The Soft Moon – S/T

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Style: Coldwave / Post-punk / ElectroniqueAnnee de sortie: 2010Label: Captured Tracks

Deux heures moins le quart à compter les secondes sous des réverbères qui défilent à plus de 180 à l’heure. Trente sept minutes d’un bout de nuit intense parmi lesquelles trois ou quatre halos lumineux croisés en chemin prennent forme en une respiration salvatrice avant la prochaine apnée. Onze morceaux de vie dont le pouls s’affaiblit au fil du temps. Une alchimie de sonorités nocturnes, obsédantes parfois apaisantes dont les atmosphères possèdent le corps et perdent l’esprit dans un abysse de solitude irréversible. Le pavé est jeté. The Soft Moon n’a pas donné de nom à son premier album et a joué la carte de l’imprévisible et de la sobriété visuellement parlant. L’intérêt du visuel est musical dans le cas présent et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il en jette.

First Night

« Breathe the Fire » lance la course sur sa rythmique chaloupée et sa ligne de basse autoritaire rappelant l’approche d’un Cure ou d’un Joy Division. Les chuchotements se font échos et les différents effets employés cohabitent à merveille avec l’ensemble des guitares. Premier tour de chauffe et première alerte pour les sens. « Le premier tunnel est en approche, fixe ta ligne d’horizon car la lumière est rare par ici… ». La traversée « Circles » est insidieuse à souhait, les tons deviennent plus rudes et la mise en place des ambiances est millimétrée. Les percussions sont froides, les claviers revêtissent des formes d’insectes et les vocaux rient d’eux mêmes le tout avec une folie montant crescendo. La concentration devient difficile, les gouttes ruissèlent le long du dos, la chaussée est déformée, l’œil fixe le rétroviseur. « Out of Time » déboule et reprend là où « Breathe the Fire » s’est arrêté. Le ciel laisse de nouveau entrevoir ses étoiles, la voie est plus lumineuse. Les nappes synthétiques s’envolent et retombent tels des artifices après un feu. Le morceau est entraînant et intensifie un propos moderne et 80’s à la fois. C’est en quelque sorte le titre idéal que Nicolas Winding Refn ne renierait pas pour ses tours de force stylisés. L’aube se lève avec « When It’s Over » qui marque la fin du premier tiers de l’opus. Pris entre un mid-tempo léger, une voix éthérée et des atmosphères électriques sur la dernière minute du morceau, le ciel se fait lagune tout doucement. Repos oblige. La transition s’amorce avec « Dead Love » qui se manifeste en une vaste ronde de cigales témoignant des teintes chaleureuses et intemporelles que prend la musique de The Soft Moon durant quatre minutes. « Parallels » achève le cycle journalier en mutant singulièrement vers des contours plus sombres. L’orange cède la place au pourpre.

Second Night

Posé sur le bord du talus, un dernier regard sur le spectacle environnant: « We Are We » est ce cœur qui bat à l’appel de la nuit, ce gymnophione qui rampe de nouveau lorsque la lumière n’est plus. Il prend vie par ce rituel de saturations et de voix « blanches » intoxiquées de réverbération. Hypnotisant. La route reprend sur un tumultueux « Sewer Sickness » dont l’adrénaline tournoyante est une injection directe qui stimule la pulsion. La linéarité des notes frappe le crâne, le semblant d’humain dans cette symphonie se dissout à grande vitesse, les instincts bestiaux refont surface. Mains grippées sur le volant, pupilles dilatées, le vrombissement se fait intense. Plein phares sur « Into the Depths »: l’asphalte s’enfonce dans un épais brouillard et s’enracine dans une noirceur totale. L’attraction devient de plus en plus pressante, les vents tourbillonnent, les apparitions deviennent réelles: le temps s’arrête. La descente devient alors vertigineuse dès 2’23 », le souffle est contenu et le corps d’acier est sans résistance dans cette véritable libération sonore. Le must en matière de sensations fortes. « Primal Eyes » se charge de l’accompagnement post-traumatique en remettant l’enveloppe de chair en marche de par sa rythmique binaire et rituelle appuyée par une atmosphère brumeuse faite de chœurs lo-fi. L’ultime course devient alors celle de la survie: le piège « Tiny Spiders » se referme peu à peu sur un semblant de vie pris au piège dans un décor aux multiples facettes. La fuite est instantanée mais les pas sont retenus par un sol grouillant et épais; les percussions détonnent et s’abattent sans relâche sur une proie devenue facile; les nappes synthétiques se font plaintives et le râle devient prédateur. Le volume monte d’un cran pour une dernière minute pleine d’intensité à la teneur dramatique. La respiration est un combat, les convulsions sont l’éternité. Le relâchement est délivrance, le sourire reste figé. Une seule histoire s’arrête.

Tracklist:

1- Breathe The Fire (3:14)
2- Circles (4:02)
3- Out Of Time (3:52)
4- When It’s Over (4:26)
5- Dead Love (4:04)
6- Parallels (3:09)
7- We Are We (2:30)
8- Sewer Sickness (2:33)
9- Into The Depths (3:27)
10- Primal Eyes (2:41)
11- Tiny Spiders (3:50)

http://capturedtracks.com

 

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Commentaire

  1. Un chef d’oeuvre dont je ne me lasse pas malgré une quantité d’écoutes ahurissante. L’alchimie entre les boîtes à rythme typées eighties, les lignes de basse coldwave et des sonorités plus « electro » aboutit sur un orgasme auditif de première classe. Tout en simplicité et en efficacité, le côté linéaire des compos projette l’auditeur dans une transe dont il est difficile de s’extirper, un moment hors du temps, une magie qui opère à tous les coups. Je ne connais personne qui n’a pas succombé au charme de cet opus, quel que soit l’horizon musical des individus concernés. Merci de lui avoir rendu un si bel hommage !

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