Dälek + Bleubird + R-Zatz – 24 avril 2008 – Trabendo – Paris

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"Rien de tel que des premières parties foireuses pour apprécier un concert encore plus".

L’ami qui m’accompagnait ce soir avait bien raison en disant cela bien que nous aurions tout aussi bien pu nous passer de la présence des deux premières parties qui handicapèrent ce concert en bouffant du temps pour finalement pas grand-chose. La soirée avait de toute manière mal commencé puisqu’en traînant devant le stand du merchandising j’avais entendu quelque bribes d’une conversation entre Oktopus et des personnes du public où l’on évoquait des "conflits" et "un concert qui serait le dernier". Non, non, non, non, non, non, non. Dälek splitterait ? Tout, mais pas ça !

Assis sur mon petit siège je passais donc toute la durée du concert de R-Zatz à remuer dans ma tête cette perspective apocalyptique en me disant qu’il fallait que j’aille voir Oktopus quand le son serait revenu à un niveau correct histoire de mettre les choses au clair.

En attendant, il me fallut supporter le trip-hop mal dégrossis de R-Zatz, un groupe qui porte malheureusement très bien son nom. Trois musiciens, deux derrières leurs ordinateurs et un autre jouant de la guitare, se remuent doucement sur une rythmique down tempo et ajoutent chacun de leur côté des samples, quelque notes de guitare et des chants féminins, eux aussi samplés. Le résultat est très conventionnel et franchement pas réussi. Leur set empire même au fur et à mesure puisque du down tempo on passe à des rythmiques binaires et presque club sur quelques chansons. Bien fait, ce genre de musique ne me dérange pas, bien au contraire, mais dans le cas présent il y a encore beaucoup à faire pour dépasser les clichés et profiter des atouts que possède ce groupe de trois esprits pour composer des chansons vraiment intéressantes. Ils ont le matériel, ils savent visiblement s’en servir mais, ils leur manque des idées.

Dès le concert fini je me précipite vers le stand et j’attends anxieusement que mon acolyte est acheté son merch pour poser la question fatidique à Oktopus. Celui-ci est assez joyeux d’ailleurs puisque, comme il le dira avec un éclat de rire "I’m drunk !". Etat dont il profite agréablement au moment présent mais qui l’handicapera plus tard dans la soirée. Mais, nous n’en somme pas encore là. Après l’avoir interrogé il me rassure sur l’état du groupe, j’avais heureusement tout compris de travers. Ce n’est pas le groupe qui va mal mais, le son dans la salle qui ne sera sûrement pas au top ce soir; pas assez de volume sonore me dit-on. Mais, non, pas de split en vu, un nouvel album est d’ailleurs prévu (déjà enregistré? déjà composé? je n’ai pas demandé) et Oktopus m’assure qu’il sonnera comme un mélange de "Black Sabbath (dit-il en parlant fort et en faisant des mouvement des bras pour montrer la densité du son), Joy Division et les morceaux les plus lourds de Jay Dilla ". Beaucoup de guest seront aussi présents sur le disque. Les nouvelles sont on ne peut plus enthousiasmantes et continuent de l’être puisqu’après avoir évoqué un ancien concert parisien au Batofar (le meilleur concert qu’il ait jamais fait, dit il) il évoque la possibilité de revenir dans cette même salle pour y faire un concert avec un volume sonore approprié.

Passage ensuite sur scène de Bleubird, un rappeur canadien très volubile entre les chansons et au flow rapide et maîtrise. Son concert oscillera donc entre ces deux élément, je parle, je parle, je parle, je rappe vite, je rappe vite, je rappe vite. Et ainsi de suite jusqu’à la fin. Niveau instrumental le bonhomme pose sur du tout électronique, bien fait mais sans grande originalité. Le tout nous donne simplement un avatar des labels Anticon et Def Jux auquel il manque la fraîcheur et l’originalité des meilleurs poulains de ces deux écuries. Je retiendrais tout de même de tout cela une anecdote amusante sur un gérant de pizzeria qui chantait tous les soirs le thème du Roi Lion avec un fort accent italien. Marrant, mais aussi tragique quand on pense que c’est la seule chose vraiment mémorable que je puisse me souvenir de son concert.

23H30 et Dälek et ses acolytes arrivent enfin sur scène. Il faudra d’ailleurs que l’on m’explique l’intérêt de faire commencer un concert à 20H30 pour que tout se termine après minuit ? Enfin, à ce moment de la soirée, pas le temps de s’occuper de sa montre car toute l’attention est dirigée vers les trois musiciens qui débutent le set en improvisant sur une version allongée de "Isolated stare". Oktopus et Dälek sont une nouvelle fois revenus avec le guitariste Destructo Swarmbots et un autre jeune homme assis devant un ordinateur. Pendant toute la durée du set j’ai eu beaucoup de mal à dire ce que chacun, pris individuellement, apportait à la musique mais, au moins la conjonction de ces trois là permit au son d’atteindre un niveau confortable pour un concert de Dälek, c’est-à-dire, assez fort pour que les nappes denses vous enivrent mais pas assez pour que vos oreilles en souffrent. Au bout de moins d’une dizaine de minutes le rappeur tant attendu monte sur scène, tourne les retours vers le public et demande avec insistance que l’on monte le son. "This ain’t karaoke night motherfucker !". Pas de problème, l’ingénieur du son fait grimper le volume et on est partis pour quarante minutes de bonheur.

Beaucoup de titres de Absence seront joués ce soir, peut-être par défi vis-à -vis des contraintes sonores puisque de leur discographie ce sont de cet album que viennent les chansons les plus lourdes et les plus agressives. "Eyes to form shadows", "Even somber", "Asylum (permanent underclass)", "Culture for dollar". Abandoned language n’est pas oublié avec "Paragraphs relentless" et un "Tarnished (subversive script)" pour conclure la soirée avant le rappel. Rappel qui se fera sans Oktopus ni les deux autres musiciens puisque celui-ci est un peu trop malade pour continuer. Déjà bien entamé quand il nous avait parlé, la décente ne l’a pas épargné et il tombe de plus en plus au fur et à mesure de la soirée jusqu’à avoir la tête allongée sur son ordinateur. Il est tout de même assez parlant qu’un set de Dälek handicapé par des problèmes de boisson est tout de même bien meilleur que beaucoup d’autres artistes. Tout cela nous laissera donc avec un concert plutôt court mais, tout de même très bon. MC Dälek reviendra tout de même sur scène pour rapper seul et effectuer en rappel une chanson qu’il "n’a pas joué depuis dix ans". Avant cela il faudra retrouver l’instrumental sur l’ordinateur de Oktopus, qui est sûrement parti vomir en coulisse. Après moultes recherches infructueuse il sera décidé de faire les choses "à l’ancienne" en utilisant un Ipod pour diffuser le morceau désiré. Un final à l’arrache mais, une belle conclusion de la part d’un groupe qui ne sait pas me décevoir, autant sur scène que sur disque.

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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Commentaire

  1. Ellestin says:

    23h30 le début de Dälek? Eh ben j’ai bien fait de pas venir… C’est quand même assez scandaleux là. Merci pour le report du coup!

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