Psychic Tv – Hell Is Invisible Heaven Is Her

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Pour qui n’a jamais croisé le chemin de Genesis P-Orridge, la surprise risque d’être de taille. Cet artiste à part entière navigue sur toutes les scènes musicales, culturelles ou artistiques avec comme seul mot d’ordre une remise en cause perpétuelle de toutes normes culturelles et sociales. Ce qui l’amène d’ailleurs aujourd’hui à la promotion de la pandrogénie ou positive androgénie (le sexe n’a plus de limite, l’homme est une femme et vice versa, vous voyez le délire…). Il justifie ainsi ses métamorphoses corporelles et autres implants mammaires le rendant aussi bandant qu’une Lolo Ferrari en chaleur… Mais le gazier n’en est pas à ces premières frasques. L’aventure a sérieusement débuté à la fin des 70’s avec Throbbing Gristle, hydre tectonique tout de violence et d’anti-musicalité aussi irrespectueux que choquant, à en faire blêmir les punks de l’époque. Ce projet mêlait alors autant l’art contemporain que la musique industrielle – dont on peut sans crainte affirmer qu’il est l’instigateur et le créateur de ce mouvement musical avec son label Industrial Music. Pour comprendre les travaux de Genesis P-Orridge, il suffit simplement d’intégrer que ce mec est un performer extrémiste, un acteur convaincu, de ceux qui pourraient violer un gosse dans sa cave en appelant ça de l’art. J’exagère à peine, Scotland Yard et les pontifes anglais ne parvenant plus à canaliser ce monstre d’électron libre, lui avaient collé cette accusation, l’obligeant à l’exile aux Etats-Unis durant une décennie avant de le laver de tout soupçon…

Mais bien avant cela Psychic TV (aujourd’hui rebaptisé PTV3) est créé en 1981, après le split de Throbbing Gristle. Outil de propagande du Temple of the Psychic Youth, groupuscule un rien sectaire inspirée des écrits de Williams Burroughs et de Aleister Crowley, il se donne comme mission la déprogrammation de l’homme brimé, la décontamination de l’être des dogmes culturels et religieux, du pouvoir des médias et de tout ce que la société peut produire comme normes. Non content de développer ses théories, il multiplie actions extrêmes et autres frasques sexuelles, faisant l’apologie des drogues dures et hallucinogènes, devenant le fer de lance du piercing intégral et des scarifications – la société anglaise via sa justice le lui rendant bien d’ailleurs. Certains de ses proches se retrouveront condamnés à la prison ferme suite à l’exhumation d’une loi datant de la seconde guerre mondiale punissant l’automutilation et faisant ainsi jurisprudence en assimilant le piercing et la scarification rituelle à de tels actes. Alors que dire de la transformation corporelle que s’inflige Genesis P-Orridge ?!… (le P. pour pandrogyne au fait).

Bref, entre cynisme laminaire et esthétique du choc, son art des plus extrêmes ne se dilue jamais vraiment quelque soit le support ou le style musical emprunté. Il faut bien préciser que la pléthorique discographie de PTV3 est aussi instable et variée que son géniteur. Musique dark folk, indus, electro, pop, ambient, house, techno, prog, psyché, spoken words, collage… tout y passe. Pour le pire comme pour le meilleur il faut bien le dire… Mais l’acteur de sa propre mythologie ne baisse jamais les bras. Et le voici donc revenu en 2007 avec ce nouvel album (dont vous noterez le titre et son jeu de mot sans équivoque Hell is invisible, Heaven is her/e – her… here…

Il faut dire que cette fois nous avons droit à du grand Genesis P-Orridge. Décider à pervertir le rock dans sa plus grande acceptation, il nous donne une série de morceaux tous plus efficaces les uns que les autres, où l’on voit le spectre de Syd Barrett surfer sur les influences du Velvet Underground, l’esprit de Brian Jones, de Captain Beefheart et des Doors danser sur le post-punk de Gang of Four et les structures d’un métal hybride, funky ou industrialisé. Le tout copule joyeusement au cœur d’une atmosphère cradingue, survoltée ou mystique. Sa voix nasillarde rappelle les intonations d’un Johnny Rotten ou d’un Vic Chesnutt, l’éloquence d’un Nivek Ogre (Skinny Puppy). Elle s’enroule autour de vous, affirme son charisme et vous déclame insidieusement ces textes sur le sexe et les joies de la pandrogénie. On retrouve également une coopération avec Nick Zinner (Yeah Yeah Yeahs) à la guitare et la voie de taré de Gibby Haynes (Butthole Surfers) sur le morceau Maximum Zwing pour une prestation des plus déglinguées et des plus jouissives.

Alors si l’album peut paraître de prime abord des plus abordables pour les fans die hard du maestro du chaos en comparaison de ces productions industrielles d’hier, il n’en est rien. Le sieur maîtrise son art et nous dispense là une leçon de rock et de créativité des plus exemplaires. Certains fossoyeurs de la scène auraient capitalisé sur leur passé. Genesis P-Orridge a bientôt soixante piges nous en remet simplement une couche, de celles indéfectibles qui forcent le respect.

  1. higher and higher
  2. in thee body
  3. lies, and then
  4. maximum swing
  5. new york story
  6. i don’t think so
  7. hookah chalice
  8. just because
  9. bb
  10. milk baba

1 commentaire

  1. MERCI BEAU COUP
    VIVA LA EVOLUCION!
    Djin

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