Cryptopsy – None So Vile

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Style: death brutal et techniqueAnnee de sortie: 1996Label: Displeased Records

La scène canadienne est une des plus virulentes et prolifiques, surtout quand il s’agit de death.
La scène canadienne a aussi ceci de particulier c’est qu’elle a d’emblée voué un culte au death technique, intangiblement ses musiciens ont opté pour une singularité assez démonstrative avec cette envie de rester aussi brutaux que leurs cousins proches ou éloignés.

Cryptopsy avec ce second album a mis tout le monde d’accord en 1996, que ce soit les amateurs de l’ancienne vague floridienne, les göteborg addicted ou les terroristes polonais, j’en passe et des slameurs.
None so Vile est un grand album, un des meilleurs albums de death metal jamais composé, flirtant avec le grind ou le confinement d’un Suffocation, taquinant la barbe d’un Morbid Angel de la grande époque avec un souffle de nouveau né, jouant sur le terrain d’un Cannibal Corpse dopé aux hormones de croissances brutales, Cryptopsy dépasse le stade d’outsider qu’il occupait depuis son premier Blasphemy Made Flesh pour accéder à la lumière avec ce None so Vile magistral.

Dans les faits on ne peut parler que d’une usine terroriste sur un territoire inconnu du grand public qui a taillé ses riffs dans le feu et la terre, fignolant un travail alambiqué et classieux sur cette preuve de foi magnanime.

Pas une erreur dans l’intention, pas une balle ne ratera sa cible, le bourdonnement incessant et totalement schizophrène émeut, dans cette sursaturation généreuse et torturée se dessinent des effets martiaux cruels et destructeurs; le flot incessant qui se déverse comme la mitraille dans l’air frappe sans faiblir, arrachant tout sur son passage, le tumulte constant n’entame en rien le processus de flux et reflux, les cisailles coupent généreusement vos écoutilles auditives; Cryptopsy prend son temps à la vitesse d’un Kamikaze à qui il ne reste plus que 30 secondes à vivre, ose les breaks, reprend blast sur blast, enseigne la théorie du chaos made in Québec avec un sens de la mesure proche d’un boucher atteint de Parkinson et une chaleur digne du plus généreux des accueils d’un psychopathe vous recevant à son anniversaire.

Car ne vous attendez pas à vous prendre sur la gueule un album froid et timide, non il s’agit d’un disque magmatique, organique, séditieux, aussi brûlant que le souffle d’une explosion, le tout relevant d’une discipline sans équivoque à foudroyer le sceptique qui sommeille en vous.

La production de l’album est à saluer, on peut enfin distinguer pleinement l’inter-pénétrabilité des instruments dans l’air, chacun d’eux trouve sa place chose que l’on regrettait à demi mot sur le brutal premier jet Blasphemy Made Flesh, il est bien loin aussi le temps où le groupe jouait sous le patronyme Necrosis, le chemin parcouru saute aux oreilles sans pour autant perturber l’auditeur dans l’approche du disque.

Flo Mounier développe enfin son jeu à l’air libre, gravity blast sur blast beats, et roulements d’épileptiques, attaques nerveuses, tout en vitesse et fluidité, le batteur québécois accomplit là une des plus belles odes à la batterie moderne dans un genre extrême du métal en en faisant baver plus d’un, d’ailleurs combien seront ils à se fendre du même style après cet album, repoussant encore un peu plus loin ces limites factices?
Eric Langlois qui vient de rejoindre le groupe à la basse se fend d’un jeu d’une solidité à toute épreuve mais aussi de passages limites jazzy, parfaitement en symbiose avec ses potes de la « division massacre » comme sur « Slit your Guts » hail ya! où le slapping ne vient pas dénaturer le morceau et lui donne une teinte toute particulière sur son break tranchant. Jon Levasseur à la gratte, lui, nous sort un grand moment de rifferies en pagailles avec quelques shred dantesques, sans oublier que ça ne le dérange en rien d’aller pousser le solo sur quelques tracks et avec la manière qu’on lui connait, juste ce qu’il faut de sirop d’érable sur vos pancakes à bases d’os en poudre. Et ne pas oublier la prestation de Lord Worm qui quittera le groupe après l’album, alternant au chant putréfaction vomitive et outre tombisme zombifiant dans la plus belle tradition, avec quelques cris perçants à réveiller le loup qui sommeille dans chacun de nous comme sur : « Benedictine Convulsions ».

Mais cela aurait été trop simple s’il n’y avait pas eu le morceau, vous savez ce morceau si particulier qui vous fait dire d’un album : « ah oué je le savais, ça bute. » Le morceau qui vous rassure, que vous attendez pour enfin voir la galette décoller, le truc qui fait que tout le monde se regarde avec le sourire sans rien dire quand le truc flotte dans l’air : « Phobophile » en long en large et en travers, voilà None so Vile atteint son but, « Phobophile » est le morceau qui liera tous les autres morceaux entre eux, le sommet de cette pyramide mystique que les assassins nous servent sur un plateau…

Quand « Crown of Horns » et son sample de l’Exorciste III ouvre le bal de cet album déjà on pressent l’ambiance que nous réserve le disque, et quand le dernier chapitre se clot sur la magnifique « Orgiastic Disembowelment » et son sample d’Evil Dead III; la boucle se boucle sans dommages, avec la force cinématographique de ce peloton d’exécution mené sur les terres zombies d’où n’échappera personne, on tient un de ces disques qui marqueront leur époque tant ils apportent un vent frais au genre pratiqué depuis la fin des années 80.
Inoubliable.

 

http://www.youtube.com/watch?v=o1FivvPQIUY

Groupes cités dans la chronique

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5 Commentaires

  1. OYC says:

    Ouiiiiii! Cryptopsyyyy!!!
    Poulpe-power!

  2. Nico says:

    Cryptopsy, l’un des groupes de death avec lequel je me retrouve, alors que je suis pas du tout dans ce courant. J’aime beaucoup le style, technique mais groovy sans que ça parte en démo chiante.
    Je préfere par contre « And Then You’ll Beg », mais No So Vile est bien bon

  3. RBD says:

    Excellente chronique pour un album majeur et pas si facile à évoquer par écrit.

  4. Inhuman says:

    Un album tout bonnement hallucinant, un très grand moment de brutal death technique. Tout les zikos sont des bêtes, l’album est remarquablement composé et executé.
    Une référence, pour moi ils n’ont jamais fait mieux.

  5. shaq says:

    Si on devait n’en retenir qu’un, serait-ce « And Then you’ll beg » ou celui-ci… ?
    Rude, rude…

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