidieuse qu’infondée digne des plumes et du goudron ?…

Alors il est vrai que les premières écoutes furtives de cet album étaient loin de me faire rire. Je focalisais sans coup férir sur cette voix douce et monocorde, presque poussive, noyer sous la reverb par instant, lointaine, à cent lieux des excès rageurs auxquels Broadrick m’avait habitué, même lors des précédentes productions de Jesu, pourtant déjà enclines au calme et à une certaine introspection. Je le reconnais maintenant : j’allais hurler avec les loups, faisant table rase du passé, des qualités créatives incontestables de Broadrick ainsi que de l’intérêt que je lui portais jusque là pour la maîtrise de son instrument de prédilection, la guitare. A ma décharge, il faut tout de même reconnaître que ce Conqueror tend le bâton pour se faire battre. Une page avait beau être tournée avec le précédent EP Silver, rien ne pouvait prémunir l’auditeur contre cet apparent virage à 180° degré. Des morceaux s’entichant d’un feeling pop des plus mielleux, une voix suave, hésitante et imprécise, un son noisy shoegazing nous ramenant au cœur des 90’s lorsque la clique neurasthénique des My Bloody Valentine & co tenait la dragée haute à toute la production pop indie du moment. Pas que j’ai de réels griefs contre cette clique mais on ne peut pas dire que ce soit la musique que j’attendais de la part de Broadrick et ces acolytes Ted Parson et Diarmuid Dalton. Il faudra pourtant bien s’y faire. Broadrick a décidé de faire évoluer le son de son projet phare contre vents et marées, crie à qui veut bien l’entendre qu’il en est fier, et que malgré tout le respect qu’il doit à son public, il emmerde ceux qui se jetteront sur l’issue de secours la plus proche. Dont acte.

En attendant, je dois bien reconnaître que j’attendais cette sortie avec une certaine fébrilité, que j’eus un plaisir non feint à passer à la caisse et que Conqueror envahit quotidiennement mon espace sonore depuis. Ma platine n’avait pas connu une telle heavy rotation depuis des lustres malgré des réticences belles et bien présentes. Cet album me rappelle aujourd’hui la sortie du Desintegration de The Cure, alors tant décrié par la critique voir boudé par une certaine frange du public. Pour finir par devenir l’un des derniers grands albums mythiques de ce combo non moins mythiques. Il faudra donc bien le reconnaître. Cet album n’est pas un échec. Encore moins un chant du cygne. Il est le nouveau visage de Jesu, une nouvelle facette du talent de Broadrick. Et jamais cet état de fait ne m’avait paru si clair, si limpide, aveuglé que j’étais par sa rage, ses productions au son massif, ce groove de basse assassin, ces ambiances tour à tour glauques ou cathartiques. Puis les écoutes se succédèrent. Le son noisy révéla progressivement un travail léché, une production ciselée où les nappes de programmation dévoilaient des riffs de guitare précis et venimeux, créateur de cette ambiance de solitude et de désolation. Un sentiment pareil à la plus forte des addictions m’envahissait. Des réminiscences de violence surnageaient encore au cœur de cette ambiance éthérée – et finalement se multipliaient – comme ce riff de basse assassin, cette attaque en forme de leitmotiv sur le morceau « Medicine ». Un mot s’inscrivit alors en filigrane, indélébile et de plus en plus lisible au fil des écoutes. La codéine. Conqueror possède la puissance addictive de cette drogue en même temps qu’il diffuse ses effets analgésiques. Un puissant anti-douleur, un opiacé qui nous transporte dans un univers brumeux, parfois clinique, qui peut momentanément modifier notre perception mais en aucun cas la transformer. Le nouveau son de Jesu n’était donc pas aussi lisse et lumineux qu’il voulait bien le laisser entendre. Bien au contraire. L’univers de Broadrick est toujours aussi sombre et dévasté. La violence est sienne. Et seul ce son enivrant, fort d’une nouvelle puissance, pareil à la codéine, maîtrise ce serpent de mer insaisissable. Chaque titre évolue donc au cœur de cet univers en apparence insipide et contradictoire. Mais finalement cette musique aura une fois encore raison de moi et je m’y livre pieds et poings liés.

  1. conqueror
  2. old year
  3. transfigure
  4. weightless & horizontal
  5. medicine
  6. brighteyes
  7. mother earth
  8. stanlow
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13 Commentaires

  1. cylens says:

    ben envoie la plume et le goudron pour moi, hein, y a rien à faire :D

  2. hipo says:

    N’empeche qu’il est pas assez heavy cet album :)

  3. jonben jonben says:

    Il passe bien chez moi mais il a tendance à plus tourner en fond que réellement me captiver, je pense pas qu’il restera aussi marquant que le premier.

  4. fewz says:

    pour moi c’est mitigé. Entre un « mouais  » et un « c’est du bon »…

  5. damien luce says:

    Pas accrocché sur celui ci

  6. Kaoslynn says:

    Aprés plusieurs premières écoutes pas vraiment convaincantes, j’ai laissé cet album de côté plusieurs semaines, avant d’y revenir par petites touches et là cet album a pris un éclairage différent.
    Comme je l’a dit sur le forum, à chaque écoute je trouve que « Conqueror » prend un peu plus de relief, bref il n’a plus rien à voir avec l’idée que je m’en étais fait lors des premières écoutes , il est vrai un peu fastidieuses.
    Pour apprécier un tel disque il faut lui laisser du temps.
    Aprés c’est sûr qu’il est assez éloigné des standarts « broadriciens » que l’on connaissait… beaucoup moins lourd certes (encore que…) mais pas moins sombre…

  7. Kaoslynn says:

    Aprés plusieurs premières écoutes pas vraiment convaincantes, j’ai laissé cet album de côté plusieurs semaines, avant d’y revenir par petites touches et là cet album a pris un éclairage différent.
    Comme je l’a dit sur le forum, à chaque écoute je trouve que « Conqueror » prend un peu plus de relief, bref il n’a plus rien à voir avec l’idée que je m’en étais fait lors des premières écoutes , il est vrai un peu fastidieuses.
    Pour apprécier un tel disque il faut lui laisser du temps.
    Aprés c’est sûr qu’il est assez éloigné des standarts « broadriciens » que l’on connaissait… beaucoup moins lourd certes (encore que…) mais pas moins sombre…

  8. Lébo says:

    Sans etre mauvais, cet album ennuye un poil. Une sorte de résumé des précédents sans réél interet…Une recette dejà utilisée

  9. cylens says:

    c’est peut-être pas le lieu, mais je trouve hallucinant de voir le mal que certains se donnent pour apprécier un album. vous donnez-vous autant de peine avec tout ce que vous écoutez ou faites-vous une confiance aveugle à Broadrick?

  10. Neurotool says:

    j’ai ouvert un topic dans le forum. ;-)

  11. kollapse says:

    Il m’a fallu un peu de temps mais au final j’adhère beaucoup à cet album. Moins lourd dans l’ensemble, les ambiances shoegazze imprègnent indéniablement l’espace sonore et l’addiction se fait au fur et à mesure des écoutes, si tant est qu’on donne une réelle chance à l’album évidemment. Car il n »est finalement pas si simple d’entrer dans ce disque si…. intimiste je dirais. Un bien bel album.

  12. Dun23 says:

    Pose toi une question, Cylens, quels sont les albums que tu as aimés dès la première écoute et que tu t’enfiles encore aujourd’hui! Je fais partie de ceux qui pensent que certains albums sont directs soit, c’est très bien mais que d’autres méritent un réel effort de la part de l’auditeur pour s’imprégner de l’ambiance qui s’en dégage. Et que cet effort se doit d’être fourni. Ceci dit, je n’ai pas écouté cet album mais ça viendra. Et Jesu en concert est terrassant: Parsons bute litteralement tout le monde.

  13. Moesgaard says:

    Eh les gars, sans déconner, vous connaissez my bloody valentine, slowdive, pale saints etc, le shoegaze des 90’s? Si c’est pas le cas, je vous encourage à jeter une oreille…: ) ça a presque 20 ans tout ça….

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