Orakle – Tourments Et Perdition

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Style: black metal atmosphérique moderneAnnee de sortie: 2008Label: Holy Records

Orakle fait partie de ces groupes dont je croise de temps en temps le patronyme sans trop savoir de quoi il s’agit et sans volonté particulière de palier cette lacune. Aujourd’hui la rencontre est inévitable, il faut donc que je me rencarde un minimum. Premier constat, les textes sont en français. Bon pourquoi pas, ce ne sont pas les premiers à s’y adonner et ça n’est pas forcément une mauvaise nouvelle si le chant tient la route. Deuxième constat, le pochette et le logo me font immédiatement penser à du black vikingo-atmosphérique. Là je commence légèrement à m’inquiéter, ça risque de faire beaucoup pour un seul (innocent) homme si j’ai droit à des cornemuses et autres ambiances « choucroutes party ». Côté historique, j’apprends que le groupe a quasiment 15 ans d’existence et qu’on n’a affaire, malgré cela, qu’au 2ème album du groupe. C’est ce qui s’appelle « laisser mûrir son style » (d’autant qu’il y a eu 2 demos et 2 EP avant le 1er album de 2005), je ne devrais donc pas me retrouver en présence de bras cassés.
C’est avec tous ces éléments en tête que je décide enfin de passer à l’étape ultime : l’écoute. Premier constat – ouais non ça j’ai déjà fait, on va utiliser un autre procédé rédactionnel plus judicieux.
La première chose que je constate, c’est que ça chante en français. D’où les textes en français. Les types sont visiblement des malins. Sans compter qu’à mon avis ils ne sont pas bêtes dans la mesure où une seule écoute ne peut amener qu’à penser la chose suivante : faut que je réécoute parce que j’ai forcément raté des trucs. Le style pratiqué est en effet exigeant, fouillé, complexe. D’ailleurs, à propos de style, mes craintes concernant les envolées folkloriques lourdingues sont parfaitement injustifiées car Orakle n’entretient (dieu merci) aucun rapport avec le genre pratiqué par les adeptes des balades dominicales en drakkar. Ça n’a même pas à voir avec Enslaved. Par contre on se rapproche, car la Norvège est un pays qui doit être chère au cœur des Français si l’on en juge par le riffing, les atmosphères développées et l a présence d’un chant clair qui doit beaucoup à un certain Vortex officiant au sein de groupes aussi insignifiants que Borknagar, Arcturus ou Code et un chouilla à Ihsahn. Or si vous êtes familier de la musique de ses derniers, vous n’êtes pas sans savoir qu’il est particulièrement facile de sombrer dans le ridicule sans un minimum de maîtrise instrumentale et vocale pour qui veut suivre la voie qu’ils ont tracée. Et là je ne peux que reconnaître que la France s’en sort très honorablement. Ça n’est certes pas la première fois qu’elle s’en sort aussi bien puisque, si vous avez une bonne mémoire, vous n’aurez pas manqué de penser aux talentueux Artefact (même si ceux-ci ont une base plus heavy que black avant-gardiste) ; Artefact qui n’a pas hésité à prêter main forte à ses compatriotes via son soliste venu taper de ses doigts magique la causette aux enceintes sur l’Emperorien « Celui qui erre ». Le fait de débuter l’album par un instrumental assez mélancolique faisant la part belle aux arpèges et déboulant sur un « Les mots de la perte » fougueux n’est pas non plus sans lien avec un procédé utilisé sur un certain Anthems to the welkin at dusk de qui vous savez. Difficile de vivre dans l’ombre des pointures scandinaves qui ont bien circonscrit le style. Impossible même, il faut donc tracer sa propre voie pour éviter que l’écoute appelle à la comparaison. Les Français y parviennent-ils ? Je vais faire une réponse de Normand et dire qu’ils y parviendront pleinement sur le prochain album.
Orakle n’aura certes pas réussi l’exceptionnel tour de force de pénétrer mon esprit au point qu’il reste tout au long de la journée des bribes de sa musique trottant dans ma tête mais je dois bien admettre avoir été agréablement surpris, voire impressionné par sa maîtrise et son sens de la composition qui ne tombe ni dans la facilité ni dans le pompeux. Du sophisticated (french) black metal art ?

  1. tourments
  2. les mots de la perte
  3. celui qui erre
  4. dépossédés (le miroir sans tain)
  5. vengeance esthétique
  6. la splendeur de nos pas
  7. l’imminence du terrible

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

darkantisthene a écrit 276 articles sur Eklektik.

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Commentaire

  1. OYC says:

    Ce que j’avais écouté d’eux m’avait fait très bonne impression, une musique travaillée et bien exécutée. Ça me fait aussi fortement penser à Lunaris ou aux français de L’Encre Et La Plume. Je trouve cependant que l’intonation et le phrasé du français dans le chant clair peine à se marier avec la musique par moments mais bon, ce n’est qu’un détail. C’est bien fait et ça mérite largement une oreille!

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