Khlyst – Chaos Is Me

3 Commentaires      1 323
Style: ovni/experimentalAnnee de sortie: 2006Label: Hydrahead

James Plotkin laissant derrière lui le défunt Khanate, projet partagé avec Stephen O’Malley (Thorr’s Hammer, SunnO))) ) et Alan Dubin (Old Lady Driver), il fallait s’attendre à un nouveau projet lui permettant de jouer avec la distorsion d’une façon aussi personnelle. J’ai pu récemment lire un interview de Plotkin où il affirmait que le but de Khanate n’était pas de faire la musique la plus traumatisante possible mais simplement d’évacuer, d’une manière créative et structurée, ce que chacun des musiciens ressentait. Le résultat a depuis profondément marqué les esprits et la suite doit donc être a la hauteur du degré de catharsis que contenait des albums comme Capture and release ou Things viral. Etant donné qu’avant d’entendre cet album je n’ai eu que des échos négatif allant même jusqu’à l’entendre être défini par le magazine Decibel comme l’album le plus ridicule de l’année 2006, seul ma foi en James Plotkin m’en fit porter acquéreur. Ai-je perdu mon temps et mon argent ? Non. Est ce que disque plaira à tout le monde, et plus spécialement au fan de Khanate? Et bien, c’est seulement avec un « mouais » convaincu que je peux vous répondre.

Pour apprécier cet album il faut d’abord le voir comme une seule pièce mue par un concept simple : la collaboration entre un multi instrumentaliste passionné par les expérimentations sonores discordantes et atypique et une chanteuse norvégienne capable de murmures fantomatiques et de hurlements bestiaux hors du commun pour des cordes vocales normales. Et la dernière fois que j’ai entendu des cris aussi mémorables et dérangeants c’était sur l’album Nattends madrigal de Ulver. La rencontre entre ces deux musiciens, qui ont déjà collaborés au sein de Thorr’s Hammer (projet doom death datant de 1995 et auteur d’un seul album Dommedagsnatt, édité par Southern Lord) et de quelques concerts, se rapproche ici plus de la musique ambiante et du harsh noise que des sonorités semi metal avec lesquelles jouait Khanate. Les riffs de guitares ne font pas partie de la distribution car Plotkin préfère manipuler son instruments en tordant les cordes et en poussant la distorsion dans des retranchements discordants. Que l’on ne s’y trompe pas, tout ceci n’est pas de la masturbation cérébrale débridée et dénuée de toute cohérence. Chaque passage est travaillé et les différentes sonorités bigarrées, percussions, raclement métalliques, hurlements, sifflements serpentesques et ronflement de basse s’accordent pour créer une impression forte sur l’auditeur.

Mais encore faut il vouloir se mettre la tête dans ce type d’album. Car si Khanate faisait preuve de cohérence et d’un semblant de lien avec le doom extrême, Khlyst est un pur projet sonore qui ne désire absolument pas se confiner aux réglementations de la « chanson » et se contrefout de tout ce qui pourrait se rapprocher de la mélodie. Amateurs d’artistes comme Merzbow, bienvenue dans votre nouveau terrain de jeu. Les autres, vous pouvez passer votre chemin, vous risqueriez de vous perdre. Ce n’est pas que ce disque soit prétentieux, c’est qu’il n’est pas pour tout le monde et que vouloir se montrer plus malin que les autres en le portant comme un étendard du génie musical de deux personnages ou comme un désastre sonore serait passer à coté de l’essentiel : ceci est une expérimentation sonore ou deux artistes laissent place à leur passion pour la distorsion. Tous les moments ne sont pas passionnants mais il y a aussi de quoi devenir insomniaque ou éveiller ses oreilles. En un peu plus d’une demi heure, on a de toute façon pas le temps de s’ennuyer vraiment. Peu de répétition, seul une boucle électronique presque douce intervient sur plusieurs plages. De quoi raccorder les plages entre elle et faire de Chaos is me une pièce en huit actes plutôt qu’un album de huit chansons différentes. Pas vraiment l’album que je me repasserais le plus souvent, mais pas non plus celui que je risque d’oublier de si tôt. Un bel effort en matière de sonorités sombre pour un résultat résolument personnel.

  1. i
  2. ii
  3. iii
  4. iv
  5. v
  6. vi
  7. vii
  8. viii

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

hororo a écrit 395 articles sur Eklektik.

Up Next

Groupes cités dans la chronique

Vous pourriez aussi apprécier

3 Commentaires

  1. cylens says:

    il faut absolument que je l’écoute celui-là, en tout cas, ta chronique m’y encourage!
    je repasserai par là quand ça sera chose faite :)

  2. guim says:

    On descend le centre de gravité pour une tournée dans les mers de l’improvisation.Disque assez pétrifiant et féroce qui change de visage d’une piste à l’autre sous la houlette du bistouri de Plotkin,le résultat est assez saisissant;mais je suis d’accord avec Hororo quand il parle d’une pièce en huit actes,le fil est perceptible.A noter que le traitement des sons et des samples est assez exemplaire dans le genre.

  3. Maxime says:

    J’aime énormément cet album, les ambiances sont pénétrantes, les vocaux géniaux, c’est du grand art. Je le conseille.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *