El-p – I’Ll Sleep When You’Re Dead

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Style: rap indépendantAnnee de sortie: 2007Label: Definitive Jux

La réputation de El-P en tant que rappeur se bâtit sur un album d’anthologie que tous les fans de rap reconnaissent comme un des meilleurs efforts du milieu alternatif, Funcrusher plus de Company Flow. Avec cet album, le trio El producto, Bigg Juss et Mr Len amorçaient la construction de la scène rap indépendante. Plus tard, après la fin de Company Flow, la fondation de Def Jux par El-P allait enfoncer le clou avec des albums comme le tout aussi mythique the Cold vein de Cannibal Ox. El-P produisit aussi un album qui rentra dans les mémoires, Fantastic damage en 2002. Mais, de mon point de vue, ce disque reçut beaucoup d’applaudissement du fait de l’inventivité de ses instrumentales et du flow recherché d’El-P mais était trop souvent bardé d’effets inopportuns. Les chansons croulant sous les samples et les effets électronique justifiaient le coté futuriste de la machine mais, en voulant trop en faire, manquaient d’accroches vraiment passionnantes qui auraient justifié un statut aussi culte que les deux albums précédemment cités. Cinq ans plus tard, après des productions à droite et à gauche et la consolidation de Def Jux, El-P remet le couvert pour un album qui reprend le travail de Fantastic damage en débroussaillant le tout et enchaîne les titres efficaces tout en restant original et novateur dans son approche du rap.

Après mes premières écoutes, j’aurais même été tenté de voir ce disque comme un compromis beaucoup plus riche entre électronique, pop et rap. Mais force est de constater que le style de l’album, bien qu’il n’ait plus grand chose à voir avec Public Enemy ou Eric B and Rakim, est une évolution et pas une déviation du genre qui a fait grandir le beatmaker et le rapper de talent qu’est toujours El-P. Plus dansant que tout ce qu’il a pu produire jusqu’à maintenant, « Up all night » et « EMG » vous entraînent dans le club et font danser les rayons des projecteurs autour de vous. Mais bien loin de recracher du rythme basique fait pour remuer les foules des boites de nuit, « EMG » se transforme vers la moitié de la chanson pour échanger sa rythmique batterie efficace mais simple pour un gros rythme mécanique pratiquement indus sans perdre un moment pour reprendre son souffle. Les ambiances changent ainsi tout au fil du disque et même si certains titres vous feront sourire par leur coté irrévérencieux et leur ego trip typiquement rap, d’autres débordent de l’honnêteté d’un type qui se montre ici sous toute ses facettes (« the Overly dramatic truth », « Dear sirs » ou « the League of extraordinary nobodies ») et ne laisse rien au hasard.

Dans cette tache il est assisté notamment par Trent Reznor (Nine Inch Nails) sur le refrain de « Flyentology » ou Aesop Rock sur « Run the numbers », deux artistes réputés, notamment, pour la franchise de leur textes, dont les voix complètent à merveille les chansons pour des échanges qui ne sont pas juste des gimmicks à placarder sur le boîtier de l’album. Le flow de El-P n’a pas franchement changé depuis le dernier album et se réaffirme afin de faire taire les critiques qui lui reprocheraient de ne plus être aussi efficace qu’auparavant. En effet, si les répliques cinglantes et mémorables d’antan ne sont plus autant présentes qu’à la grande époque de Company Flow, c’est dans la qualité globale des textes et dans leurs inventivités que la marque du rappeur se fait sentir. « Habeas corpses » et son histoire d’amour entre une prisonnière et le gardien qui doit l’exécuter est un exemple poignant qui éloigne ce disque des rayons du rap qui provient du ghetto mais construit son univers personnel. El-P ne se revendique pas comme étant ce qu’il n’est pas mais se montre tel qu’il est (tout comme il le disait déjà sur « Population control » de Company Flow, « I don’t try to be different, I am »). I’ll sleep when you’re dead place encore une fois El-P à une place de choix dans la scène rap, en dehors de tout le reste mais toujours bel et bien présent, et marie les atmosphères différentes pour un album multi colore qui ne cessera de surprendre.

  1. tasmanian pain coaster
  2. smithereens
  3. up all night
  4. emg
  5. drive
  6. dear sirs
  7. run the numbers
  8. habeas corpses (draconian love)
  9. the overly dramatic truth
  10. flyentology
  11. no kings
  12. the league of extraordinary nobodies
  13. poisenville kids no wins / reprise (this must be our time)

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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3 Commentaires

  1. fewz says:

    GROSSE TUERIE! Enorme disque

  2. Faya says:

    Un des 3 meilleurs albums rap que j’ai jamais écoutés. Pavé dans la mare, indispensable.

  3. SysTooL says:

    L’album de hip hop de l’année pour moi. Et juste derrière le DILLINGER ESCAPE PLAN pour ce qui est de l’album 2007 en absolu!

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