Rome – Nos Chants Perdus

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Style: avant-garde folkLabel: Trisol

Un an seulement après avoir accouché du superbe Flowers From Exile, Jérôme Reuter, seul maître à bord de l’entité Rome, nous revient déjà pour proposer ce Nos Chants Perdus qui avait été précédé il y a quelques mois, d’un premier single sorti sous la forme d’un EP intitulé L’Assassin.

On retrouve ce titre et onze autres, sur le nouvel album définitivement placé sous le signe de l’épure. A commencer par l’artwork de l’album, pour ainsi dire inexistant, un simple écrin noir en velours avec le nom du groupe et le nom de l’album en majuscules. Simple, sobre, et beau. A l’image de ces douze nouvelles compositions en apparence plus dépouillées (et plutôt courtes quand on y regarde de près) mais non moins fignolées. Notre ami luxembourgeois avait déjà bien pris la tangente sur son précédent bijou, par rapport aux figures imposées de la scène martiale, et sur ce point Nos Chants Perdus enfonce le clou, enterrant définitivement (ou non l’avenir le dira) cette dimension qu’on avait pu apprécier (ou non) sur Confessions d’un Voleur d’Ames ou Masse Mensch Material.

Petite curiosité, tous les titres de ces nouvelles chansons, sont en français, mais c’est bien encore et toujours en anglais que Jé(Rome) s’exprime à nouveau de son magnifique chant grave (même si les quelques passages parlés –marques de fabrique romaine- sont bel et bien déclamés dans la langue de Molière cf « Les Exigences de la Foi »).

Disons-le tout de suite, la première écoute peut s’avérer un brin décevante, pour qui garde encore en mémoire les dressages de poils vécus à l’écoute des moments de bravoure de Flowers From Exile, citons « To Die Among Strangers » ou « Secret Sons of Europe », titres qui comptent parmi les plus beaux sortis durant l’année 2009, tous albums confondus.
Elle l’est d’autant plus, décevante, que le côté épuré transpire d’abord grandement, donnant l’illusion d’un dépouillement qui peut s’apparenter (à tort) à une certaine pauvreté musicale. Je pense par exemple à « Le Châtiment du Traitre » et sa timide guitare acoustique qui paraît bien frêle, si l’on s’arrêtait à cette première impression… ce qu’il ne faut pas faire, car l’écoute au casque rend bien davantage justice à cette nouvelle œuvre et à sa beauté sans fards.
On redécouvre « L’Assassin » et sa beauté sans artifice, titre qui avait pu paraître fade découvert il y a quelques mois, sorti du contexte global de l’album, et qui s’avère finalement délicat, sensible, et beau, tout simplement.

L’épure et la sobriété sont de mise on l’a dit, mais cela n’empêche pas certains titres de marquer rapidement par leur puissant pouvoir mélodique, c’est ainsi le cas de « Le Vertige du Vide », ou du superbe « Les Iles Noires » (certainement le titre évoquant le plus les précédentes œuvres de Rome). Avant cela on aura goûté à l’étonnant « La Commune » qui rompt un peu avec la tonalité générale plutôt mélancolique, un peu comme pouvait le faire « Die Brandstifter » et ses tonalités de fête foraine martiale (sic) sur Masse Mensch Material. Plus loin ce sera l’apparition d’un accordéon sur « La Rose et la Hache » qui produira son petit effet et montrera au passage que Rome ne se pose pas de limites, tous les chemins finissant par y mener.

Le choix d’un dépouillement global représentait un vrai risque tant il met immédiatement à nu le songwriting, exposant comme jamais d’éventuelles faiblesses aux oreilles intransigeantes des auditeurs éclairés. Le pari devrait être ici unanimement salué comme relevé, les chansons de Rome se suffisant finalement à elles-mêmes portées par le superbe organe de Jérôme (qu’on découvre prenant davantage de risques sur le plan vocal particulièrement sur « Sous la Dague ») qui évoque comme jamais le souvenir de grands chansonniers (Jacques Brel n’est parfois plus très loin).

Superbe une fois encore et tant mieux car Jérôme a annoncé se mettre en mode « pause » pour mieux se ressourcer et réapparaître regonflé de créativité. Nous attendrons, patients mais fébriles, debouts et en mouvement…

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 900 articles sur Eklektik.

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