Gravenhurst + Arnaud Michniak – 16 novembre 2007 – Le Clacson – Oullins

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Annee de sortie: 2010

La curiosité est un vilain défaut paraît-il… De nous le rabâcher les esthètes du politiquement correct, de nous l’inculquer, de nous l’introduire, de nous le greffer jusqu’à ce qu’enfin nous nous asseyons devant le cathodique, sur la raison, dans le confort. Et tout ce qui fait que je suis présent ce soir à cette soirée organisée par Le Clacson. Le confort d’abord que j’ai oublié le temps du trajet. 0°C au compteur voir moins. Ce n’est pas grave. Ce soir je suis curieux et la chaleur de l’accueil, de l’organisation et de la salle balayeront bien vite ce désagrément. La curiosité ensuite car c’est uniquement sur le compte de conseils avisés que je me suis décidé à venir découvrir ce plateau. Plateau qui semble attendu par un certain public, la salle m’est rarement apparue aussi pleine.

Arnaud Michniak ouvre les hostilités. L’artiste Toulousain, ex-Diabologum, a mis en stand by son groupe Programme pour se consacrer à un projet solo Poing Perdu. Suite à la réalisation d’un film intitulé « Appel ça comme tu veux » – qui devait d’ailleurs être diffusé en préambule à cette soirée, mais l’auteur semble s’y être opposé…- Michniak prolonge, étire le concept pour le transférer à la scène et nous donner une performance assez cinglante. Le rock, le hip-hop et l’electro y sont mêlés, dépouillés, presque désincarnés pour soutenir le propos de Michniak. La mélodie est bafouée, absente. L’idée même de musicalité est éradiquée. Seul le propos et sa violence compte. La performance intitulée « films/slams/sons » s’articule alors autour de Michniak armé de son micro et de sa guitare, de son guitariste R (Nonstop/ DJ R) et d’extraits de son film en toile de fond pour appuyer un discours rageur, sombre et désenchanté. Hermétique de prime abord, on finit par intégrer le concept et tendre l’oreille vers ces mots, ce questionnement et cette critique sociale des plus violentes. Phrasé oscillant entre le spoken-word et le slam tour à tour glacial ou enragé, Michniak ne nous épargne rien. Les doutes, l’ennui, le mal-être et la dépression, la gerbe, l’inconsistance, l’inconscience, l’abandon, tout y passe. « Personne ne m’arrêtera : je vais nulle part » « Je veux mourir idiot » autant de phrases et de mots jetés ainsi à la face, les nerfs à vif, les guitares en embuscade terminant le travail de sape. L’intransigeance de Programme est ici largement dépassée. Cette poésie punk s’insinue doucement, progressivement, inlassablement. La curiosité est ici récompensée. Pas que l’on soit venu voir une bête de foire. Non simplement Michniak et son lyrisme urbain réveille en vous ces questionnements qui c’étaient peut-être tus par inadvertance. Non vous n’êtes pas mort. La curiosité est votre bien le plus précieux. Mais aussi le plus dangereux.

Difficile alors de se concentrer sur la musique de Gravenhurst. Les héritiers de Nick Drake et d’Eliott Smith semblent monter sur scène pour panser des plaies béantes laissées grandes ouvertes et sans vergogne par Arnaud Michniak. Leur musique suave et mélodique portée par cette voix douce et impassible est simplement belle et nostalgique. Mais le trouble s’est insinué dans mes synapses. Rien n’y fera. Je ne rentrerai jamais complètement dans ce set mélangeant autant la pop-folk que le rock indie, pourtant taillé pour conquérir le public et se jouant de quelques montées en puissance des plus salvatrices. Je quitte la salle, une certaine frustration clouée au ventre, mais le sourire aux lèvres, de ces sourires conquis, heureux d’être curieux.

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