Bilan 2007 matt_moussiloose

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L’année musicale qui s’achève dans 10 heures et 02 minutes a été bonne, bien qu’assez irrégulière, avec un début en fanfare (Lunar Aurora dès le 8 janvier) et un rush final à esbaudir une huître (The Ocean, Primordial et Ulver rien que pour les dernières semaines). Et entre les deux quelques périodes de creux secouées par trois confirmations paroxystiques (Elend, Drudkh, Neurosis), deux attentes comblées (Glorior Belli, Wolves in the Trone Room) et l’invité surprise sans lequel un top 10 manquerait de piment (Mammatus). Pour le reste voir quelques centimètres plus bas…

L’année musicale qui s’achève dans 9 heures et 58 minutes aura-t-elle été au final meilleure que la précédente ? Que celle d’avant ? Que 1972 ? Aucune idée et je dois dire que je me désintéresse de ce genre de débat. Par contre, elle vient conforter mon soulagement sans cesse renouvelé de constater que l’instinct mélomane n’est pas un phénomène fini et que la soif de découvrir de nouveaux groupes, de nouveaux albums et de nouveaux horizons est chaque jour plus exacerbée – y compris rétroactivement, j’en veux pour preuve un violent trip folk/rock psychédélique 60’s/70’s depuis cet été. Le jour où ce ne sera plus le cas je serai très malheureux je pense, ou bien très mort j’espère.

Sinon 2007 c’est l’année qui m’a vu rejoindre Eklektik et goûter pour la première fois de ma vie au carpaccio. Il me reste 9 heures et 54 minutes pour y adjoindre un troisième fait marquant. Toutes les options sont ouvertes…

Déceptions

Les déceptions restent en nombre limité, d’une part car les gros bras ont assuré cette année, et d’autre part dans la mesure où je jette en général assez expéditivement aux oubliettes les albums dont le potentiel m’apparaît au-delà de toute tentative de réanimation. De fait le seul véritable black out de cette année est à mettre à l’actif de Deathspell Omega. Eh oui, j’assume mon appartenance au troupeau des bœufs imbéciles qui n’ont rien compris à Fas… Pour moi DsO = riffs + mort + subversion. Or de l’équation il ne reste plus que la subversion via un concept fouillé et opaque auquel il est de fait difficile de s’intéresser. Pour tout hypertechnique et chaotique qu’il soit, et bien que ce soit un album très riche per se, Fas s’envisage pour moi de la même manière qu’un album de brutal death grind, et ce n’est forcément pas ce à quoi j’aspirais de la part de DsO, d’autant que Nasum et Regurgitate représentent 99,9% de mes besoins limités dans ce créneau…

Sinon je m’arrête sur une poignée de semi-déceptions. Par exemple un The Arcade Fire dont la mue vers quelque chose de plus sombre et ambitieux n’est que moyennement heureuse. Un Desaster trop bourrin pour être au net, et enfin un Dirge qui, malgré de multiples tentatives et un morceau éboulestifiant ("Meridians"), aura fini par me noyer dans une cacophonie de baillements résignés.

Autres

Même si je n’ai pas eu trop de mal à composer un top 10 (s’agissant chez moi d’un exercice maniaco-compulsif peaufiné en temps réel de la première à la dernière seconde de l’année), de nombreuses galettes se partagent la onzième place dans une vertigineuse variété de styles…

Ainsi en black metal, la longtemps insipide scène allemande continue méthodiquement à révéler des groupes de premier choix. En 2007 on aura vu passer notamment Verdunkeln dans un style orthodoxe et marécageux, Trist avec son copieux double album Hin/Fort entre foire aux blasts hypnotique et ambient décadent, mais aussi en fin d’année Farsot et Drautran, qui viennent à point nommé redonner un coup de fouet au catalogue du vénérable label Prophecy Productions. Krohm pour les Etats-Unis dans le dépressif, Mgla pour la Pologne dans le tranchant et Arkha Sva pour la France dans le barré complètent le tableau des sorties les plus mémorables.

En réduisant le tempo on tombe sur le hardcore et ses préfixes, et là force est de constater que derrière Neurosis ça décompresse quelque peu. Les Suisses de Zatokrev font toujours dans le mimétisme et c’est pas mal du tout, Universe 217 rejouent Battle of Mice à la grecque en plus crade et j’applaudis, alors que Minsk confirment un premier album excellent avec un deuxième au moins du même niveau. Egalement outre-Atlantique, Baroness décomplexent leur son saturé et sortent un album rouge bien mélodique et aussi frais qu’une barquette de framboises à Rungis. En stoner un mot doux à l’attention de l’écurie Elektrohasch, loin de démériter avec, dans le sillage des intouchables Colour Haze, des groupes aussi talentueux et électrisants que RotoR, My Sleeping Karma, Sgt. Sunshine ou encore Causa Sui.

Le doom ? J’avoue avoir un peu fait l’impasse. Le décoiffant Witchcult Today d’Electric Wizard fera peut-être le top 10 mais plus tard, quand j’aurais dépassé les 10 écoutes. Asunder m’a bien bougé avec son monolithique et tragique Works Will Come Undone. Et puis il paraît que le dernier Evoken est monstrueux mais c’est juste histoire de l’évoker car mes oreilles n’en ont pas eu la primeur à ce jour. Au rayon drone Nadja a soufflé le chaud et surtout le (très) froid, souvent avec bonheur, tandis que The Angelic Process ont bien mérité d’élargir leur cercle d’auditeurs avec un délicieux opus qui risque hélas de rester sans suite pour raisons de santé…

On quitte le metal pour un rapide vade-mecum d’autres gâteries méritant le détour. A commencer par le nouveau Dälek, qui offre une plongée saisissante dans les bas-fonds des métropoles U.S. via son hip hop sombre et trippant (copyright Hororo). C’est lui mon n°11 officiel en fait. The Cinematic Orchestra accentuent leur profil trip hop au détriment du jazz soft de leurs débuts pour un Ma Fleur très consensuel mais non moins agréable. Enfin, c’est par la grâce d’une maîtrise fort classieuse des événements acoustiques que Desiderii Marginis émerge tête haute d’une scène dark ambient typée Cold Meat qui m’intéresse par ailleurs de moins en moins…

Albums de l’année

PrimordialTo the Nameless Dead
L’album phare de cette année 2007 s’est imposé à moi avec d’autant plus de force que je m’attendais à moitié à le ranger dans le sillage d’une discographie de moins en moins enthousiasmante depuis A Journey’s End. Et bien voilà l’album qui ravive la flamme et incendie, un festival de riffs dorés au soleil couchant, de travail rythmique génial, d’émotion sincère et contagieuse… Merci à eux pour ce pur chef d’œuvre!


DrudkhEstrangement
Le Drudkh annuel ne déçoit pas, bien au contraire! En se redécouvrant une certaine fragilité, un son au ras de l’humus et un goût pour des mélodies figées sur de longues distances, le duo évite l’écueil de la répétition tout en conservant le noyau musical qui fait son attrait. Plus que jamais une pierre angulaire du black metal des années 2000.


Lunar AuroraAndacht
L’épitaphe rêvé d’une carrière au-dessus de tout reproche, Andacht claque comme un coup de fouet dans les bas fonds, et ouvre en grand les vannes aux créatures de la nuit. Superbe récital de black racé, impitoyable de violence et truffé de diversions atmosphériques/ambient terriblement immersives, un album solidement accroché au podium et qui restera dans l’Histoire du genre.


MammatusThe Coast Explodes
Révélation stoner de l’année pour moi, Mammatus s’affranchit de lourdes influences avec ce brûlot profondément personnel dans sa conception et son exécution, qui invite à l’évasion et provoque de puissantes remontées d’acide. Indispensable à tout mycophile!


ElendA World in Their Screams
A priori il n’y aura pas d’autre album d’Elend et c’est sans doute mieux ainsi tant celui-ci place la barre à hauteur stratosphérique. Véritable cauchemar conscient, d’une puissance orchestrale et narrative destructrices, A World in their Screams élève le groupe franco-autrichien au niveau de ses références en matière de musique contemporaine, et fait de chaque écoute une véritable épreuve cathartique.


UlverShadows of the Sun
Pour moi qui avait plus ou moins enterré le groupe après Nattens Madrigal, cet album s’est révélé une piqûre de rappel bien agréable : le rappel que, quel que soit le style pratiqué et que l’on accroche ou non, Ulver reste en toute circonstance un groupe de classe intersidérale. Monstrueux de mélancolie parfois piquante, porté par le timbre hypnotisant de Garm et noyé dans une atmosphère délicieusement laiteuse, Shadows of the Sun se prescrit de lui-même pour des instants privilégiés à partager avec soi-même et/ou un bon bouquin.


The OceanPrecambrian
On ne présente plus The Ocean aux lecteurs d’Eklektik, mais la nouveauté c’est qu’on commence à ne plus les présenter tout court. Avec ce double album d’une ambition sans limite, tant au niveau musical, conceptuel que graphique, le collectif berlinois se déblaye un oasis de savoir-faire et de respectabilité que peu viendront leur disputer. Et puis bien sûr Precambrian est une bombe, est-il besoin de le préciser…


NeurosisGiven to the Rising
Le vieux sanglier bouge encore, et il continue de mettre à l’amende 99% des innombrables groupes qu’il a largement aidé à accoucher. Bien que forcément moins fondateur qu’un Souls at Zero ou qu’un Times of Grace, Given to the Rising reste un album plein à la charpente solide comme un vieux buron d’antan, et réserve un nombre très appréciable de moments emblématiques.


Wolves in the Throne RoomTwo Hunters
Révélés avec un premier album musardant à la frontière progressive de la scène USBM, ce groupe au mode de vie ouvertement écolo et archaïque convainc définitivement avec ce Two Hunters bien plus accessible mais non moins excellent. Avec leur son on ne peut plus proche de la terre et leurs compositions marathon, ils invoquent l’esprit du Burzum pré-carcéral tout en distillant cavalcades possédés et atmosphères oniriques absolument sublimes. Un album d’une cohérence précieuse qui se savoure comme un conte ancien et tragique raconté au coin du feu…


Glorior BelliManifesting the Raging Beast
Avec un Deathspell Omega à la dérive (opinion personnelle pas taper), leurs petits frères parisiens de la scène BM orthodoxe ont eu le bon goût de sortir un album extrêmement solide, servi par une plastique malsaine à souhait et une collection de riffs et de leads à lécher les sabots du premier bouc venu. Rien que pour le monumental titre éponyme, diamant brut parmi les hymnes du black à ranger aux côtés d’un « Transilvanian Hunger », une place dans le top 10 était assurée.


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