Wo Fat – Noche del Chupacabra

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Wo fat, c’est le genre de montée qui prend son temps, genre convoi paresseux sur la route des festivals qui suit à distance le temps dans son rétroviseur, je ne sais pas si vous suivez ? Jamais il ne donne de rendez-vous, mais il sait choisir son heure. Avec ce Noche Del Chupacabra et sa bouille pleine de graisse comme après un repas sur le pouce derrière la friteuse, on ne se dit pas immédiatement que le groupe a trouvé son rythme de croisière, et pourtant…

Le pas lent et l’épaule arrondie par les kilomètres, le regard vitreux derrière ses lunettes noires, à l’ombre de son chapeau texan pour garder les idées au frais, ce troisième album à force de revenir par vagues cycliques sur la platine s’est fait sa place en s’y invitant le plus souvent comme une évidence, le zénith ponctuel de l’écoute. Wo-Fat respire les 70’s, déjà de nom, trip ponctuel, gentiment marginal, tout droit sorti d’Hawaï Police d’État, vous savez la série du siècle dernier où officiait Steve McGarrett le détective de l’extrême à la mèche parfaite, amateur de rouleaux et de belles pépés ? Wo-fat était le nom de cet agent double chinois, le bad guy du show, de la bonne vieille raclure rouge comme on en fait plus dans les séries actuelles, à la moustache sournoise et au crâne luisant coupable. Déjà un groupe texan qui choisit pour nom celui d’un personnage communiste, tout fictif qu’il soit, c’est plutôt fendard, ensuite on se dit que c’est une façon détournée de digérer l’apéritif maccarthiste de l’histoire des USA qui a eu tendance à rester sur l’estomac certainement.

 

 

La musique de Wo Fat n’est pas, elle non plus, ce qu’il y a de plus léger à s’envoyer en guise de gueuleton, c’est du genre fat justement, sur-saturée en gras essentiels, en basses du bayou, en riffs qui épaississent la sauce à chaque creux de vagues. Ça a la cuisine très 70’s aussi, du genre Sabbath les mains pleines de cambouis, le riff Hendrixien du graillon, la remontée Deep Purple obèse quand ça part dans ses plans jams progeux qui transpirent le saindoux. Avec des rythmiques bien plus libérées que par le passé, les toms grondent derrière les coups de basse et les riffs heavy envoient les charges avec fluidité, ça groove ce qu’il faut pour se rappeler aux bons souvenirs du rock minimaliste southern d’un  ZZ Top par exemple, juste que celui ci aurait fait une cure d’herbe grasse chez Sleep.

Et Noche Del Chupacabra a ce côté imprégné, cette puissance de ragoût de fougères, ce végétalisme qu’il pétrit de la boue de ses motifs enchâssés qu’il répète sans cesse, l’attaque psychotrope en rappel, et le blues dégueulé sur son lit de fuzz et de slide. Une bonne baffe, genre double face d’un Fat Freddy si tu veux mon avis ; première face tu te fais « Bayou Juju » pour te mettre dans le bain, deuxième face « Noche del Chupacabra » et finalement, le bain, tu y restes. Tu y prends même goût.

Gros album, long à monter mais une fois que c’est là tu fais avec. A ce jeu il vaut mieux laisser faire le fleuve, si tu quittes le courant ce serait dommage, attends au moins d’avoir atteint l’autre rive. Putain de bayou.

 

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