Scarve

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Entretien avec Patrick (guitare) et Loïc (basse) de Scarve, le jeudi 1er mars au Black Dog à Paris.

Comment ça va chez Scarve, comment est le moral ?


Patrick : le moral est super bon, d’autant plus que l’album est terminé. Ca a été dur mais on a réussi à surmonter les galères, on est soulagé et satisfait du résultat.


Parlons évidemment quelques instants, du départ de Guillaume (Bideau, chants clairs). On a vraiment le sentiment que ce départ a été vécu comme un traumatisme…


Patrick : Ben c’est vrai que c’est super dur quand ça arrive…C’était assez inattendu, et c’est vrai qu’on l’a un peu vécu comme un coup de poignard dans le dos… En même temps, les changements de line-up ça arrive, et on ne peut forcer personne à rester dans le groupe. Bon c’est vrai qu’en plus c’est un peu arrivé au mauvais moment, quand Guillaume devait justement enregistrer les voix, avec le studio booké, tout ça… On s’est dit « merde comment on va faire »…

Avec le recul on se dit qu’il a fait ce qu’il pensait devoir faire, et puis nous on a quand même réussi à finir l’album en évoluant vers quelque chose de différent…


Vous n’avez pas vu son départ venir ?


Patrick : On est tous d’horizons différents et on savait bien que Guillaume était moins « métal » que nous, qu’il avait envie d’autres choses… Il essayait parfois des trucs en studio vocalement, et même si c’était bien, on trouvait que ça collait pas avec la musique de Scarve. Et forcément ça le frustrait…

Loïc : Vraiment c’est plus le moment où ça s’est fait, le timing n’était pas le bon. Et puis on est tous vachement liés dans le groupe et c’est vrai que ça a été assez dur à encaisser. On a une relation assez fusionnelle, assez passionnelle, donc sur le moment c’était plus qu’un coup de poignard dans le dos, c’était carrément un gros coup de marteau sur le crâne… On est tous archi-potes donc ça n’a pas été facile. En même temps d’un point de vue personnel pour lui c’est génial, on est content pour lui, il fait ce qui lui plaît, c’est juste que ça tombait au mauvais moment. En même temps on n’est pas marié à Scarve, on a bien essayé de se pacser à 6 mais ça n’a pas fonctionné… (rires).


Vous vous considérez toujours potes quand même, avec Guillaume ?


Loïc : Bien sûr. On était à la M.A.I. (Music Academy International à Nancy) ensemble, on était à l’école ensemble. C’est quelqu’un que je revois encore entre 2 avions ces temps-ci, on est archi-potes… Quand je vais à Nancy, quand je vais chez lui il sait ce que j’aime bouffer, il dit à sa copine « nan nan fais pas ça Loïc il n’aime pas ça ». Donc bon ça s’est passé comme ça, c’est tout et sur le moment on l’a mal pris, mais bon c’est une réaction humaine je pense…

Patrick : et puis finalement ça nous a permis de collaborer avec quelqu’un d’autre, et c’est vrai que les problèmes qu’on a eus se sont aussi répercutés sur l’album, qui est du coup un peu plus sombre, brutal… Peut-être que ça va au final nous amener vers quelque chose de différent…


Vous avez écouté le dernier album de Mnemic, par curiosité ?


Patrick : J’ai écouté des extraits courts sur Internet. Personnellement, très clairement j’aime pas. Je trouve ça trop formaté, trop prévisible.

Mais en même temps c’est quelque chose qu’il aime… Enfin je dis « formaté, prévisible », disons que c’est très différent de Scarve quoi… Après j’ai pas écouté l’album en entier non plus… L’album précédent de Mnemic, j’avais pas mal accroché sur un titre que j’avais entendu sur un sampler… Mais bon je ne suis pas spécialement fan. J’ai pas d’album à la maison, et je n’irai pas acheter un album de Mnemic…


D’accord… Quand Guillaume a claqué la porte, il vous a tout de même proposé d’enregistrer les parties de voix claire avant de partir. Vous aviez alors refusé, invoquant la raison que vous ne vouliez pas qu’il enregistre les voix sans tourner avec vous derrière… Finalement on se rend compte que vous êtes dans la même situation aujourd’hui avec Lawrence…


Patrick : Ben le problème c’est que tu ne peux jamais savoir ce qui va se passer… Quand Guillaume nous a proposé de chanter ses parties, on était encore sous le coup de son départ, on voulait se tourner vers l’avenir, on ne voulait pas fonctionner comme ça avec des bouts du passé. Et quand ça s’est fait de bosser avec Lawrence, on ne savait pas et il s’avère que Lawrence a pas mal de projets en cours et qu’il n’est pas disponible sur les 10 premières dates de la tournée…

En revanche on a une tournée qui est en train de se booker à partir de fin septembre sur 3 semaines à peu près, et on espère qu’il sera dispo. Si ce n’est pas le cas on essayera de trouver quelqu’un d’autre…

Donc du coup sur ces premières dates, c’est Arno Strobl (Carnival In Coal) qui se charge des voix claires… C’est un pote à vous à la base ?

Patrick : C’est clair qu’on le connaît depuis longtemps, à force de tourner à droite à gauche, on croise du monde. Et puis c’est vrai qu’à l’époque de la sortie de Luminiferous on avait envisagé de collaborer avec Carnival In Coal, pour qu’ils remixent certains de nos titres. Finalement ça ne s’est pas fait pour des raisons de temps et d’agenda…


Vous avez donné une interview pour le webzine VS il y a peu de temps… Je crois que c’était un peu pour clarifier certaines choses et essayer d’apaiser certaines rumeurs inquiétantes… Au final je trouve que cette interview fait peser de sérieux doutes sur l’avenir de Scarve. Par exemple, on a vraiment l’impression que le départ de Dirk est imminent…


Patrick : Ben de toute façon, c’est clair qu’il ne tournera pas l’album…


Mais fait-il toujours partie de Scarve ?


Patrick : Pour l’instant il est toujours dans Scarve. Mais bon, il ne tournera pas l’album et on ne sait pas ce que réserve le futur… Mais s’il n’est plus disponible on fera différemment… En tout cas aujourd’hui on ne sait pas, on ne peut pas prévoir. On est plus dans le même schéma qu’à l’époque de Luminiferous où tout le monde était quasiment dédié à Scarve… Aujourd’hui y a pas mal de projets annexes… Le truc c’est que Irradiant a quand même fait pas mal de buzz à l’époque, et les projets annexes ont donc pris pas mal d’ampleur, allant même jusqu’à tourner… Et puis l’implication de chacun dans Scarve a évolué et évolue pour des raisons financières, artistiques… Mais bon on s’arrangera et on fera en fonction…


Vous avez déjà un nom pour le remplacement de Dirk sur la tournée ?


Patrick : oui c’est en train de se finaliser mais on ne peut pas en parler tant que ce n’est pas finalisé et sûr à 100%… On attaque les repets très bientôt… Ca devrait pas poser de problème c’est un proche du groupe, il connaît très bien Dirk… Mais bon on attend quand même d’être certains que ça le fera pour l’annoncer… De toute façon la première date étant le 6 avril, ça se saura assez vite (rires).


Et Pierrick, il est toujours à fond dans Scarve ?


Patrick : oui enfin pour l’instant… Mais en même temps tu sais, Phazm prend de l’ampleur, on ne sait pas hein…


Ok. Parlons maintenant de l’album. Personnellement je trouve l’écoute de ce nouvel album très déroutante. On a vraiment l’impression de quelque chose de différent sans vraiment pouvoir mettre des mots sur cette différence. Est-ce que c’est voulu de votre part que cet album représente une rupture par rapport au passé ?


Loïc : Le truc c’est qu’on juge un résultat, et on a fait les choses sans se poser de questions, y a rien de prémédité. Au final on se pose les même questions que toi. On s’est jamais spécialement posé la question de si ça allait ressembler à ci ou à ça, c’est juste le résultat de notre vécu de ces derniers mois…


C’est marrant car Patrick tu disais tout à l’heure que c’était un album plus froid, plus sombre que les précédents… Peut-être à cause de ce que vous avez vécu aussi…


Patrick : Oui enfin je pense qu’on a vraiment trouvé notre style, donc ce qui sort c’est forcément du Scarve… Après, le vécu de ces derniers mois, et les évènements qui se sont produits nous poussent peut-être à le considérer comme plus sombre, plus froid.


Oui parce qu’au final, je ne suis pas certain que ce soit l’impression que ça fasse sur les auditeurs… Moi par exemple, je ne le trouve pas plus froid cet album… Je ne sais pas comment le décrire…


Patrick : Peut-être plus tordu ?


Non, pas vraiment… En tout cas ce qui est clair, c’est que la prod’ est différente, moins clinique, moins froide, et ça s’entend bien…


Patrick : ça c’était complètement voulu… C’est vrai que sur Irradiant, on n’a absolument pas eu de contrôle sur la prod’. Et on voulait que ça se passe différemment avec la basse et la guitare notamment. Même à l’époque on n’était pas parfaitement satisfaits. On a voulu avoir plus de maîtrise sur le truc… Plus de temps aussi, car on a pris le temps de le travailler… Sur Irradiant on a fait le son en une heure avec du matos qui était là-bas, sur place… On nous a fait le son, ça nous plaisait, on trouvait ça cool, notamment par rapport aux albums précédents. Mais avec le recul, et après avoir pas mal tourné, on trouve que le son d’Irradiant est trop froid, trop clinique, trop précis aussi… Et entre-temps on a bossé avec une marque d’amplis français, pour obtenir ce qu’on voulait. C’est notre matos à nous à partir duquel on a enregistré le son de ce nouvel album.


C’est peut-être ça qui donne cette nouvelle impression…


Patrick : oui il est peut-être plus organique, plus chaleureux, plus réaliste…


C’est pour ça que l’impression des auditeurs ne sera peut-être pas que c’est un album plus froid je pense…


Patrick : oui peut-être.

Loïc : En tout cas la perception est différente selon que tu es dedans ou non. Hier je voyais Phazm jouer, et c’était la première fois que je ne jouais pas avec eux, et que j’assistais en spectateur et c’est vrai que ça ne fait pas la même impression…


Au final je trouve les premiers morceaux assez directs, et qu’il y a un côté un peu plus expérimental sur la fin avec notamment un chant plus particulier…


Patrick : On avait déjà un peu exploré des nouvelles choses sur le précédent mais là c’est aussi du à la participation de Lawrence, par exemple sur « Rebirth », le dernier titre de l’album, sur lequel il n’y a que Lawrence qui chante…


Ah d’accord, ça explique cette voix un peu différente, plus black presque… Et sur les autres titres c’est une répartition entre Pierrick et Lawrence ?


Patrick : oui ils ont collaboré tous les 2, ils ont enregistré ensemble… Nous on n’était pas là à ce moment d’ailleurs…


Dans le processus de composition, qui compose le plus ?


Patrick : C’est d’abord les cordes souvent… Assez peu les cuivres il faut le dire… (rires). Non c’est souvent Sylvain, moi avec Dirk, et Loïc a pas mal composé aussi…Par exemple le morceau « A Few Scraps Of Memories » a été composé par Loïc…

Loïc : ce qui explique que ce soit que de la basse sur ce morceau, même si ça s’entend pas forcément…


Vous n’avez pas trop de pression quant à la sortie de l’album dans un mois maintenant ?


Patrick : la pression est passée maintenant. L’album va sortir, ça va plaire ou ça ne va pas plaire. Nous on est grand, on sait maintenant ce qu’on fait, on sait ce que ça vaut… On va jouer des titres sur scène et on verra bien…


La pochette diffusée sur Internet en noir & blanc, c’est la pochette définitive ?


Patrick : C’est la pochette définitive, sauf qu’elle ne sera pas vraiment en noir & blanc, ce sera plus du gris argent et du noir mat. La première version sera un digipack limité mat et argent.


Il y aura aussi un bonus track, c’est ça ?


Loïc : en fait c’est un morceau de Luminiferous qu’on a refait, ré-interprété, même s’il n’a pas changé dans la composition même.

Patrick : on n’était pas très satisfait du son…


C’est quel morceau ?


Loïc : « Alteration »… Y a quelques petits trucs qui ont changé mais globalement c’est le même morceau…


Ok c’est bon à savoir. Loïc, on a entendu que tu étais le nouveau bassiste de Watcha ? C’est pour explorer de nouveaux horizons toi aussi ?


Loïc : En fait ça c’est fait tout bêtement. C’était pendant l’enregistrement de The Undercurrent, ce qui s’est passé c’est que j’ai vu l’annonce sur VS et j’ai décidé de postuler, pour voir. J’ai bossé les morceaux la veille, et puis j’y suis allé et puis voilà.


Tu connaissais les mecs avant ?


Loïc : non pas du tout, ça s’est fait comme ça, j’ai passé l’audition comme tout le monde…

Ca me permettra de lâcher mon taf…


Ouais rien de plus normal et compréhensible que ça, faut bien manger… On voit bien le batteur de Comity jouer avec Emma Daumas…


Loïc : oui il y avait aussi Pendule de Watcha qui jouait avec Obispo…

Patrick : j’ai même entendu dire que Guillaume jouait avec Mnemic, c’est pour dire !(rires).


Exact, j’ai entendu ça ! Et sinon vous écoutez quoi en ce moment ?


Patrick : le dernier Martyr qui est excellent, le dernier Opeth aussi, superbe album.

Loïc : Hacride aussi, le dernier, très bel album…


C’est clair, excellent album… Ok et bien merci, c’est vrai qu’il y a pas mal de fans de Scarve chez Eklektik, donc je vous remercie particulièrement de votre temps…


Patrick : pas de problème, mais donc, c’est quoi les réactions et l’accueil par rapport à l’album sur le site ?


Et bien en fait pour être très honnête, ce n’est pas un très bon accueil. C’est vraiment un album qui surprend pas mal. Il faut peut-être éviter les jugements hâtifs, mais la première réaction majoritaire c’est quand même du rejet je pense…


Patrick : du rejet ? C’est-à-dire ? Trop difficile d’accès ?


Non pas difficile d’accès, mais « moins bien qu’avant » en fait, tout simplement…


Patrick : Ah ben c’est la première fois qu’on nous dit ça, je suis surpris, les retours sont plutôt positifs pour le moment. En même temps si vous êtes vraiment fans, vous avez peut-être des attentes bien précises par rapport aux précédents disques.


Possible… Pour ma part je ne sais pas encore trop quoi à en penser. J’apprécie vraiment les premiers titres mais il y a moins d’aspérité sur la fin, j’ai du mal à apprécier la deuxième moitié du disque.


Patrick : nous on a plutôt eu comme écho que c’était un album difficile d’accès, qui nécessitait pas mal d’écoutes, mais qu’une fois familiarisé c’était super bon.

Loïc : moi je vais te dire, j’étais comme toi. Très sceptique aux premières écoutes. Mais au bout d’une dizaine d’écoutes, j’ai pris une grosse claque. Y a un truc dans cet album qu’il faut réussir à choper, et qui est vraiment énorme… Y a des trucs qui se passent dans cet album que je comprends toujours pas en fait (rires).


C’est vrai que personnellement mon morceau fétiche du groupe c’est « Fireproven » et je ne pense pas trouver un morceau qui le supplante sur The Undercurrent


Patrick : ouais ben c’est sûr qu’on évolue, on n’a pas particulièrement envie de refaire ce qu’on a déjà fait. Mais c’est marrant parce que « Fireproven » est un morceau un peu à part en fait parce que c’est un morceau qui a été composé sur la base de riffs qu’on avait sortis à l’époque de Luminiferous et dont on n’arrivait pas à tirer grand chose… On arrivait pas à en faire un morceau en fait. Et puis on a repris tous ces bouts pour faire quelque chose et on a réussi à sortir « Fireproven »…


Ok en tout cas on verra sur la longueur pour cet album ! Merci à vous et bonne chance pour la suite !

Remerciements à Loïc, Patrick et Jess de Listenable.

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 801 articles sur Eklektik.

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