Asva – What You Dont Know Is Frontier

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Style: doom drone ambientAnnee de sortie: 2008Label: Southern Lord

Après un sublime Futurists Against the Ocean, sûrement l’un des meilleurs disques dans l’histoire des musiques lentes et massives, Asva nous revient en 2008 avec What You Don’t Know is Frontier, une phrase extraite d’un poème du frère du leader Stuart Dahlquist, tragiquement décédé dans un accident de la route. En effet, une forcenée a lancé sa voiture à vive allure sur la voiture de son frère avec l’intention de se suicider. Ironie du sort, celle qui voulait mourir n’a été que blessée alors que Michael et ses deux passagers sont décédés. Avec une telle référence et dans un tel contexte, ce nouvel album ne transpire pas la joie de vivre, on s’en doute.

La tension parcourt ces quatre longs titres de bout en bout. Les effluves psychédéliques, toujours présentes, n’y changent rien, au contraire. Elles invoquent une tension interstellaire, venue d’ailleurs, de loin. Ici, les orgues dégoulinants de « Futurists against… » dominent fièrement. Ils prennent davantage de place, ce, pour notre plus grand plaisir. Le premier titre, presque arythmique, plombe l’ambiance d’entrée de jeu: ca gronde, ça se disloque. Le deuxième titre, lui, est mené par une basse ronflante, jusqu’à son explosion et des sons électroniques viennent nous chatouiller. La troisième chanson, « A Game In Hell, Hard Work In Heaven », est sûrement ma préférée car la plus contrastée. Le début est doux. Les accords plaqués apaisent tandis qu’une exotique et magnifique voix féminine vient nous entourer. Mais tout bascule dans la dernière ligne droite lorsque que la batterie s’éveille soudainement en martelant un rythme quasi-black metal lent sur lequel se greffent la mélodie hypnotique d’une guitare réverbérée et des choeurs sous-mixés qui nous aspirent. La tension est alors à son comble. Mais ce divin bout de cauchemar s’évapore aussi vite qu’il est arrivé. L’auditeur ne comprend pas ce qu’il vient de vivre. Il reste hébété. Magie. La dernière piste, « A Trap for Judges », nous la fait à l’envers. Sur les brisées de la précédente, elle prolonge la tension avec une masse sonore gonflée par un écho tellurique et menaçant. Puis dans la deuxième moitié, tout retombe avec grâce, en insufflant un sentiment de plénitude incompréhensible.

Asva signe une fois de plus un chef d’oeuvre. Un monstre de maîtrise, de doigté et de retenue. Un univers unique et incomparable taillé dans un son magistral, à la fois ample – presque sans fin – et près du corps. Il ne manque rien et il n’y a rien de superflu. Vous êtes seul(e), perdu(e) dans un désert aride. Au dessus de vous, dans ce ciel torturé par une aurore boréale (ou australe), quelqu’un ou quelque chose tente de communiquer avec vous. Sans un mot, tout est dit, tout est montré de façon crue, honnête et inimaginable. La vérité de ce monde vous écrase mais ça y est… Vous y êtes. Vous êtes à la frontière. A bientôt, à jamais.

  1. what you don’t know is frontier
  2. christopher columbus
  3. game in hell, hard work in heaven
  4. trap for judges
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7 Commentaires

  1. Faya says:

    Un album très marquant de l’année. Un de ces groupes qui réinvente la musique lente… Fabuleux. Mais le cafard est là à chaque écoute, dur dur de le passer régulierement..

  2. ellestin says:

    pur albüm… j’adore la facon dont le groupe est capable d’arrêter son mouvement avec ces vapeurs d’orgue en inertie pendant des minutes entières au-dessus de la matière drone qui continue de travailler aux tripes en catimini, le tout avant que le séisme suivant ouvre la musique comme un gouffre où on croit voir briller des millions de lumières hors d’atteinte. Du drone beau ET intelligent, qui l’eût cru ?

  3. herweghnico says:

    un album on ne peut plus magistral, un leçon de doom. Asva réussit ou pas mal de groupe se cassent les dents comme les meneurs que sont Earth à mon goût en ce qui concerne leur dernier album. Le chef d’oeuvre est bien là en tout cas avec Asva !

  4. Rémi says:

    hier je ne connaissais pas, j’écoute aujourd’hui avec attention: merci merci merci Fewz, c’est magnifique! Enorme! Grande découverte pour moi.

  5. fewz says:

    Tout le plaisir est pour moi Rémi. Tant mieux si tu as pu découvrir un bon groupe grâce à nous! ça fait vraiment plaisir! Et sans verser dans le sentimentalisme/misérabilisme, je dirais que c’est l’une des rares récompenses de notre activité webzinesque.

  6. Nico says:

    Masturbation mentale=chef d’oeuvre ?
    Très peu pour moi ce genre de disque.

  7. fewz says:

    non! Masturbation mentale ne signifie pas chef d’oeuvre! t’as vu ça où? attaque ridicule. Asva, comme toute musique drone, c’est une musique d’imprégnation. De jus. de mijotage. Il faut baigner dedans.

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