Elend – A World in Their Screams

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Style: Dark atmospherique symphoniqueAnnee de sortie: 2007Label: Holy Records

Clôturant prématurément un Cycle des vents qui en restera, au même titre que l’Officium Tenebrarum, au stade de la trilogie, A World in their Screams est le premier album d’Elend qui mériterait totalement de s’afficher au rayon classique de tout disquaire respectable. Ceci étant dit sans la moindre déconsidération pour leurs opus précédents, chacun essentiel à sa façon, mais aucun n’élevant l’élément symphonique à l’abri de référents accrochant Elend de très près à des scènes de spécialité, accessibles presque uniquement via un passage préalable par le metal extrême et ses dérivés, tour à tour gothiques, néo-classiques ou dark ambient. Or voilà, le dernier album d’Elend (dernier dans tous les sens du terme) peut, doit, ouvrir une porte rétroactive sur leur œuvre, au moins jusqu’à The Umbersun et pourquoi pas plus loin, aux passionnés de musique contemporaine fascinés par la maîtrise des espaces acoustiques d’un Xenakis, les implosions tourmentées d’un Penderecki ou l’avant-gardisme sonore d’un Nono.

L’entrée se fait par la terreur, une terreur biblique, noire et suintante, nourrie par la violence canalisée et saccadée des mouvements. S’appuyant sur un ensemble d’une trentaine de musiciens, Elend abandonnent la fin du cycle aux bourrasques orchestrales, aux grondements magmatiques et aux dissonances. Contrairement à un The Umbersun tout en densité et en démesure étouffante, A World in their Screams ouvre ses sillons aux espaces rugissant de silence, pour mieux foudroyer par ses soudaines avalanches de cuivres et de cymbales, qui ne cessent jamais de prendre en traître, surtout lorsqu’on a le malheur de s’oublier quelques secondes… Contrairement à un Winds Devouring Men en forme de renaissance amoureusement penchée sur un berceau où harmonies et saturation se répondent dans une parfaite gémellité, A World in their Screams accable en jouant la fracture des voix, instrumentales et humaines, avec leurs instincts académiques, tirant les crins des violons aux derniers outrages, plaquant de dérangeantes perversions de gorges féminines (pleurs, sifflements, hululements…) là où autrefois prospéraient les chants angéliques. Entre beauté corrompue, séduction mystique et ébauche de spectralisme, cet album préfigure sans doute l’ambitieux Ensemble Orphique, auquel il emprunte beaucoup, dixit le groupe qui, lassé de voir ce dernier projet stagner faute de moyens, a décidé d’en fusionner certains éléments pour aider Elend à tirer une révérence d’autant plus marquante.

Les textes en français, couchés à la façon d’un poème épique, usent d’un champ lexical truffé de symboles récurrents (soleil, mort, sang, feu, serpent, esclaves…). Des symboles qui s’entredévorent sous le regard de figures mythologiques (Hadès, Borée, Perséphone) pour, au bout de la fin, replonger la création dans la nuit stérile, où tout reste à naître (« les vautours géants règnent sans partage »). Tout ça pour dire que les textes, au-delà de leur éloquence et de leur qualité, participent pleinement à la puissance de l’ensemble à travers des mots et des tournures aphoristiques qui, animés par une diction froide et posée, interpellent, séduisent ou même violentent le psyché. A World in their Screams trace une empreinte au noir de charbon au pied d’une discographie pleine, marquée par une progression constante, aussi bien transversale que dans la profondeur des styles et des concepts explorés. Elend a été grand, espérons que les incarnations futures du binôme Hasnaoui-Tschirner le seront tout autant.

  1. ophis puthôn
  2. a world in their screams
  3. ondes de sang
  4. le dévoreur
  5. le fleuve infini des morts
  6. je rassemblais tes membres
  7. stasis
  8. borée
  9. la carriére d’ombre
  10. j’ai touché aux confins de la mort
  11. urserpens
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5 Commentaires

  1. damien luce says:

    L’ambiance est oppressante, j’ai rarement été scotché d’angoisse avec un album mais celui ci m’a foutu les boules… Grosse grosse claque !

  2. guim says:

    Elend toujours intouchable,j’aime cette chronique et encore plus ce disque,la fibre classique enorgueuillie par cette dialectique plus moderne du ton et de la forme,les anachronisme s’évaporent derrière la poétique et le lyrisme de cette émanation accoustique noire.Bravo à eux

  3. Joss says:

    J’aime ce groupe, pourtant ce WITS est le second album du groupe (avec the Umbersun) auquel je reste hermetique. A retenter évidement.

  4. Monster says:

    Est-ce qu’ils nous feront à nouveau le coup de revenir 5 ans plus tard, comme ils l’avaient fait après « The Umbersun » en entamant ce cycle des vents… Nul ne le sait ! En tout cas que dire d’un nouvel album d’Elend, si ce n’est que c’est excellent, comme d’hab. Je préfére cependant les 2 1ers épisodes de cette trilogie. En tout cas, la grande force de ce disque, c’est, comme la si bien dit le chroniqueur, c’est explosions après des instants de silence. Terrible !

  5. Monster says:

    comme l’a si bien dit * ces explosions*

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