Wo Fat – Noche del Chupacabra

296268

Wo fat, c’est le genre de montée qui prend son temps, genre convoi paresseux sur la route des festivals qui suit à distance le temps dans son rétroviseur, je ne sais pas si vous suivez ? Jamais il ne donne de rendez-vous, mais il sait choisir son heure. Avec ce Noche Del Chupacabra et sa bouille pleine de graisse comme après un repas sur le pouce derrière la friteuse, on ne se dit pas immédiatement que le groupe a trouvé son rythme de croisière, et pourtant…

Le pas lent et l’épaule arrondie par les kilomètres, le regard vitreux derrière ses lunettes noires, à l’ombre de son chapeau texan pour garder les idées au frais, ce troisième album à force de revenir par vagues cycliques sur la platine s’est fait sa place en s’y invitant le plus souvent comme une évidence, le zénith ponctuel de l’écoute. Wo-Fat respire les 70′s, déjà de nom, trip ponctuel, gentiment marginal, tout droit sorti d’Hawaï Police d’État, vous savez la série du siècle dernier où officiait Steve McGarrett le détective de l’extrême à la mèche parfaite, amateur de rouleaux et de belles pépés ? Wo-fat était le nom de cet agent double chinois, le bad guy du show, de la bonne vieille raclure rouge comme on en fait plus dans les séries actuelles, à la moustache sournoise et au crâne luisant coupable. Déjà un groupe texan qui choisit pour nom celui d’un personnage communiste, tout fictif qu’il soit, c’est plutôt fendard, ensuite on se dit que c’est une façon détournée de digérer l’apéritif maccarthiste de l’histoire des USA qui a eu tendance à rester sur l’estomac certainement.

 

 

La musique de Wo Fat n’est pas, elle non plus, ce qu’il y a de plus léger à s’envoyer en guise de gueuleton, c’est du genre fat justement, sur-saturée en gras essentiels, en basses du bayou, en riffs qui épaississent la sauce à chaque creux de vagues. Ça a la cuisine très 70′s aussi, du genre Sabbath les mains pleines de cambouis, le riff Hendrixien du graillon, la remontée Deep Purple obèse quand ça part dans ses plans jams progeux qui transpirent le saindoux. Avec des rythmiques bien plus libérées que par le passé, les toms grondent derrière les coups de basse et les riffs heavy envoient les charges avec fluidité, ça groove ce qu’il faut pour se rappeler aux bons souvenirs du rock minimaliste southern d’un  ZZ Top par exemple, juste que celui ci aurait fait une cure d’herbe grasse chez Sleep.

Et Noche Del Chupacabra a ce côté imprégné, cette puissance de ragoût de fougères, ce végétalisme qu’il pétrit de la boue de ses motifs enchâssés qu’il répète sans cesse, l’attaque psychotrope en rappel, et le blues dégueulé sur son lit de fuzz et de slide. Une bonne baffe, genre double face d’un Fat Freddy si tu veux mon avis ; première face tu te fais « Bayou Juju » pour te mettre dans le bain, deuxième face « Noche del Chupacabra » et finalement, le bain, tu y restes. Tu y prends même goût.

Gros album, long à monter mais une fois que c’est là tu fais avec. A ce jeu il vaut mieux laisser faire le fleuve, si tu quittes le courant ce serait dommage, attends au moins d’avoir atteint l’autre rive. Putain de bayou.

 

TAGS :
GROUPES:
STYLE: ,

Pas de commentaires

Soyez le premier à commenter cet article !

Laisser un commentaire




XHTML: Vous pouvez utiliser les balises suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

  • slipknot-the-gray-chapter-newDrugzath | 21 octobre 2014
    Slipknot – .5: the Gray Chapter
    Enfin une tres bonne chronique sur cet album ,pas comme chez nos compères de VS Webzine ;--) .Je te rejoints en tout point sur ce que tu a mentionné .Pour ma part un bon album qui se lasse pas au fil des écoutes .
  • slipknot-the-gray-chapter-newkrakoukass | 20 octobre 2014
    Slipknot – .5: the Gray Chapter
    Merci pour ton commentaire. ;) Loin de moi l'idée de proclamer que quiconque n'aime pas cet album est un abruti obtus (les personnes visées sont plutôt les couillons qui n'ont jamais aimé Slipknot -pour des raisons souvent basées sur des préjugés ou une haine du so called Nu Metal- et ont toujours craché sur le groupe, ...
  • slipknot-the-gray-chapter-newMths | 20 octobre 2014
    Slipknot – .5: the Gray Chapter
    Merci de bien faire comprendre que quiconque n'aime pas cet album est un "rageux bas du front", ça fait toujours plaisir. Et si ce n'est pas le message que tu voulais faire passer, je t'invite cordialement à retravailler le début de ta chronique... Je trouve que, dans les titres qui ont été balancés sur le Web, il y a q...
  • fartbarf-dirtypowerRémi | 19 octobre 2014
    Fartbarf – Dirty Power
    masques, vocoder et Lap dance? merci au revoir.
  • occultation - silence in the ancestral houseIkea | 15 octobre 2014
    Occultation – Silence in the Ancestral House
    Sans aller jusqu'au coup de cœur, un très bon album. Tout à fait d'accord sur l'ambiance, très réussie, renvoyant aux films d'Argento, Fulci et consorts. Quant au côté Ghost... Il est présent mais Occultation est tellement plus raffiné, insidieux, que j'ai tendance à le mettre à-part. Clairement, un groupe qui montre ...
  • krieg-transientdarkantisthene | 13 octobre 2014
    Krieg – Transient
    très belle sortie, je suis moins fan de la "2ème" partie de l'album mais ça reste très intéressant dans le style.
  • White Lung - Deep FantasyRIRIMARTIGUES | 09 octobre 2014
    White Lung – Deep Fantasy
    Je découvre et suis déjà sous l'emprise. Ca t'attrape et tu ne lâches plus...
  • vampiresquid-nautilusworldshaq | 07 octobre 2014
    Vampire Squid – Nautilus World
    Merci pour la découverte, très bon album de Death technique-mais-pas-trop, bien produit, et en name your price sur bandcamp : aucune excuse de ne pas lâcher quelques ronds pour une galettes vraiment bien fichue.