Ulver – 07 août 2009 – République Tchèque

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Forgive us

Le message clignote sur l’écran géant derrière les instruments et sur celui placé entre les deux scènes du Brutal Assault Festival. Le concert devait commencer vers 23H40 et le groupe a un peu de retard. Un problème de clavier qui ne semble pas répondre, de ce que j’ai compris depuis ma place a proximité de la scène. Le public est de toute façon trop excité de voir enfin ce groupe mythique pour leur en vouloir. Déjà, lorsque Garm était apparu sur scène, beaucoup avait alors applaudi, signe de l’adulation que les fans portent à ce groupe unique. Enfin, dix minutes plus tard, le groupe est prêt et le concert commence avec « Little blue bird » (du EP A quick fix of melancholy). Le groupe s’affranchit alors radicalement du reste de la programmation ce qui est le moins que l’on pouvait attendre d’eux.

Kristoffer G. Rygg commence à chanter, une cigarette à la main, fumant pendant et entre les morceaux. Au total, le bonhomme a du se faire prêt de la moitié d’un paquet en 45 minutes de concert. Le deuxième membre du trio derrière son portable Apple fume aussi mais semble bien trop concentré pour prêter attention au public et stresser plus que de raison. Quand au troisième, au clavier et aux machines, il reste discret et regarde à peine le public. A leurs cotés, Daniel O’Sullivan de Guapo assure à la fois guitare, basse et clavier, Ole Aleksander des Paperboys (un groupe de rap norvégien) est aux platines et Lars Pedersen (aka When) est à la batterie. Mr. Rygg, quand à lui, assure à la fois le chant, les percussions, des effets noises depuis son ordinateur ainsi que le rôle de chef d’orchestre donnant le départ des titres et soufflant le nom des chansons et de timides remerciement. Cependant, à l’image de la musique du groupe, aucun membre n’occupe l’avant de la scène et les musiciens sont donc disposés en arc de cercle.

Derrière eux, des projections travaillées illustrent la musique pour mieux cacher les musiciens concentrés sur leurs instruments. Par exemple, durant « Little blue bird » ce seront des images des athlètes allemands filmés par Leni Riefenstahl durant les jeux olympiques de Berlin en 1936 juxtaposés à des images de l’holocauste. La set list s’enchaîne ensuite de la même manière que leur show précédent en Norvège à Lillehammer (1er show en 15 ans le 30 mai 2009) avec « Rock massif » (de la Bande Originale de Svidd neger) puis « Funebre » (de Shadows of the sun). Premier moment de doute vis-à-vis du son. La reproduction live en plein air de ce titre atmosphérique manque de relief et me laisse dans l’expectative pour la suite. L’interprétation parfaite de « For the love of God » (de Blood inside) qui lui fait suite me rassure donc et restera un des plus grands moments de ce concert. Les projections font alors parfaitement corps avec la musique et les grandes lignes de la chanson sont parfaitement reproduites grâce au Dj et au bassiste dont le jeu gonfle le rythme à merveille, de même que sur « In the red » (du même album) interprété vers la fin du set.

« Porn pieces or the scars of cold kisses » (de Perdition city) sera par contre interprété dans une version quasi dub couverte de basse un peu trop envahissante pour ce titre complexe. Deuxième regret donc. La voix de Kristoffer G. Rygg perce alors difficilement ce qui n’était pas le cas durant les autres titres. L’homme a beau fumer et être entouré d’un nuage de nicotine, il assure pourtant parfaitement ses lignes de chant et interprète chaque inflexion avec force et maitrise avec l’aide d’un peu de delay discret (comme sur disque).

D’une manière générale, l’interprétation live des morceaux donner à Ulver des airs de Massive Attack. Une comparaison d’autant plus apparente sur « Plates 16-17″ (de Themes from William Blake) où Kristoffer G. Rygg récite plus rapidement que sur disque les mots de Blake, leur donnant une sorte de rythmique rap accentué par le travail du Dj qui vient y scratcher quelques instants.

Le concert se conclura ensuite sur « Like music » (de Shadows of the sun) et « Not saved » (de l’EP Teaching in silence). A cet instant, la mélancolie de la musique sera à son paroxysme tant l’intensité de ces deux titres sera retranscrite magistralement. S’affiche alors sur l’écran un oeil bientôt remplacé par le visage statique d’une jeune femme vêtue de blanc. Le regard perdu, elle observe le public. Les minutes s’écoulent et la musique continue sans s’interrompre grâce à l’action conjugué de chacun des membres du sextet. L’écran projette enfin le visage d’un enfant, lui aussi habillé en blanc et positionné de la même façon que la jeune femme d’il y a quelques minutes. Ses yeux s’ouvrent, il regarde autour de lui, le songe s’évapore et le concert prend fin sous les applaudissements du public et avec en retour les remerciements discrets des musiciens.

Au-delà de la qualité de l’interprétation et de la mise en scène, il y a beaucoup à dire sur la place qu’occupe Ulver dans un festival à la programmation à la fois éclectique et très orientée death metal. Bien historiquement ancré dans le black metal, leur musique conserve uniquement la couleur noire et la mélancolie de leurs débuts. Musicalement, ce trio devenu sextet sur scène est beaucoup plus comparable à des artistes issus de la musique électronique. Pourtant, encore une fois, le terme ne saurait convenir à un groupe dont l’interprétation minutieuse et la richesse musicale reproduite par la magie de la technologie aura été des plus organique. Sur scène ou sur disque, Ulver reste insaisissable et mystérieux. Un point d’interrogation dirigé vers le public.

Imparfait mais superbe, l’interprétation d’Ulver aura été à la hauteur de leur réputation et ne cessera surement pas d’être répétée dans les mémoires de ceux qui y auront assisté avec dévotion pendant 45 maigres minutes. Le groupe n’a pas pour autant finit de se produire sur scène et cette série de concerts (le groupe jouera prochainement dans trois festivals Norvégiens, à Londres et à Athinai en Grèce) leur donneront peut-être envie de continuer?

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A PROPOS DE hororo

hororo Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

hororo a écrit 395 articles sur Eklektik.

2 commentaires

  1. Et un petit passage par la France serait le bienvenu.

  2. Cool le report. Va falloir qu’ils planchent pour ajouter des morceaux de Nattens à leur concert et ce sera parfait. :killer:

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    Moonspell – Extinct
    effectivement, ça n'est pas un chef d'oeuvre mais il y avait longtemps que Moonspell n'étaient pas aussi bien inspirés ; et quels soli !
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    Klone – Here Comes the Sun
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    Moonspell – Extinct
    Plutôt agréablement surpris par ce disque d'un groupe que j'avais comme toi un peu lâché depuis la fin des années 90. Pas une grosse claque, mais un bon disque bien foutu. par les temps qui courent, c'est déjà pas si mal
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    Djent, késaco?
    Merci d'avoir mis des mots sur ce que je ressentais en écoutant Meshuggah et de m'avoir fait découvrir ces quelques groupes....! ;)
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    Moonspell – Extinct
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  • Man is not a birdmetacello | 12 avril 2015
    Man Is Not a Bird – Survived the Great Flood
    Plutôt original et frais. Merci pour la découverte ! (surtout que cela n'a pas semblé facile)
  • Man is not a birdMarbaf | 09 avril 2015
    Man Is Not a Bird – Survived the Great Flood
    Merci pour la découverte !