Beherit – Engram

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Style: black metalAnnee de sortie: 2009Label: Spinefarm

On a tous en tête plusieurs exemples qui auraient dû nous vacciner des come-back à tout jamais. Mais on a tous la faiblesse de replonger à la première occasion. Dès que s’avance le museau fripé de la légende, la poitrine se change en fourmilière. L’espoir vole l’apparence de la nostalgie. Dans quel ennui serait-on, d’ailleurs, sans ces petites déraisons.

Concernant Beherit, l’appréhension vis-à-vis de la qualité n’était pas la seule inconnue à l’équation. Il fallait encore que le groupe soit revenu de son orbite electro dézinguée qui, quoique très tolérable, avait largement rompu les attaches avec la nécropole grouillante de Drawing down the Moon. Beherit étaient parmi les premiers prophètes du war metal, plus de dix ans avant que le triangle latino-canado-finlandais ne lui construise un âge d’or sous le pinceau démoniaque de Chris Moyen. Dans quel état pouvait-on espérer les retrouver ? Au mieux dans le bon récital de blasphème antique, au pire dans une triste course-poursuite pour tenter de raccrocher, avec un bagage réactualisé, le wagon des disciples. Erreur et jubilation : Engram n’est rien de cela, et il est surtout bien mieux !

Parfois, sans avoir à mobiliser ses sens, on comprend de suite que quelque chose se passe. C’est le cas avec “Axiom Heroine”, étonnante attaque qui invalide cash les deux hypothèses ci-dessus. Passé un micro-speech d’intro qui annonce la couleur sans dire grand chose de fondamental, c’est l’aspiration immédiate dans une végétation de soufre et d’acier, d’un gris tombal, où une ombre profonde – un synthé d’humeur exsangue – serpente comme une grande bête mythologique tout juste tirée d’un siècle de sommeil. Il y a sur cette obsession un vernis de beauté et de solitude qui glace tout. C’est totalement saisissant dès la première écoute, et pas moins aux suivantes. Des questions affluent, mais les réponses tombent avant même le point d’interrogation. Non, Beherit n’ont pas viré shoegaze. Pour preuve, ils ne tardent pas à apparaître sur les barricades pour leur minute bastonnade à la loyale dûment porcinée, comme il y en aura sans pénurie au long de l’album. A noter que ce premier jet de sueur se conclut par une géniale décélération de tempo revenant se fondre dans l’ambiance escapiste du début. Mais oui, Beherit ont revêtu une identité sonore qu’il ne faut pas avoir peur de qualifier de novatrice. C’est moins crade qu’il y a seize ans, pour sur. Mais ce n’est pas moins agressif, pas moins tendu. On est un peu dans le chamanique. Le brûlant et le glacial dans le même souffle irréel. L’effet d’écho règne en maître, dressant un exemple de magnification auditive de la permanence.

Un track by track sera superflu. Si tous les morceaux ne sont pas d’une fulgurance égale, suffit de préciser que les contre-pieds sont au rendez-vous, et que chaque titre apporte largement sa pierre à un édifice qui risque bien de rester – et peut-être même de marquer, comme un calvaire inamovible, le dégel d’une conscience black un peu délaissée avec le temps au profit de formes plus percutantes ou aux atmosphères plus “directrices.”

Comme si Beherit voulaient survivre en témoins, non plus en icônes, les voilà qui tracent un méridien de gloire partant de Bathory et venant bénir l’autel pestiféré de la “jeune” scène orthodoxe finlandaise des Clandestine Blaze, Horna et autres Behexen, en ayant survolé au passage le concert des nations des first & second wave of true fukking black metal. Engram est une vraie table de loi, s’il en était besoin. On y viendra boire à des nappes intarissables l’essence d’une misanthropie sans âge, formée au même monolithe. Déjà indispensable.

Tracklist :

  1. axiom heroine
  2. destroyer of thousand worlds
  3. all in satan
  4. pagan moon
  5. pimeyden henki
  6. suck my blood
  7. demon advance

Groupes cités dans la chronique

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6 Commentaires

  1. ZSK says:

    le premier titre que j’avais écouté par hasard sur youtube est bien bon. par contre le reste, pouah…

  2. nocturnalpriest says:

    YEAH ! C’est pas peu dire ! Quel retour inespéré ! Excellente chronique, superbe album, rien à ajouter ;-)

  3. Salaï says:

    Trés bonne kronique

  4. natasaki says:

    noting
    ah now fuck evrybody

  5. Ordür says:

    Tout bonnement occulte et glacial à souhait! Un album à l’ ambiance unique, digne des autres galettes enfantées. On se plonge et se perd dans un black métal occulte sans démonstration musical ni fioriture, mais qui laisse l’ âme du mysanthrope dérivée dans la noirceur minimaliste du combo finlandais.

  6. guim says:

    Souscription. Superbe chronique.

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