Wu-tang Clan – Enter the Wu-Tang (36 Chambers)

1 Commentaire      1 374
Style: rapAnnee de sortie: 1993Label: Sony BMG

On pourrait discuter de la place d’un album de rap sur un webzine rock mais la vérité est que ce disque aurait sa place sur n’importe quel webzine traitant de musiques contemporaines.

Depuis la sortie du single « Bring da ruckus », l’emprise du Wu-Tang Clan sur la culture rap et l’industrie du disque n’a cessé de grandir. Aujourd’hui, le producteur et rappeur RZA, responsable de toutes les compositions sur lesquels posent les neufs membres du Wu-Tang, se retrouve au côté de Quentin Tarantino pour la bande originale du film Kill Bill ou dans les articles de presse du New York Times quand il offrit son soutien financier à la candidate Hillary Clinton jusqu’à ce que le chèque qu’il avait donné au fond de campagne de la sénateur ne lui soit rendu car celle- ci ne pouvait accepter un don provenant d’une source associée au crime organisé.

RZA, Method Man, Ol’ Dirty Bastard, GZA, Raekwon, Inspectah Deck, Ghostface Killah, Masta Killa et U-God sont pratiquement tous maintenant connus pour leur disques solos ou leurs apparitions dans des films et des séries télévisés. Des neufs, Method Man est peut-être celui dont la présence médiatique sur grand et petit écran est la plus importante. Une présence qu’il annonce déjà comme imposante sur la chanson solo qui lui est consacré à la neuvième plage.

Ce titre sera d’ailleurs un des singles bénéficiant d’une vidéo mais, ce sera loin d’être le seul puisque sur 12 titres (sans compté la chanson bonus), sept sont devenus des singles reconnaissables instantanément pour quiconque aura prêté l’oreille à une radio ou une chaine musicale entre 1993 et aujourd’hui. « Bring da ruckus », « Shame on a nigga » (ensuite reprise avec des membres du groupe par System of a Down sur la compilation Loud rocks), « Can it be all so simple », « C.R.E.A.M. », « Method man », « Protect ya neck ».

L’influence du Wu-Tang est autant musicale que culturelle. On reconnait leur influence de la France (le groupe IAM et son Ecole du micro d’argent s’en sont inspirés plus que de rigueur) jusqu’au Japon (voir le collectif Nitro Microphone Underground) pour le format éclaté que prendra ensuite la discographie du groupe en choisissant de créer des side project ou des disques solo à une fréquence soutenue (six rien qu’entre la sortie de Enter the Wu-Tang et Wu-Tang Forever) édités sur des labels variés, ou en s’introduisant dans la culture populaire par les diverses portes de la télévision, du cinéma et de la mode.

Minimaliste et lourd, Enter the Wu-Tang est aussi un album agressif et pessimiste (« Can it be all so simple » où Raekwon énonce une liste d’amis disparus à cause de la drogue et des rixes entre gangs) entrecoupé d’un interlude un peu inutile sur lequel Method Man décrit chaque membre du groupe. Une marque de l’importance que chaque individu peut prendre dans le groupe, car même si le collectif est unit sous la bannière de l’empereur / producteur RZA c’est aussi pour mieux prendre position de la manière qui lui plait. Chacun avec son style et son flow fait prendre la direction qu’il veut aux chansons. Un disque qui ne souffre d’aucune redite et ne cesse de varier sous des samples envoutants où l’on reconnait à la fois les rues de New York et les montagnes de Shaolin où partirent s’entraîner RZA et Ol’ Dirty Bastard. Le style de ce dernier est d’ailleurs un des plus remarquable par son flow presque improvisé que Method Man décrit bien comme n’étant le produit que de lui même.

Neuf rappeurs, sept singles, un interlude mais, surtout pas une chanson de trop. Enter the Wu-Tang est donc un classique à plus d’un titre. D’une part pour la qualité des chansons que l’on y trouve. Pour l’importance qu’il a dans l’histoire d’un groupe mais aussi d’une culture et enfin d’une industrie. Une combinaison rare pour un disque unique et inévitable.

Dès sa première sortie, le groupe montrait sa maturité et ne pouvait donc par la suite que décevoir. Les projets solos sont par contre tout autres et il y a beaucoup à écouter dans la discographie du Clan. Ce premier disque représente la pierre d’achoppement de toute une dynastie et d’un empire médiatique et culturel parti des rues de New York pour dominer le monde. La légende du Wu-Tang Clan n’a pas encore fini de se construire et d’étonner.

  1. bring da ruckus
  2. shame on a nigga
  3. clan in da front
  4. wu-tang: 7th chamber
  5. can it be all so simple
  6. da mystery of chessboxin’
  7. wu-tang clan ain’t nuthing to f’ wit
  8. c.r.e.a.m.
  9. method man
  10. protect ya neck
  11. tearz
  12. wu-tang: 7th chamber – part ii
  13. method man (remix) skunk mix

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

hororo a écrit 395 articles sur Eklektik.

Up Next

Groupes cités dans la chronique

Vous pourriez aussi apprécier

Commentaire

  1. Faya says:

    Un album essentiel du street/gangsta rap, que des titres excellents tant au niveau de l’ambiance, de la prod que des flows démentiels. Si on aime, il faut écouter le premier solo de GZA « Liquid Swords » qui est le disque le plus proche de 36th CHambers parmis les solos, et qui le surpasse à mon gout.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *