Ketha – 2nd Sight

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Style: Metal Progressif Annee de sortie: 2012Label: Instant Classic

Si vous avez suivi l’actualité d’Eklektik vous avez sûrement du lire le dossier de Jonben sur le djent, genre musical que le bonhomme apprécie et qui fait des vagues en ce moment à la surface de l’océan primordial métal. Non pas que l’actualité du moment ressemble à une mer d’huile dont les formes aussi plates que Jane Birkin nous font rêver d’ondulations et de courbes plus magnanimes par vagues stellaires. Juste qu’il faut savoir prendre les alizés, mais pas sur n’importe quel navire.

Ketha nous invite à bord de son spaceship à coups de riffs géostatiques qu’il déglutit comme des motifs à épingler entre les lignes de son cyberespace. Toujours dans ses sautes d’humeurs et de croches, le groupe tente ses contre pieds sous l’effet d’une basse ronflante qui claque les rythmes derrière ses lignes chaloupées et déploie les paysages fantastiques avec une rudesse pour le moins intéressante et cela dès les premières écoutes. Les boucles étranges du programme cybernétique sont souvent segmentées par de véritables attaques de double qui rendent hommage aux parois métalliques qui ont dressé les codes du genre depuis Meshuggah. Alors on laisse faire le tapis roulant, on connaît le chemin.

Il n’y a pas de notion arbitraire dans l’approche du disque, juste que celui ci est parfois le théâtre d’expériences ponctuelles quand l’électronique s’invite dans le processus de composition et qu’il modifie les contours de la ligne des schémas de ses duplications pour appliquer de temps à autre une touche atmosphérique ou digitale à un morceau. Tout cela est très fugace car bien pétri à même la pâte de cette résine organique qui fait la matière du disque. Une uniformité qui permet d’apprécier le son de 2nd Sight d’une manière claire et unilatérale. Le groupe ne dissimule pas les lignes électroniques dans des enchevêtrements de couches ou de strates successives ou chaotiques mais les intègre dans des plages entre indus et ambient minimal où seul le cri d’une guitare au son organique, un coup d’accordéon peuvent percer. Ou encore, les utilise comme des rampes de lancement de certains morceaux comme des lianes analogiques qui servent de point d’ inflexion entre les compartiments des titres. Plus qu’un travail sur la sonorité propre d’un morceau le véritable défi technique est de faire cohabiter cette volonté où l’exécution individuelle sert le sens de l’album.

Celui ci est tiraillé entre son tempérament tribal presque jazzy, sa chaîne de rythmiques organiques qui jouent avec les limites du genre comme ce « Take 1″ au groove minimaliste digne d’un sample qu’on aurait pu servir chez Ninja Tune et cette force toujours barbouillée par les jeux de leviers harmoniques qui alternent les angles d’attaque. Toujours en orbite, le disque accentue sa lourdeur avec ses riffs et leurs rotations pesantes, à chaque nouveau bloc on se fade un peu de cette impression granitique qui parcourt la rondelle, une idée du gras certainement. Un sens de la progression uniforme, qui en plus d’affirmer la personnalité du disque lui donne un potentiel tout symptomatique. Ils auraient pu jouer l’album au morceau unique que ce serait passé de la même façon.

Tout ça est servi avec une simplicité qui est plaisante à l’oreille, et jamais le disque ne sombre dans le gentillet ou le trop émotif, chose qui a tendance à parasiter l’appréciation que j’ai d’un album quand il joue le monologue lacrymal à chaque titre. La voix de Janas reste impassible tout du long et les morceaux ont aussi assez de mordant et d’acidité pour parfois laisser le chanteur s’adonner à quelques chuchotements bien sentis comme sur les puissants et sciences fictifs « Blob » et « Cortex ». Une variété de chant qui existe donc, qui suit le mouvement de l’album et se pare de tournures presque industrielles lorsqu’il nous raconte sa biométrie comme la face cachée de sa machinerie ou inversement quand la planète obscure libère dans son atmosphère l’oxygène d’un solo de gratte qui a tout du respirable, elle transfigure tout le naturel qui peut émaner des couches chimiques qui compose son air, on se dirait presque qu’elle est finalement habitable. Une aventure pour le moins complète.

Digital, marbré et plutôt racé. Ketha plie l’univers pour se rapprocher de vous, disque atmosphérique, progressif, puissant et bien interprété 2nd Sight fait honneur à la simplicité avec laquelle ses tournures torsadées se développent. Un disque plutôt inspiré qui ne mise pas uniquement sur la complexité de ses agencements pour développer son ambiance, un disque qui singe beaucoup mais avec une certaine réussite. Les polonais nous ont sorti là un truc qui a de la gueule.

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Commentaire

  1. drommk says:

    je me dois de signaler mon total désaccord avec certains points de cette chronique. A mon sens, Ketha ne déroule pas une formule préétablie et ne s’apparente pas vraiment à cette scène djent/meshuggesque à laquelle tu fais allusion. Même si l’on trouve de nombreux points communs entre ces démarches, Ketha se fond complètement dans la scène math-metal polonaise, froide, mécanique, mais d’une sobriété (que tu as as juste titre soulignée) qui la distingue très clairement de sa cousine occidentale.

    Si l’on parle de connexions/influences, il me semble moins approprié de citer Meshuggah que Neuma ou Kobong (http://www.youtube.com/watch?list=PL1840B15448788F3A&feature=player_detailpage&v=TD3N1OZc1Cs)

    Cette scène polonaise est une merveille.

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