The End – Elementary

7 Commentaires      1 336
Style: apocalyptic hardcoreAnnee de sortie: 2007Label: Relapse

marc :
C’est plus fort que moi, le printemps me met de bonne humeur, tandis que les jours s’allongent, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, les jeunes filles en jupe et la perspective de pouvoir dormir tel le lézard commun au soleil pour faire rougir ma peau d’aspirine me rendent particulièrement léger et frivole. Ce n’est pas qu’un détail. Il y a 15 jours, j’aurais publié en guise de chronique du dernier The End une diatribe pleine de fiel, de haine et d’appels à la vengeance à côté de laquelle les fatwas du mollah Omar auraient ressemblé à une histoire de Petit Ours Brun.

Rien n’a pourtant fondamentalement changé, ce disque fleure toujours aussi bon un opportunisme et un arrivisme qui contrastent avec l’ambition relative des précédentes productions que l’on rapprocherait plus d’un Ion Dissonance glauque vaguement trafiqué aux sonorités indus. En enfonçant des portes ouvertes, on pourrait disserter des heures sur les bienfaits de l’évolution et de l’expérimentation musicale en général, mais le chemin des canadiens s’apparente plus à une certaine forme de régression.

Ce disque est donc un grand fourre tout rock / hardcore / métal vendu comme le croisement de DEP, Isis, Neurosis et Tool. De Dillinger Escape Plan ou du math core habituel, on retrouvera quelques riffs, de Tool, un chant mélodique vaguement inspiré de celui de Maynard James Keenan, qui m’ont très objectivement parfois fait penser à du Linkin Park, et quelques plans ça et là, le reste de l’album pouvant être assimilé à une sorte de gros métal aux sonorités très lisses, alternant riffs couillus et mélodies bien senties. Elementary est donc l’album de métal moderne parfait et consensuel, agressif quand il le faut, mélodique et aérien quand le besoin s’en fait ressentir, mais terriblement ennuyeux. On retiendra en gros deux titres plutôt sympathiques, « Throwing Stones » et « My Abyss » au milieu de l’album, en dehors des titres vraiment mous (« The Moth And I », « The Never Aftermath » et la ballade ratée « And Always ») et quelques autres à la violence inoffensive (« Animals ») bien qu’aucun n’atteigne le ridicule de « In Distress » sur lequel le chanteur s’essaie à un chant rappé qui rappelle les plus hautes heures du Nü Métal.
Je laisse dans les commentaires le soin à ceux qui ont aimé ce disque de le défendre. Pour ce qui est de la révolution musicale promise sur les stickers du cd, et bien le Grand Soir, ça sera sans doute sans moi.

jonben :
Pour resituer, on peut tracer plusieurs parallèles entre les 2 premiers albums des canadiens The End et la musique de The Dillinger Escape Plan ou Converge, le groupe canadien faisant partie de la vague de groupes mathcore ayant poursuivi dans la veine destructurée, brutale et technique développée en partie par ces derniers.
Le groupe n’a jamais, j’imagine, pensé surpasser ces ainés, créant seulement à leur façon une musique faite de chaos et violence maitrisée, peut-être pas des plus originales mais travaillée. Quoiqu’il en soit, sur ce nouvel album les musiciens de The End se sont remis en question et leur musique a muté, à la façon d’un Cave In, d’un hardcore chaotique à un son plus rock. On peut faire un paralèlle également avec les derniers albums de The Bled ou Scarlet dans l’approche, même si ces derniers ont réussi à composer des titres mêlangeant partie calmes chantées et chaotiques hurlées alors que The End a plutôt pris le parti de morceaux alternant les styles, de la balade sirupeuse au brûlot hardcore.

Le fait que le chanteur se soit décidé à quitter le registre exclusivement criard tient ici une bonne part dans la nouvelle direction du groupe. L’écoute de « The Moth And I » ou « And Always… » risque de surprendre les amateurs de leurs précédents albums. Plage aérienne pour la première, ballade acoustique pour la seconde, la voix s’y fait suave, on entendrait presque Jeff Buckley resurgir dans une version plus juvénile et pleurnicharde. on ressent bien que la métamorphose du groupe n’a pas effacé leur esprit torturé, mais l’a seulement appaisé. Cette voix claire pourra en gêner certains, personnellement j’aime bien ce côté ado émo, d’autant plus que le chanteur me parait sincère, à l’exemple de l’acoustique « And Always… » véritablement touchant.

Par ailleurs, la majorité des morceaux envoient la sauce comme il faut, les riffs sont plus simples que par le passé mais entêtants, avec une attaque et un groove inné. Si Elementary ne révolutionne rien, il a le mérite d’être divertissant et voit un groupe méritant réussir à se trouver une voie tout de même plus personnelle. J’approuve le choix de Relapse, leur nouveau label, qui encore une fois ne se sont pas trompés, The End est un groupe méritant, et cet album décelle plus que l’arrivisme que l’on ne pourrait qu’y entendre au premier abord.

  1. dangerous
  2. the never ever aftermath
  3. animal
  4. the moth and i
  5. throwing stones
  6. my abyss
  7. awake ?
  8. a fell wind
  9. in distress
  10. and always…

Chroniqueur

marc

Je donne mon avis pas très éclairé sur des disques que j'aime bien ou je dis du mal de disques que j'aime un peu moins. Cet avis n'engage que moi-même, ma conscience et mon chat, vous êtes libres de ne pas être d'accord (quoique...) et de venir en discuter dans les commentaires afin que je vous convainque que vous vous trompez.

marc a écrit 38 articles sur Eklektik.

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7 Commentaires

  1. pearly says:

    bizarre cet album, enfin l’effet qu’il produit.
    je fais partie de ceux ayant adoré, efficace, fourre-tout oui, mais beau fourre-tout, belle voix, belles mélodies, ça joue, bref, ça m’a causé. Et dans le même temps, je ne peux qu’être d’accord (enfin comprendre plutôt) avec les critiques assassines, parlant d’un fourre-tout bidon pour ados, d’une musique sans âme, sans créativité, faite d’éléments piqués ici ou là, avec un ton terriblement neutre et actuel.
    Pourtant, j’ai beaucoup aimé. Cela dit, je ne crois pas l’avoir réécouté depuis un bon moment

  2. krakoukass Krakoukass says:

    Pourquoi y a pas de note ?

  3. Lebo says:

    Ce CD sent clairement l’opportunisme et il pique plein d’idées à gauche et à droite (TOol, Mars Volta, etc…). Meme si les influences ne sont pas digérées, c’est inspiré. Pour du deja vu, c’est du beau travail…

  4. kollapse says:

    Perso j’aime beaucoup cet album, je trouve le chant clair toujours bien senti, jamais niais, je n’y sens pas d’opportunisme mais plutot des prises de risque réussies pour ma part. En gros je suis en phase avec la kro de jonben (pas envie de m’étendre plus…). Et la ballade de la fin? Bah je la trouve sublime. Bon disque.

  5. Zurb says:

    totalement d’accord avec toi Marc, sur tout les points. D’ailleurs cette chronique en est très proche : http://www.coreandco.fr/aff_chronique.php?article=866

  6. shaq says:

    J’aime beaucoup cet album, grâce justement à cette ouverture musicale qui dans un premier temps étonne, puis devient naturel et prenant ; il est bien au-dessus de « Within Dividia » à mon goût, celui-ci ayant trop la saveur du tabassage gratuit et sans âme.

  7. wandering star says:

    la chro divergente m’a donné envie de me faire une idée par moi-même…
    depuis, j’écoute cet album assez régulièrement! certes ce n’est pas révolutionnaire ms c’est bien efficace, et les parties claires ne me dérangent pas, au contraire, et puis elle est bien la ballade de fin. pareil pr « the moth and i » qui me parle bcp…

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