Efterklang + Peter Broderick + Crippled Black Phoenix – 05 avril 2008 – Grand Mix – Tourcoing

Pas de commentaires      817

Allez savoir ce qu’il m’est passé par la tête ce soir là. Moi d’habitude d’un naturel si méfiant, je « prépare » mes éventuels concerts à l’avance en prenant bien soin d’appréhender le style des différents groupes qui proposeront un set. Je trouve en effet plus intéressant de connaître les morceaux histoire d’accorder une pleine attention à la prestation. Et là, guidé par je ne sais quelle muse malicieuse, j’ai lâché les rênes, j’ai fait mon foufou et je suis allé voir Peter Broderick, Crippled Black Phoenix et Efterklang au Grand Mix de Tourcoing le 5 avril 2008. La qualité de la salle n’aura pas été sans incidence sur ma décision tant les atouts techniques de celle-ci sont particulièrement appréciables.
L’ordre d’annonce supposait que la première partie du set reviendrait à Peter Broderick, or c’est toute la troupe (7 membres) de Crippled Black Phoenix qui fait son entrée.
Une entrée discrète, sobre, presque timide qui sera, au final, assez représentative de leur concert. Une chronique (en ces lieux) m’avait poussé, à raison, à jeter une oreille sur la musique de ces jeunes Anglais ; découverte qui allait quasi immédiatement être suivie dans le temps par l’annonce de cette soirée à quelques minutes de chez moi. Comme la vie est parfois bien faite.
On aura droit à un set plutôt axé sur le côté énergique que le groupe peut dévoiler sur cd puisque la sérénité mélancolique de leurs compositions se voit parfois troublée par des envolées rock/post-rock exaltées prescrites par un guitariste dont l’allure pourrait amener à penser qu’il officie en parallèle dans un groupe de metalcore.
De plus, et presque inévitablement, lorsqu’il y a autant de musiciens sur scène, certains instruments (acoustiques) passent un peu à la trappe aux oreilles de l’auditeur ; ce fut malheureusement un peu le cas pour le violoncelle sur le superbe « Whissendine » (qui ne figure pas sur l’album et que je vous invite vivement à découvrir sur leur myspace). Un concert agréable donc pour un groupe qui, je pense, a une belle marge de progression même s’il est déjà capable de capter l’attention d’un public aux oreilles non polluées par les merdes ambiantes.

À ce niveau de la soirée je m’attends bien évidemment à voir débarquer Efterklang (leur myspace) après avoir judicieusement supposé que la première partie était annulée. C’est donc presque ahuri que je découvre, quelques secondes après le départ de Crippled Black Phoenix, l’arrivée sur scène d’un fragile et sympathique bonhomme qui aurait pu avoir un petit rôle dans la version cinématographique de « Tom Sawyer ». Je me dis qu’il s’agit d’un roadie en avance sur ses collègues. Du tout. Une lumière diffuse éclaire le piano sur le côté, le garçon (Peter Broderick son myspace, vous l’aurez compris) s’y installe, ajuste son violon sur son épaule et entonne les premières notes de ce qui s’apparentera quelques minutes plus tard à un vrai moment empreint d’une magie douce et mélancolique. On pense à Nick Drake, à Yann Tiersen et autres Sylvain Chauveau. L’utilisation du séquenceur lui permet d’étoffer sa prestation sans en faire des tonnes. On a un peu l’impression d’avoir affaire à un putain de surdoué qui nous fait son petit truc tranquillos entre 2 repas. C’est un peu écoeurant des types comme ça…. en tout cas, un superbe moment volé à la torpeur du monde. Chapeau, bravo et merci.

Changement de décor et d’ambiance, le Barnum de la tête d’affiche arrive sur scène : 8 personnages (on voit tout de suite qu’il s’agit de 8 individualités avec une vraie personnalité et pas juste 1 ou 2 leaders accompagné de faire-valoir) affublés des instruments les plus divers (percus, cordes, cuivres) ; je m’attends à un cirque assez cacophonique. Là encore belle surprise car un mot vient à l’esprit : « harmonie ». Preuve que le groupe est loin d’être composé de manchots juste venus faire la fête. Et puis là je m’aperçois que derrière le violon (pas très bien caché donc), il y a un type qui ressemble fort au type qui a joué juste avant et j’en déduis non sans adresse que lui et Peter Broderick ne font qu’un ! (ah quand je vous disais que je me suis pointé au concert en touriste…). Passé ce choc, je ne peux que rester coi devant la maîtrise instrumentale et vocale du groupe ; ça part un peu dans tous les sens mais d’une manière telle qu’une ambiance gentiment fantasque plane dans la salle. J’ai vraiment le sentiment d’assister à une expérience plus qu’à un concert, quelque chose se passe, le groupe dégage une incroyable énergie positive, je découvre un nouveau continent. À chaque titre, les rôles s’échangent : le chanteur joue des percus puis du xylophone, pendant que l’arrangeur se met à la flûte, que le batteur empoigne une trompette ou que le guiratiste se convertit au saxophone. C’est une véritable communion, je suis prêt à partir au Tibet en slip de bain, tong et bouquet de marguerites dans les cheveux. Le groupe finira d’ailleurs par descendre dans le public façon procession hare krishna après que le chanteur (principal) aura distribué des verres de mousseux au premier rang tel un David Bowie follement lyrique.
Malgré cela je n’ai pas manqué de constater que parmi les 8 touche-à-tout figurait une jeune fille qui n’avait quasiment pas bougé de son piano. Une simple musicienne de session dénuée de la « folie » habitant ses camarades ? Tu parles, madame a son petit projet musical Our broken garden auquel il convient vraiment de jeter une oreille très attentive (son myspace). Sont forts ces Danois.

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

darkantisthene a écrit 276 articles sur Eklektik.

Up Next

Du meme groupe

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *