Stabat Mater – Stabat Mater

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Style: Funeral DoomAnnee de sortie: 2009Label: Northern Heritage

Œuvre liturgique au destin contrarié, le Stabat Mater a cette vertu narrative astreignante de rendre beau le déchirement, un exercice et une épreuve suppliciée pour le renouvellement de la foi. Cette dimension dramatique fardée du pathos pesant et religieux du Chemin de Croix vu par Marie a été un révélateur et un sujet pour lequel plus d’un artiste, quelle que soit l’époque depuis le moyen-âge, a travaillé. Berceau des mythes européens, réseau à l’architecture puissante depuis des siècles, c’est l’Italie à travers Pergolèse au XVIIIème siècle qui donnera au texte une dimension qui inspirera bien d’illustres compositeurs après sa mort : Mozart, Bach, Vivaldi jusqu’à, plus proche de nous chronologiquement, Jenkins de Soft Machine. Autant d’aventures différentes, d’interprétations, de discours toujours contrastés autour d’un thème. Une chaîne de duplication ou de production qui unit les peuples dans leur Histoire, leur culture, leurs sentiments et fatalement leur conscience.

Pour ce qui nous réunit ici, il est question d’une interprétation qui prête plus à la digression, si on poussait le bouchon de liège plus loin, on pourrait même parler d’homonymie circonstancielle tant le signifiant vise une direction qui contraste avec le sujet originel, puisqu’il ne s’agit pas là d’une réinterprétation du texte mais plus d’un travail autour de son émanation.

 

Place à la musique profane, celle là même qui se choisit son destin, celle par exemple du patibulaire finlandais Mikko Aspa en l’occurrence, le patron du label Northern Heritage que beaucoup connaissent à travers ses nombreux autres projets : Clandestine Blaze, Fleshpress, Deathspell Omega en tête. Chercheur d’or noir patenté, fouilleur de puisards assermenté, le finlandais use du matériau Stabat Mater comme d’une excuse esthétique, d’un alibi coupable, pour provoquer à travers un dispositif bien rodé l’émotion complice recherchée. Le Stabat Mater devient un calice, un décor planté pour y importer un discours alternatif, le mécanisme s’articulant autour d’un procédé qui utilise le doom funéraire comme d’une rampe de lancement solide. Les riffs lents développent naturellement la lourdeur des trois, véritables, titres que l’on retrouvera sur l’album. Leur cheminement aux longueurs maquillées de textures âpres et granuleuses renvoient à cette idée éprouvante d’une Via Dolorosa métaphorique, le fétichiste Aspa prolonge l’imagerie à travers un certain sens du dénuement : le service allant à l’essentiel, et n’omet pas de tirailler ses mélodies d’arpèges déchirés par la saturation comme pour augmenter la puissance dramatique de sa mise en scène minimaliste. Un travail noir et opaque dans lequel vient s’inviter au détour d’un coup de caisse clair un sample lumineux de la composition réorchestrée de Pergolèse sur le titre éponyme du disque, certainement le meilleur de l’album.

Projet ayant nourri une multitude de participations à des splits divers et variés, c’est avec Stabat Mater en 2009 que Mikko Aspa signe son premier album sous cette entité. Un album naturellement chargé en énergie sombre comme à chaque brûlot du finlandais. Le disque développe un doom funéraire de bonne facture, alourdi par le pathos d’un thème sacré, il génère une image spectrale plus nuancée qu’il n’y paraît. Les amateurs de dilution et de rigueur arithmétique binaire seront ravis. Pinçant.

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