Muknal – Muknal

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Seigneur des profondeurs Muknal l’est. Le trio américain a envoyé sur le marché le genre de petit EP qui peut mettre d’accord les chercheurs de pépites, surtout ceux qui ont voué leurs recherches aux minerais que l’on ne trouve que dans ces galeries inaccessibles et dont les eaux croupies dissuadent les plus farouches aventuriers. Par opposition aux signifiants lumineux trop volatiles Muknal a réservé sa cataracte auditive à son vocabulaire le plus puant, trois titres qui servent à poser les bases très certainement.

Trois titres qui ont une tenue toute particulière, toute nécrotique, et les cavistes qui invitent au voyage ont tout des belligérants polymorphes à qui on ne raconterait pas d’histoire sur l’humidité de peur de se prendre une bonne beigne au coin du menton et un cours magistral sur les lois de la physique en habitation troglodyte.

Muknal a cette présence qu’il a certainement apprise sur le tas, cette déférence envers la tradition qui le rend tout de suite sympathique. Quand on pose ses oreilles sur le premier EP du groupe on se prend une bonne vieille décharge d’Incantation, vous savez celle qui vous rappelle que le Death n’est pas qu’une affaire de plans et de puissance de feu, mais aussi une affaire d’ambiance, d’odeur de soufre et d’images psychiques poisseuses et dangereuses. Un sentiment qui se prolonge d’autant que celui ci est renforcé par l’addiction du groupe à des effets black métallisant qu’on pourrait trouver chez Xibalba ou Inquisition.

En parlant de Xibalba l’affiliation est d’autant plus probante puisque que le référant concernant l’origine des noms de ces deux groupes est le même : l’appréciation de la relation du peuple Maya à la mort et aux voyages vers l’au delà,  les deux groupes érigent leur ode aux mondes souterrains et à ces couloirs qui sont sensés devenir les câbles reliant les défunts au monde astral . Le genre de voyage qui vous rappellerait peut être celui de La Forteresse Noire, film de Michael Mann sorti au début des années 80. Bien sûr il faudrait pour ça que vous l’ayez vu, si vous avez un peu de goût et de courage ça doit être le cas. Malheureusement ce film du troisième type dont la BO a été signée, entre autre, par Tangerine Dream n’est toujours pas disponible dans sa version Director’s Cut. Qui voudrait dépenser du fric pour une telle série B de toutes façons ? D’autant que le film se déroule en Roumanie et n’a rien à voir avec les Mayas.

Après cette digression névralgique, il convient tout de même de vous dire qu’il y a chez Muknal cette idée de la construction puissante où le signe et le sens se marient pour formuler une vérité de l’intention et de la production qui mettent immédiatement d’accord. Les riffs suintent aux parois du tunnel, dressés qu’ils sont comme une haie d’honneur aux squelettes qui l’habitent. Ils se déchirent souvent en fin de phrase, lardés par un sample de guitares aiguisés en heavy rotation qui vient cutter la progression comme pour briser la fluidité de la charge, un processus régulier qui n’est franchement pas nécessaire et qui de mon point de vue parasite quelque peu les morceaux à la longue.

Derrière le choc granitique et cette appréciation toute physique de la musique de Muknal il y a ces procédés diffus qui créent cette matière plus légère – mais noire – pour donner un sens plus mystique à la musique du groupe. On ne le retrouve pas que dans les delays des grattes, on le retrouve surtout sur ces passages où les tempos prennent de l’embonpoint ou sur certains ajouts de claviers au détour d’une envolée un peu plus atmosphérique, l’intro de « Rotten Genesis » en est l’exemple le plus concret. Et Muknal joue avec les astres comme un chaman dans la nuit des temps.

EP possédé jusqu’à la moelle, les trois titres de la cassette nous invitent à découvrir ce groupe de fort belle manière. Un combo qui aura certainement encore des choses à dire à l’avenir, au vu du ton d’Impious derrière le micro on espère franchement qu’en plus d’être assez bien armés, ils sont plutôt bavards, parce que pour un premier coup l’ambiance est là et en plus ça ne fait pas semblant.

 

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1 commentaire

  1. Excellent groupe. Dommage que ce ne soit disponible qu’en tape!

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  • plebeiangrandstand-lowgazersichimatsu | 17 avril 2014
    Plebeian Grandstand – Lowgazers
    Dès les première secondes, on est dans le bain. Ambiance DsO sans la voix parce que pour ne serais-ce qu'en égaler une comme Mikko Aspa, accroche-toi Jeannot (on pourrai en écrire des pages sur sa voix à celui-ci). Une section de batteries comme je les aimes, de la gratte bien malsaine en veux-tu en voilà, ça speed bien l...
  • plebeiangrandstand-lowgazersRémi | 15 avril 2014
    Plebeian Grandstand – Lowgazers
    Ok. Moi je m'en étais arrêté à la moitié de chronique, tout pareil j'ai été super enthousiaste à l'écoute de Thrvst puis déçu à l'écoute de l'album: quand ça blast pas, la batterie fait des plans bateau. Et les riffs de grattes sont minimalistes au possible. Voilà, je me suis arrêté là. Et je vois ce qu'il me r...
  • Animals-As-Leaders-The-Joy-of-MotionSpirilysis | 12 avril 2014
    Animals As Leaders – The Joy of Motion
    Chronique très juste, à laquelle j'adhère totalement. Je confirme, "the joy of motion" est de loin mon préféré des 3. A mes oreilles (et à ce qu'il y a entre) leur musique affirme lourdement sa personnalité, offrant une énergie mieux canalisée, plus vaste et virevoltante, avec un fil bien plus percutant pour chaque mor...
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    Morbus Chron – Sweven
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  • Bak Trak - Voltage coverBak Trak | 24 mars 2014
    Bak Trak – Voltage
    Merci beaucoup !! Pour écouter l'EP en entier: http://bak-trak.com/musique/
  • helms alee - sleepwalking sailorsMarbaf | 21 mars 2014
    Helms Alee – Sleepwalking Sailors
    C'est bon ça, merci pour la n+1ième découverte :-)
  • kampfarKane | 14 mars 2014
    Kampfar – Djevelmakt
    Oui, j'approuve, cet album de Kampfar est réellement excellent. Je le rapprocherais plus des premiers Enslaved, avec évidemment un meilleur et plus gros son, mais c'est un détail sans importance. Epique, puissant, froid, mélodique juste ce qu'il faut, avec des titres atmosphériques à souhait, d'autres plus rentre dedans, u...
  • kampfarangrom | 12 mars 2014
    Kampfar – Djevelmakt
    Ca donne bien envie d'essayer, ta chronique