Danishmendt – Eaux Fortes

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Style: noisecoreAnnee de sortie: 2007Label: Architect Of Noise

Qu’il est bon d’écouter de la musique alors que notre époque passe le plus clair de son temps à la dévoyer. J’ai failli écrire « à une époque où la musique a disparu ». On en fera rien. La peur n’évite pas le danger et même si les foudres de l’uniformité vous ont prise en sailli, peut-être comprendrez-vous encore que composer n’est pas un acte de dépit et encore moins un acte gratuit. Et peut-être alors viendra l’instant, le moment où cet acte se fera politique, imprimera ces motivations au cœur de notre époque, que l’intérêt de composer sera marqué sans ambiguïté. Composer pour composer. Composer au cœur du vertige, composer pour prendre des risques. Il faut créer pour vivre et en cela la musique est un art psychique. Danishmendt l’a certainement compris et donne à voir avec ce nouvel album – faisant suite au premier EP L’homme est un animal qui a trahi – une fois encore cette fierté indépendante et dangereuse de la création, difficile, critiquable mais tellement essentielle. Et avec cet album on peut en effet parler sans peur d’une mise en danger. Autant pour eux que pour l’auditeur. Dès les premiers instants et avant même de se focaliser sur la musique c’est le son, audacieux, qui vous saute à la gueule, crée l’abîme. Loin du son poli de la production actuelle, réduit à une plus simple expression que j’oserai qualifier de standardisation, le son de Eaux fortes envahit l’espace, crée le malaise tant il est sec, brut et sans fioriture. Il vous bouscule et avant même de se concentrer sur les textes et la musique, on sait que l’on peut étouffer sous ce son tant les basses sont jetées en pâture. Elles vous pénètrent, vous absorbent. Le malaise est au cœur, il s’est insinué et vous étouffe. J’ai rarement perçu une musique de façon aussi physique. Et oui c’est désagréable. Oui l’on voudrait fuir. Mais c’est impossible. La musique vous a saisi. Elle vous a emprisonné et vous allez écouter car alors vous touchez à peine du doigt ce danger. Ecoutez ces cris et ce chant hurlé, rauque et éraillé, clamant dans la langue de Molière avec une certaine dextérité des textes gorgés de rage et de sang, s’en remettant à l’adversité, à la douleur et à ces pensées qui vous obsèdent. La cage s’est refermée et la tonalité de cette voix en est la clé. Au cœur de cette cage les coups pleuvent sans cesse, les rythmiques lourdes frappent, roulent et rampent pour mieux générer un climat de violence et de puissance. Le travail de riffing lui se déploie comme un scalpel sur la chair : froid, précis, incisif avec cette touche de noirceur et de sauvagerie en plus, si caractéristique aujourd’hui de ce doom n’hésitant pas à naviguer dans un spectre aussi large que des influences noise core et black metal. Tout est violence et peur désincarnée, la mélancolie devient votre amie. Les paysages et les thèmes musicaux ainsi créés – tels les thèmes récurrents des morceaux Un autre Jour et Demain composés en forme d’intro/outro – renforcent cette homogénéité et ce sentiment d’emprisonnement au cœur d’une geôle possédant tous les traits et turpitudes d’une boîte de Pandore. Vous penserez peut-être qu’à la lecture de ces lignes j’écris pour écrire, que le style pratiqué est décimé et ici simplement renouvelé. A l’écoute de quelques extraits vous vous refuserez peut-être à aller plus en avant, à accepter de pénétrer cet univers étouffant même par simple curiosité. Vous aurez alors tout à fait le droit de ne pas aimer. Mais alors ne venez plus jamais me parler de mise en danger.

  1. un autre jour
  2. autel
  3. via dolorosa
  4. plages de cendres
  5. mise à nu
  6. le bruit du monde
  7. demain

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3 Commentaires

  1. damien luce says:

    Il divise pas mal cet album, soit on aime soit on le déteste c vraiment radical… Pas eu le temps de l’écouter, mais le titre sur le myspace du groupe ne m’a pas emballé plus que cela… J’attends d’avoir l’album entre les mains pour un avis définitif !

  2. Ellestin says:

    Je me disais bien que je connaissais cette photo, hehe :)
    Pour la musique, si je dis que ça m’évoque à la fois Dirge, Overmars et Kill the Thrill, j’ai bon? Quoi qu’il en soit je suis tenté de goûter la nausée jusqu’au fond.

  3. Florent says:

    Un petit up pour dire que le skeud est dispo auprès du label et de quelques distros (music fear satan, indiemerch, atropine…) à compter de lundi 22 !!!
    Sinon auprès du groupe qui va faire pas mal de dates d’ici peu, checkez le site http://www.danishmendt.com
    Les chros reçues sont partagées dans les avis, faites-vous le votre !
    Ellestin : plus vraiment, mais ya de ça quand même ;-)

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