Scarve – The Undercurrent

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Style: thrash/deathAnnee de sortie: 2007Label: Listenable

Le voilà enfin le successeur de l’excellent Irradiant sorti en 2004. Que les petits gars de Scarve la ressentent ou pas, nul doute que la pression est là alors que l’album arrive en ce moment dans les bacs.
Le groupe s’est en effet bien malgré lui, retrouvé sous les feux de l’actualité, et c’est vrai que de nombreuses inquiétudes ont pesé ces dernières semaines sur l’avenir du groupe (départ de Guillaume Bideau, pas de Dirk sur les dates live de Scarve et plus récemment encore finalement pas d’Arno Strobl -chanteur de Carnival In Coal– pour assurer les voix claires sur les premières dates). The Undercurrent donc. Difficile de succéder dans de telles circonstances à deux albums exemplaires qui ont positionné Scarve dans le top des groupes de métal français.

Premier contact avec l’objet, un digipack sympa, bien que la pochette soit toujours aussi étrange, froide, et que le noir & blanc (ou noir mat et argent pour être plus exact) soit définitivement une bien drôle d’idée. On adhère ou pas, personnellement je ne trouve pas ça très heureux. Dommage, mais ce n’est qu’un détail vous allez me dire.

Ce qui importe c’est le contenu. Et là, force est d’avouer que le premier sentiment qui a prédominé plusieurs écoutes durant, c’est la déception. Une belle et franche déception.
Le groupe annonce partout cet album comme son album le plus sombre… Certes Scarve n’a jamais fait du punk à roulettes et ne sera probablement jamais appelé pour faire la BO du prochain Disney. Mais je ne peux m’empêcher de trouver qu’il y a un décalage entre la perception du groupe et la perception de l’auditeur. Si le groupe a en effet tendance à faire le lien entre d’une part les souffrances et difficultés vécues récemment et d’autre part le son du disque et les compos, je pense que l’auditeur quant à lui ne pourra probablement pas s’empêcher de constater le changement de son résultant de la production vraiment différente de celle du précédent opus. Contrairement à l’idée du groupe d’avoir au final un album plus froid, la production pourtant toujours assurée par Daniel Bergstrand paraît au contraire apporter une coloration plus chaude, plus organique au son du groupe, et en cela, l’album paraît au final forcément moins froid qu’Irradiant. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose en soi. Sauf que je pense quand même que le style pratiqué par Scarve, comme celui d’un Strapping Young Lad de la grande époque, se marie peut-être mieux avec un son plus froid, plus clinique, mais aussi plus précis. Question de perception certainement.

Pour ce qui est de la grande question du remplacement de Guillaume, autant dire que le petit nouveau Lawrence, ancien chanteur de Darkane, se montre complètement à la hauteur et fait rapidement oublier l’absence du sieur Bideau, d’autant que son timbre est somme toute assez proche. Sa participation est d’ailleurs très active, il n’y a pas de disparition de la voix claire au profit de la voix death à signaler. Au contraire même, le chant clair est omniprésent, autant dire que ceux qui n’appréciaient que le chant death dans Scarve en seront encore pour leurs frais. Lawrence ne se contente d’ailleurs pas de jouer les gentils minaudeurs à voix claire, puisque le bougre montre même les dents sur le titre final « Rebirth » dans un registre beaucoup plus énervé, registre qu’on pourrait rapprocher du chant sur le Sol Niger Within du Frederik Thordendal Special Defects (album solo du guitariste de Meshuggah). Ca change et ça rajoute encore plus de variété vocale à l’album.
Et parlons-en de la variété vocale de la chose. S’il y a bien un point réussi c’est ça. Le chant de Pierrick est très bon, plus grave et méchant que jamais, et le résultat est impeccable. Il nous gratifie même ici (« A Few Scraps Of Memories ») d’un registre parlé façon grosse voix fumeuse, qui fait son effet et par là d’une voix gorgée d’effets qui rappelle un peu le travail vocal de Peter Dolving sur le dernier The Haunted (« The Plundered »).

Tout serait donc presque impeccable si les compos tenaient aussi bien la route. Et ce n’est pas complètement le cas. Ce qui est sûr, c’est que s’arrêter aux impressions des premières écoutes est une grave erreur, car même si l’album ne dégage pas une impression d’extrême complexité (les structures ne sont pas tellement tordues), il demande pourtant bizarrement une période d’assimilation importante. Une fois cette période passée, on peut sans problème apprécier sincèrement les 6 premiers titres de l’album. Ces 6 titres sont bons, très bons même, mais ils ne sont pas excellents. Aucun à mon avis n’atteint les sommets que beaucoup de titres des deux précédents albums arrivaient sans mal à atteindre. Moi qui suis par exemple littéralement amoureux de « Fireproven », je ne trouve sur cet album aucun morceau capable ne serait-ce que d’égaler sa puissance et sa qualité.
Il y a bien sûr de très bons moments et sans doute qu’on pourrait être beaucoup plus indulgent si l’on ne parlait pas d’un album de Scarve. La frénésie quasiment black de « Imperceptible Armageddon » est ainsi très réussie et assez jouissive. Idem pour « Senseless » sur lequel Lawrence est absolument excellent avec ses refrains habités.
Mais les 2 derniers morceaux sont à mon sens assez peu réussis et vraiment pas au niveau déjà seulement (très) bon des autres. « A Few Scraps Of Memories » a le mérite de proposer quelque chose de neuf avec ce tempo lent qui s’emballe subitement, mais la sauce ne prend pas vraiment et le résultat est seulement moyen. Idem pour « Rebirth » qui malgré la prestation vocale de Lawrence sonne un peu hors propos, et pêche par manque d’accroche et par excès de monotonie.

Si l’on ajoute une durée d’album très légère avec seulement 8 titres pour 37 minutes, et bien que j’ai appris à apprécier de plus en plus cet album au fil des écoutes, il ne peut selon moi en aucun cas prétendre rivaliser avec ces illustres aînés Luminiferous et Irradiant, qui restent une bonne grosse longueur devant.
On ne s’attardera pas sur le bonus track de la version digipack qui s’avère être un réenregistrement du titre « Alteration » qu’on trouvait déjà sur Luminiferous mais au sujet duquel le groupe ne semblait pas satisfait de l’enregistrement. Malheureusement, le résultat en plus de ne pas être très intéressant sur le principe (réenregistrer un titre… bof) est inférieur à la version originale.

Il manque donc clairement quelque chose à cet album pour qu’il suive la voie tracée par ses prédécesseurs. J’en attendais certainement trop après m’être pris une véritable claque en 2004, mais loin d’être mauvais, The Undercurrent n’est tout simplement pas assez bon pour un album de Scarve. Et croyez-moi, ça me fait vraiment mal d’écrire ça…

Tracklist :

  1. endangered
  2. imperceptible armageddon
  3. senseless
  4. the plundered
  5. assuming self
  6. fathomless descent
  7. a few scraps of memories
  8. rebirth
  9. alteration (digipack bonus track)
krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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4 Commentaires

  1. jonben jonben says:

    Tu vois dans ce cas, un « pas mal! » serait plus adapté qu’un « c’est du bon ». Concernant mon avis sur cet album, trop court, pas de morceaux aussi bons que les meilleurs des précédents mais ça reste du Scarve, c’est agréable mais très loin de ce que j’attendais. Vivement le prochain.

  2. Lebo says:

    15-20 premieres écoutes totalement désastreuses (si c’etait pas Scarve j’aurai pas perséverer en fait) puis un mini déclic. Si la déception reste d’actualité (pas facile de passer apres Irradiant), ca passe mieux et je trouve meme qqes passages tres inspirés (bcp sont assez monotones).

  3. krakoukass Krakoukass says:

    @Jonben : tout à fait d’accord pour le « Pas Mal! », qui correspondrait plus à la note et à mon avis.

  4. damien luce says:

    Je vous trouve bien sévère face à cette nouvelle offrande, « the undercurrent » est pourtant réussi et efficace. Scarve doit faire face à des critiques plutôt injustes… c’est bien dommage…

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