Portishead – Third

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Style: trip musicAnnee de sortie: 2008Label: Island Records

Neurotool :

Les semaines, les mois, les années passent. Les disques aussi. Combien d’albums vous auront finalement marqué au fer rouge ? Lesquels possèdent vraiment cette aura d’essentiel, ce sentiment viscéral greffant à jamais votre vie à ces quelques notes de musique. Innocentes les notes de crier l’écho ! Certes, pour toutes celles qui prennent la poussière sur une étagère, dans le dossier oublié d’un disque dur ou pire encore au fin fond de votre mémoire…

A ce propos une anecdote me brûle les lèvres. Il y a peu je réécoutais le live aux Bains Douches de Joy Division. Set-list imparable, ambiance froide et rageuse, cet enregistrement de post punk contient cette intemporalité, ces accords et une voix d’écorché qui m’ont rappelé à quel point la musique ne souffrait pas la médiocrité des lois d’un soi disant marché, à quel point cette Gorgone garde le secret de sa dimension quasi vitale et finalement tue les usurpateurs.

Le parallèle est alors aisé : Portishead. Combien auront voulu les asservir à une filiation trip hop accommodante ? Effet de mode, puissance marketing ou musique essentielle, Portishead était partout dans les 90’s. En quelques morceaux, Beth Gibbons, Geoff Barrow, Adrian Utley avaient redéfini les standards. Deux albums, un live puis silence radio durant une dizaine d’années. Sans que l’oubli n’agisse. Il y aura bien eu le Out of Season de Beth Gibbons, et l’omniprésence dans le milieu musical de Geoff Barrow avec ses activités de production et son label Invada records. Adrian Utley travaillait alors à ces diverses BOF et albums (Bashung, Sparklehorse, Beth Gibbons,…). Mais rien n’y fera. L’excellence de ces musiciens ne pourra faire oublier l’hydre Portishead.
« Silence » ouvre la danse, comme un clin d’œil à ces dix années. Rythmique soutenue, production electro froide et faussement minimaliste, les cordes se couchent sur cette ossature mélancolique avant le premier break. La voix de Beth Gibbons surgit. Fantomatique, belle et saisissante, elle traînera son spleen tout au long de Third. Perdue au cœur de ces paysages electro baroques, de ce rock brûlé à la lumière blanche, ses mots se posent. Elle n’en a pas fini avec le doute et la colère. La musique porte son propos. Tour à tour syncopés ou lancinants, à la croisée d’un post punk glacial, d’un blues dépouillé à l’extrême et de l’electro indus – l’enchaînement « We carry on » / « Deep Water »/ « Machine Gun » – les morceaux se nourrissent autant de mélodies et d’ambiances psyché 70’s – l’orgue de « Small » et les échos métalliques de la guitare de Adrian Utley – que de bandes son rappelant les heures d’un certain cinéma noir (« Threads »). Quoiqu’il en soit c’est la déroute au bord du chemin que l’on écoute ces morceaux. Les premières fois. Puis le sang glacé, on accepte. On a eu peur mais Portishead ont de nouveau des choses à dire et l’on se promène dorénavant au travers de ces tableaux en ruine – « Nylon Smile » – de ces plages détruites, irradiées d’une lumière bleue – « Hunter ». Les influences sont légions – de Pink Floyd à Sunn O))), de Joy Division à Earth, de Nine Inch Nails à Glenn Branca– les réminiscences trip hop lointaines. Mais c’est leur culture, la nôtre, la mienne, qu’ils mettent ici en exergue. Nul besoin de copié-collé car au travers d’une diversité de structures et de compositions singulières, Portishead crée, cisèle et pleure de l’émotion.

Quoiqu’il en soit c’est froid, sombre et hypnotique, d’une vérité criante et magnifique. Pour la simple et bonne raison que Portishead est essentiel.

Krakoukass :

Neuro a presque tout dit avec l’élégance habituelle qui caractérise sa prose. Je ne peux m’empêcher d’ajouter mon grain de sel, tant cet album est devenu important pour moi.
Et pourtant, il faut prévenir les fans du groupe : cet album est beaucoup plus aride et difficile d’accès que ses illustres grands frères.
J’avoue même pour ma part avoir ressenti une énorme déception à la première écoute. C’est que les mélodies sont beaucoup moins mises en avant, le format chanson qui malgré tout caractérisait encore les morceaux de Dummy ou Portishead (on citera évidemment « Glory Box » mais même « All Mine » fera l’affaire) est ici beaucoup plus mis en retrait, les titres de Third sont plus « expérimentaux » en quelque sorte, plus subtiles dans leur approche moins directe.
Alors la première écoute fut une déception. Mais celles qui ont suivi furent de véritables révélations, à tel point que cet album est presque devenu ma drogue quotidienne.
Incroyablement immersif et puissant dans les émotions qu’il véhicule, il s’appuie moins sur des samples de hip hop ou de musique de film que par le passé, et par là rejette – comme le disait Neurotool – de plus en plus la filiation trip-hop.

Il y a beaucoup de grands moments sur cet album : « The Rip » est sûrement mon favori avec ce final à la Radiohead après un démarrage minimaliste trompeur. « Silence » est magnifique (mais la fin est abrupte – c’est certes conceptuel mais un poil gênant lors des premières écoutes) également, la voix de Beth est toujours aussi magnifique, dans un style toujours aussi dépressif (la joie de vivre ne fera probablement – heureusement – jamais partie du répertoire de Portishead).
Et puis il faut quand même parler de « Machine Gun » et « We Carry On », morceaux au tempo presque énervé, ce qui est pour le coup vraiment inédit dans le monde habituellement si calme de la bande de Bristol. Les BPM s’emballent un peu sur ces titres, mais l’ambiance sombre, froide, maladive, subsiste. Toujours.

Alors cet album surpasse-t-il les précédents ? Non. Il se contente de les égaler, ce qui est non pas « pas mal » mais carrément « énorme » puisque Dummy et Portishead sont simplement des merveilles.
3 albums, 3 oeuvres différentes à la personnalité bien imprimée… 3 albums, 3 chefs d’oeuvre, tout simplement.

Les autres bristoliens (Massive Attack et Tricky) qui doivent eux aussi livrer un nouvel album cette année, auront vraiment fort à faire pour rivaliser…

  1. silence
  2. hunter
  3. nylon smile
  4. the rip
  5. plastic
  6. we carry on
  7. deep water
  8. machine gun
  9. small
  10. magic doors
  11. threads
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Groupes cités dans la chronique

14 Commentaires

  1. Rémi says:

    J’ai découvert Portishead à leur début, et forcément j’en ai été marqué. Je n’attendais pas (plus) cet album, donc je l’ai découvert sans trop d’impatience et avec plutôt beaucoup de tolérance. En général je suis plutôt friand des dissonances et les mélodies peu faciles, et adepte du Krautrock allemand auquel ce disque s’en est largement inspiré, mais justement ce Third, mis à part de jolies exceptions (« The Rip » & « Machine Gun » entre-autre), n’est pas très agréable d’écoute. La voix de Beth Gibbons a réussi pour la première fois à m’agacer sur certain passage carrément faux (c’est voulu, sûrement, mais ça n’apporte pas grand chose…) Dommage.

  2. kollapse says:

    3 albums pour autant de chef-d’oeuvres. Portishead revient avec un album, comme dit plus haut, froid, émotionnel, sombre et encore une fois essentiel. Dès la première écoute, j’ai perçu le potentiel de ce disque qui s’est par la suite dévoilé à moi pour s’imposer définitivement. Ecoute quotidienne pour ma pomme aussi, ce Third est un des albums qui marquera à coup sur mon année musicale, mais POrtishead me marquera de toute façon au fer rouge et ce, à jamais. Grandiose.

  3. Faya says:

    Ce serait merveilleux si chez d’autres artistes on entendait des chansons aussi audiacieuses que la terrible « Machine Gun ». Disque à posséder.

  4. Euh says:

    Influences Earth, Sun o))) ???? hmmmmmm

  5. elegant says:

    @ Faya : Le morceau machine pistolet est vraiment insupportable à mes oreilles, je ne sais comment lui donner la signification de terrible… terriblement chiant oui ! De plus les albums solo de Beth Gibbons sont pas terrible terrible, Portishead est mort pour ma part.

  6. Neurotool says:

    Ah il est certain que les backgrounds musicaux vont en prendre pour leur grade avec cet album.
    En ce qui concerne les influences Earth Sunn o))), pas de drone à l’horizon hein, plutôt un état d’esprit en commun. Je préfère préciser avant de me faire clouer au pilori…

  7. faya says:

    Y’a pas de raison de polémiquer, ils revendiquent cette influence haut et fort (si ils nous l’avaient pas dit on l’aurait jamais su par contre^^)

  8. Euh says:

    Ouais parce qu’a moins que je sois sourd je trouve rien en commun entre les 3 groupes :P

  9. Neurotool says:

    Il n’empêche que cette filiation a fait évoluer leur son.

  10. Beurk says:

    Ce skeud m’a laissé une très désagréable impression.
    Fan de « Dummy » et un peu moins du 2nd, là ils se sont barrés trop loin pour moi alors que j’écoute des trucs vraiment zarbi.
    See you next record, Portishead?

  11. guim says:

    En filigrane on récupère tout ce que la musique a produit depuis les années 90 jusqu’à maintenant avec le côté clinique ambivalent de la nouvelle scène indie/pop,les mélanges subtils d’électrorocks sont des cocktails beaucoup plus édulcorés du sucré trip hop du siècle dernier,c’est un retour les yeux dans le vague avec cette démarche nonchalante de la musique dirigée sous opiacée,la patte est là,y a toujours ce gel comme un verni sur les compos du band sauf que cette fois ci on notera l’aspect vintage privilégié pour le rendu sonore des tracks.Du retour d’anthologie,un poil moins réservé qui plus est.

  12. fewz says:

    un disque tout simplement génial. Glaçant, noir et trippant. Il est beaucoup moins facile d’accès que les précédents disques et est beaucoup plus pointu. Je pense que les gens déçus s’attendaient à ce que Portishead reserve un simple dummy un peu plus évolué et dans l’air du temps… faut pas rêver! C’est mal considérer le groupe que de penser une telle chose.

  13. Alex says:

    Humm, je découvre le groupe avec ce Third. Je crierai pas au chef-d’oeuvre, mais un bon CD ouais. Un gros faible pour « Silence » (marrant, c’est pas les 1ères notes de l’intro de « None Shall Pass » du CD du même nom d’Aesop Rock qu’on entend en fond au début du titre??), un faible pour Nylon Smile et Machine Gun, et peut-être The Rip, le reste m’a moins marqué. En gros, j’ai l’impression d’être face une version glauque du dernier PJ Harvey. Ah et 2-3 parties de batteries bien bof sur quelques titres, genre descente de toms cheap, vous voyez? Mais rien de trop gênant. Un bon 16/20 pour moi.

  14. Alex says:

    Je viens d’avoir cet album. Il est différent des précedents, ça s’est sûr… Il va falloir de nombreuses écoutes pour l’appréhender complètement.

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