God Is An Astronaut – Split Avec the Mantra Above the Spotless Melt Moon

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Style: post rockAnnee de sortie: 2008Label: Arghh! Records

C’est un objet doublement singulier qui nous arrive des industries Arghh! Records. Singulier d’abord car réservé aux seuls possesseurs de platine vinyl – et encore en édition limitée à 500 copies, me suis-je laissé dire. Singulier ensuite par l’équipage qui s’en partage les sillons : un jeune premier plein de fougue et d’extravagances, un vieux briscard respirant l’assurance tous risques. On jurerait une mise à l’étrier pour l’un, un briefing du nouvel album pour l’autre. Un concept qui a fait ses preuves en d’autres temps et lieux, et qui une fois de plus carbure à plein, les acteurs en étant les premiers responsables.

The Mantra above the Spotless Melt Moon l’emportent au nombre de syllabes, mais également au baromètre de l’originalité. Commençons donc par leur partie. Compatriotes de Carla Bruni, mais vachement plus capables quand même, ceux que l’on appellera TMATSMM officient dans un post-rock brodé autour des ambiances. Lesquelles donnent copieusement dans la grâce sous-marine. Mais aussi dans la très haute altitude. De là à parler de ballet aquatique dans les nuages… oui on peut en fait. Et, ô douce fortune, les deux morceaux affectés au split s’avèrent tout aussi charmants que le tableau. En particulier “Helder Pedro Moreira”, qui n’est pas une louange émue aux joueurs portugais de Ligue 1 Orange mais une dédicace sympathique au jeune artiste du même nom qui a fourni au groupe son identité graphique.

La première seconde est déjà pour Adriana Salomone, la guitariste/vocaliste qui se propose de nous guider dans cette transe lucide, un peu labyrinthique parfois, faite de grands ciels nacrés et de petits recoins souriants. Un beau brin de voix qui réussit l’exploit d’être tout à la fois espiègle et absorbé, ou l’un puis l’autre, suivant la température des tympans. Et surtout une diction bien personnelle en petites touches coquettes, comme des étoiles d’encre sur un buvard. Au diapason d’un ensemble musical où, hormis la guitare électrique lorsqu’elle intervient pour foncer momentanément le paysage, tous les instruments et effets sonores (succion, glissements et autres chuchotements mystérieux) semblent jouer à esquiver le regard, ne s’invitant que par clins d’oeil avant de regagner prestement leur terrier. Un peu comme ce qu’a pu faire Múm en certaines occasions, quoique l’atmosphère générale renvoie davantage vers un The Evpatoria Report en mode frivole. Vers les 1’30 le morceau arme son temps fort : petite entame préparatoire au synthé (un Korg Ms-10, les experts apprécieront), attaque pied au plancher de la base organique basse/batterie puis magnifique fondu ascendant avec le chant d’Adriana et un thème de guitare hyper planant qui s’abîme doucement dans un effet d’oscillation de plus en plus rapide, avant que l’artillerie rock au complet remette abruptement le contact pour tirer avec panache la courbette finale.

“The Fog” est d’une construction plus classique. On a délaissé le surréalisme pétillant d’“Helder Pedro Moreira” pour une ambition un peu plus austère, voire troublée, comme le laisse supposer le titre alternatif (“Building and Deconstructing Towers”). Le tracé est plus usiné, moins riche en sonorités impertinentes, mais non moins ravissant, Adriana se cantonne à un fond narratif reflétant une certaine angoisse (“we have no escape”). Les Italiens démontrent là leur aisance dans deux registres différents mais cohérents l’un avec l’autre – le monde monolithique et monochrome de l’éveil, et celui intensément coloré qui s’agite sous les paupières. En tout cas, avec rien que ces même pas dix minutes, le groupe m’a mis une grosse baffe mentholée et je les pense capables de souffler un vent nouveau bien nécessaire à leur scène, un peu à l’image de ce qu’ont pu faire Kwoon dès leurs débuts, en plus “pro” peut-être. Vivement l’album !

Et maintenant que j’ai tartiné comme un porc sur TMATSMM je vais passer plus rapidement sur la partie de God is an Astronaut, non par manque de respect ou parce que leur musique me déplait, bien au contraire. GIAA (l’acroynme a parfois du bon) est un groupe de caractère venu d’Irlande avec déjà trois albums à son actif, tous célébrés par les connaisseurs comme des pièces maîtresses de post-rock épico-moderne. Alleluia, les deux morceaux au programme ne contiennent pas autre chose et mettent même à l’amende le plus gros de la production actuelle plus ou moins issue du moule Mogwai. GIAA développent des panoramas spectaculaires, faits de rampes phosphorescentes slalomant entre des blocs vertigineux dont la cime accroche en permanence une mer de nuages noirs annonciateurs d’orage électrique. Menace et beauté, robotique et charnelle à la fois, sans démesure, la musique du trio a tout de la trame rétro-futuriste qui pourrait souligner un univers à la Philip K. Dick… Malgré mes atomes goulus avec le style j’ignorais jusqu’à l’existence de ce groupe avant de recevoir le split à chroniquer, il faut croire qu’il reste toujours des pierres à retourner et c’est très cool.

Si vous êtes l’heureux possesseur d’un truc qui fait tourner les vinyls, et si vous prenez votre post-rock avec une pincée d’onirisme, cette succulente joint-venture ne peut pas ne pas finir entre vos mains, honnêtement !

  1. helder pedro moreira
  2. the fog (building and desconstructing towers)
  3. far from refuge
  4. no return
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Commentaire

  1. ellestin says:

    l’adresse myspace du 1er groupe est tronquée. Il s’agit bien sûr de http://www.myspace.com/themantraabovethespotlessmeltmoon

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