Korn – Korn

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Style: neo metalAnnee de sortie: 1994Label: Immortal Records

“Are you ready ?”. Voilà les premiers mots prononcés par Jonathan Davis sur ce premier album éponyme de KoRn. Et autant dire que nous étions nombreux à ne pas être prêts en 1994, encore sous le choc des excès de la scène grunge. Pas prêts à être confrontés au néo-métal puisque c’est d’ici que tout partira. KoRn l’album, un album à l’impact purement et simplement énorme à tout point de vue.

Pourtant a priori rien ne prédestinait ces 5 gamins de Bakersfield à devenir le groupe emblématique d’un genre entier, et avec ça un des plus grands groupes de l’histoire récente du rock…
Doit-on décrire la musique de KoRn ? Néo-métal oui, mais concrètement ça donne quoi ? Et bien ça donne un rock/métal résolument nouveau (sic), sombre, (très) lourd, avec une personnalité, un son, bien à part, quelque part dans le prolongement d’un groupe comme Faith No More, le côté « déconne » en moins.
KoRn, un groupe influencé tant par Cure (dans le chant, Davis étant un fan absolu de Robert Smith), par le death metal (son lourd, vocaux d’outre-tombe comme sur « Lies ») que par le hip-hop (sombre). Cette dernière influence dont on a du reste beaucoup parlé, se ressent d’une part dans le phrasé très particulier de (et inventé par) Davis, qui sans être du rap, en est sûrement un langage hybride (il n’y a qu’à voir « Ball Tongue » et le débit de paroles incompréhensibles qui tient d’ailleurs plus du grognement animal) et d’autre part dans ce son très grave des guitares (accordées très bas), très porté sur les basses ainsi que sur un jeu de basse très particulier du sieur Fieldy (jeu de basse surtout assimilable au funk d’ailleurs, avec pas mal de passages slappés).

KoRn c’est aussi et évidemment son chanteur charismatique à l’époque étendard involontaire (avant que tout le groupe soit carrément endorsé par la marque) de la marque Adidas, toujours vêtu d’un jogging aux fameuses 3 bandes. Un chanteur un peu azimuté, qui travaillait alors dans une morgue, fasciné par les tueurs en série, à l’enfance apparemment bien trouble et sinistre (on raconte alors tout et n’importe quoi à ce sujet : rapports difficiles avec la figure paternelle, viol…) et à l’adolescence difficile (apparemment tête de turcs de beaucoup de ses camarades –dont pour la petite histoire, le fameux Fieldy qui le martyrisait quelques années avant qu’ils fassent tous deux partie du groupe). Outre la pochette inquiétante (on tremble pour cette fillette sur la balançoire approchée par un homme à l’ombre bien menaçante) c’est évidemment le célèbre morceau « Daddy » sur la fin duquel Jonathan Davis crache ses tripes, pleure, crie… qui incarne à la perfection l’exorcisme de ses démons par Davis. L’enregistrement de ce titre et en particulier des parties vocales fait désormais partie de la légende du rock et autant dire que son écoute est à peu près aussi éprouvante et horrifiante que son enregistrement a du l’être. Mais on pourrait également citer « Faget » (littéralement « tapette ») sur lequel Davis hurle « All my life who am I ? I’m just a faget !! » envoyant un message plus qu’explicite aux bourreaux de sa jeunesse, qui on l’imagine aisément s’amusaient à le traiter de ce doux sobriquet.
Mais Davis ce n’est pas seulement un jeune homme perturbé, car à ses heures perdues le voilà qui joue de la cornemuse et qui a la brillante idée d’utiliser cet instrument atypique sur le sublime « Shoots And Ladders », un titre qui reprend les paroles et l’air d’une célèbre comptine pour enfants américaine, pour en faire un titre glauquissime, mais néanmoins magnifique, sûrement un des titres définitivement cultes de KoRn.

Mais soyons clairs, ce folklore ne rajoute qu’une couche à une base incroyable : aux côtés de ce son, lourd, gras et tout simplement nouveau produit par le encore peu connu Ross Robinson qui tire incontestablement le meilleur du groupe (et gagnera ses gallons de producteur phare grâce à KoRn), le groupe livre un album quasiment parfait du point de vue des compositions. Car si on a beaucoup parlé des monstrueux hits que sont devenus « Blind », « Clown », « Faget » ou « Shoots And Ladders », il ne faut pas oublier les autres morceaux de l’album qui sont très, mais alors très loin d’être en reste. J’ai déjà cité « Ball Tongue », je pourrais aussi citer « Helmet In The Bush », titre rarement cité, mais qui fait pourtant partie de mes favoris personnels, ou le super sombre « Fake ».

Une ambiance glauque à se tailler les veines, un son énorme et novateur, des brillantes compos, un chant habité, sincère et dérangeant, il n’en fallait alors pas plus pour que rien ne soit plus jamais comme avant à compter de cet album. C’est ainsi que, le cadavre de la scène grunge à peine tiède, des centaines de groupes vont alors s’engouffrer dans une nouvelle brèche, celle du néo métal, avec plus ou moins de réussite, avant qu’une nouvelle saturation du genre (et un déclin qualitatif indéniable) ne provoque la chute de ce plus si néo métal que ça.
En attendant, KoRn est aujourd’hui encore un groupe adulé par des millions de fans, et si l’on peut tout à fait ne pas adhérer à leurs dernières réalisations, voire à certaines errances durant leur carrière, rien ni personne ne pourra effacer ce premier album, chef d’œuvre absolu qui n’a pas pris une ride, fascinante œuvre destinée à s’inscrire pour toujours dans l’histoire du rock au sens large.

  1. blind
  2. ball tongue
  3. need to
  4. clown
  5. divine
  6. faget
  7. shoots and ladders
  8. predictable
  9. fake
  10. lies
  11. helmet in the bush
  12. daddy
krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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16 Commentaires

  1. azathot says:

     » dont pour la petite le fameux Fieldy qui le martyrisait quelques années avant qu’ils fassent tous deux partie du groupe  »
    manque un mot non? : )
    (sinon, en effet ,album absolument culte pour toute une génération )

  2. krakoukass Krakoukass says:

    Corrigé, merci de l’avoir signalé!

  3. damien luce says:

    Enorme à l’époque…

  4. Joss says:

    Excelente chronique Krakou. Je m’étais justement ressortit cet album la semaine dernière et rendu compte à quel point ça n’avait pas pris une ride. Je me suis d’ailleurs acheté Life is peachy dans la foulée que je n’avais jamais racheté en CD. (ce sera sans doute les deux seuls albums de Korn que j’aurais dans ma disco). CULTE et ANTHOLOGIQUE effectivement !!!

  5. Marc says:

    Effectivement, je me le suis remis, ça tue tout.

  6. Lébo says:

    Album inégalé dans le style!

  7. doc says:

    comme joss j’ai ressorti le skeud la semaine derniere,ce truc botte des cul, y a pas a tortiller du cul pour chier droit….culte

  8. mkhno says:

    comme à l’époque…au bout de 5 minutes je sature….ensuite, je jeu « funk » de basse de Fielfy…hmmmouais…tout ce qui est slappé n’est pas funk, non plus…groovy, ok j veux bien

  9. bn says:

    Excellent album, riche, glauque, malsain, puissant…
    Mon préféré de Korn, et de loin. tiens je vais me le remettre

  10. wakos says:

    excellente chronique pour un album qui fait partie des pierres angulaires du metal. même si le groupe part actuellement un peu dans toutes les directions, il est indéniable qu’ils ont marqués toute une génération d’auditeurs avec leur deux premiers albums qui sont à mon goût leur meilleures production ! indispensable !

  11. framboizier says:

    lalbum le plus emblématik de Korn mais pa forcement l meilleur ! UNTOUCHABLES é pour moi le chefdoeuvre absolu du quintet (quartet ?) avek 1 prod’ vraiment monstrueuse ki fé passé celle ci pour 1 simple demo.

  12. Ayesta! says:

    Ce « Are you readyyyy????? », qu’est-ce qu’il aura pu me faire frissonner…de plaisir, s’entend.
    Que ça soit l’ambiance glauque (limite malsaine, même parfois), ces guitares accordées 18 tons en-dessous, cette basse (NdD, mais quel son de basse! Je me souviens que lors des 1ères écoutes, je n’arrivais à pas comprendre si c’était la basse ou une sorte de trig spécial sur la batterie! …mwarf!), ce chanteur possédé…
    Un des plus grd album de métal, point.
    Question: qq’un saurait-il me dire d’où vient le dialogue qu’on entend dns la ghost-track de fin?

  13. dark hypp says:

    houla, ça nous vieillit d’un coup cette chronique

  14. Faya says:

    Un album qui m’a énormément marqué comme beaucoup. C’est d’ailleurs le groupe (et le disque) qui m’a fait découvrir et accrocher aux ambiances sombres, malsaines, défendues par les « metalleux » et incomprises et rejetée par les amateurs de musique lambda. Monumental, même si je me le passe quasiment plus.

  15. Monster says:

    Pouark à l’epoque ou j’ai decouvert ce disque (en 94-95) je detestais (il faut dire que j’étais beaucoup moins ouvert musicalement qu’à l’heure actuelle et que ce n’était pas du tout ce que je recherchais à l’epoque), mais je comprend que ce skeud ait eu du succé, le côté « catharsis adolescente », ça correspondait tout à fait à ce que recherchait la jeunesse de l’epoque. Aujourd’hui, avec du recul, j’apprecie ce disque, mais sans plus… Qu’on qualifie ceci de chef-d’oeuvre ça me dépasse je dois dire, il y a surtout quelques titres qui me plaisent bien dans le lot, resultat j’ecoute toujours les 4 ou 5 mêmes titres sur cette galette. En fait c’est le côté cru, la musique simpliste (pour ne pas dire simplissime) qui fait que je n’adhere pas à la chose (l’ambiance malsaine me plait sinon). Bizarrement le seul disque de KoRn que je trouve très bon c’est « Untouchables » (peut-être à cause de la patte plus mélodique, et puis je lui trouve un pitit côté Paradise Lost période « Symbol of Life » (ça y est j’en vois qui tombent de leur chaise là)). hé oui je suis un hérétique, étant donné que beaucoup de fans le rejette apparement. Faudra que je le réecoute pour voir si il me fait toujours la même chose. En tout cas, après ce premier mefait que j’aime encore un tant soit peu, rien à faire, je déteste tout le reste de la discographie du gang de Baskerfield, en particulier « Follow the Leader » que je hais au plus haut point. Cependant, s’il n’y avait pas eu KoRn ou Deftones, il n’y aurait pas eu le « Roots » de Sepultura, disque que j’adhore, comme quoi j’y trouve quand même mon compte…

  16. RBD says:

    Bonne chronique d’un disque qui n’est pas facile à évoquer en réalité. Peu d’albums ont provoqué de fractures aussi profondes dans l’Histoire de notre musique.

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