Zoom sur les projets de Seb Normal et ses comparses de l’est français

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Style: Punk et trucs de maladeAnnee de sortie: 2012Label: Divers

Le nom de Seb Normal ne vous dit sûrement pas grand chose pour le moment, mais ce furieux activiste strasbourgeois gagne vraiment à être connu tant il se donne du mal  pour malmener nos tympans, grâce à un paquet de projets divers et variés, menés en collaboration avec d’autres perturbateurs des scènes underground metzine et strasbourgeoise.

Et commencer à mettre le nez dans les projets de Seb Normal c’est un peu tirer le fil d’une pelote de laine géante… qui pour le coup n’a rien de très « normale ».

On ne va pas tout passer en revue ici, le bandcamp du Monsieur (http://sebnormal.bandcamp.com/) s’avérera tout simplement la bonne porte d’entrée vers son univers déjanté. Deux projets ont retenu mon attention, singuliers si l’on peut dire… complètement barges plutôt, et (du coup) très intéressants.

Commençons par 1400 Points de Suture, qui vient de sortir en vinyle et digital, un premier album intitulé Baisse les Yeux. Rien que la superbe pochette suffit à intriguer et donner envie d’écouter, même si elle s’avère finalement assez trompeuse sur le contenu de l’album, tant on jurerait avoir affaire à un truc de post-black forestier très en vogue, et qu’il n’en est vraiment rien. Mais alors rien du tout, si vous saviez.

Non parce que Baisse les Yeux c’est d’abord une espèce de chose punk dégueulasse, incarnation du mal en puissance, une sorte de train fantôme cradingue, qui t’embarque dans un voyage malsain, sombre, dans la crasse de la « Rue de la Bite ». Un disque animal presque, qui rappelle un peu dans certaines thématiques abordées Diapsiquir, le projet expérimental de Toxic H. (guitariste de Kickback), mais musicalement 1400PDS est beaucoup plus punk là où le susmentionné garde une filiation avec le métal (et le black en particulier). On pourrait aussi citer Peste Noire comme référence, pour le côté « cru » et les vocaux déjantés, mais sans la dimension politique moisie.

Passant d’un indus bruitiste déglingué, à un punk délicieusement bas du front et lo-fi (« Frag ») ou ponctué d’éjaculations black (« La Peur » mais aussi « Asatoth » ou le final de « Madame ») voire à un doom caverneux (« J’avale »), le tout soutenu par des vocaux, déclamés, sauvages, animaux la plupart du temps, dérangeants, oppressants, des borborygmes de gobelins échappés de l’enfer, le groupe met en avant des thématiques qui sont à l’avenant. Récités ou hurlés en français les textes nous permettent de tout saisir de la folie animale qui semble posséder les 8 auteurs de cette… chose. Que ce soit ces « Crache! » scandés, martelés jusqu’à la nausée sur « Pour de bons gênes bien propres », cet ode à un fils que tous les papas ne manqueront pas d’apprécier comme il se doit (« Cogne ton fils » nous exhorte-t-on ainsi sur le génial et bien nommé « Fiston »), cet éloge de la parade amoureuse (!) sur « Madame », ou la balade traumatisante d’une jeune fille perdue dans la « Rue de la Bite » il y a de quoi s’offusquer ou se marrer selon le degré où l’on décide de placer Baisse les Yeux. Ce qui est impressionne c’est le bloc de folie que l’oeuvre incarne, toujours sur le fil entre le malsain et le grotesque, tout en réussissant à ne jamais sombrer dans le ridicule. Un truc de dingue, qui fascine et donne bizarrement envie d’y revenir malgré tous les efforts déployés avec beaucoup d’énergie pour repousser l’auditeur.

C’est en écoute complète ici pour ceux qui veulent tenter l’expérience :

http://sebnormal.bandcamp.com/album/baisse-les-yeux

L’autre projet phare de Monsieur Normal, qui porte décidément bien mal son pseudonyme, c’est Le Chômage.

A peine plus normal que le projet précédent, celui-ci se place encore sous le signe dominant du punk, voire de la noise, avec d’étonnants accents quasi cold-wave qui s’invitent ponctuellement (perceptibles dès le premier titre « Hemoragie » ou sur « Fanfare »), voire du bruitisme pur et dur (« Dorniek »). Question thématique, finie la descente en enfer et le voyage cauchemardesque, on serait plutôt ici en pleine misère urbaine, sociale, le disque évoquant un gros majeur bien tendu. Quoi de mieux que de choisir le chômage comme incarnation parfaite du mal-être social par excellence ?

Contrairement à l’album de 1400 Points de Suture, les textes sont ici partagés entre l’anglais et le français et la fine équipe qui est derrière ce projet est cette fois composée de 4 énergumènes qui semblent faire partir leurs écrits dans des directions très diverses, qu’on pourrait résumer sous la thématique « rien à cirer » ou « n’importe quoi ».

Encore un bien chouette projet (sans chouette cette fois huhu) disponible pour le moment exclusivement en digital, mais avec une sortie vinyle pour bientôt. Pour chipoter, je dirais que « Legionelle » est assez chiante, et que l’accent anglais de Baron Dimanche laisse parfois à désirer comme sur « Traître » (« it is really, really bad news! »), mais allez savoir si c’est même pas fait exprès!

Ça s’écoute en intégralité ici :

http://sebnormal.bandcamp.com/album/le-ch-mage-2


J’ai contacté Seb Normal par mail pour obtenir quelques infos complémentaires et faire un peu connaissance avec le personnage et ses projets.

 1- Peux-tu décliner ton identité? Quel âge as-tu, d’où viens-tu, que fais-tu dans la vie (à part du terrorisme auditif) ?

Seb Normal : Je m’appelle seb normal, j’ai la trentaine bien tapée. Je fais essentiellement de la musique, avec mes groupes, que j’enregistre aussi, cela dépend des périodes. D’autres fois j’enregistre des groupes dans lesquels je ne joue pas. Je fais un peu de vidéo aussi, enfin… du montage numérique parce que je n’ai pas de matos. J’organise aussi pas mal de concerts depuis une dizaine d’années.

2- Pourquoi ce pseudonyme « Seb Normal » ? Je pense que tu te rends compte qu’il ne te va pas très bien?

Ce pseudo me vient de Crash Normal qui est un groupe dans lequel je jouais avec mon frangin à la fin des années 90 et qui existe toujours.

3- Ta page bandcamp laisse penser que tu es le géniteur d’un grand nombre de projets. Est-ce bien toi qui en est le charismatique leader? Quel est ton rôle dans chacun de ces projets? Qui t’accompagne sur ces projets?

Je ne suis pas forcément géniteur et je ne suis surtout pas leader et encore moins charismatique. Sur cette page ce sont tous les projets auquels je participe en tant que musicien, le plus souvent à la batterie, de temps à autre à la basse ou au clavier. la plupart de ces enregistrements, je les ai réalisés à Strasbourg.
Beaucoup de projet se sont faits avec Cheb Samir qui vit actuellement à Rome et a monté plusieurs groupes excellents là bas. Avec Nic Normal aussi que j’ai rencontré pendant que je jouais avec Crash Normal.

4- Parlons de 1400 Points de Suture et du Chômage si tu veux bien. Peux-tu nous indiquer ce que tu as voulu faire avec ces 2 projets? S’agit-il de choquer les bienpensants ou simplement de se marrer?

Un peu des 2. C’est marrant de choquer non?
1400 points de suture est au départ de la musique d’appartement, avec des bouts de sample de batterie, de boîte a rythmes, guitare, clavier dans des pédales… on a décidé avec un ami de se lancer dans ce qui pourrait se rapprocher du grind, du doom, sludge et compagnie, des trucs que je n’avais jamais fait. Avec des paroles en français. Cyrille est vraiment balaise pour écrire des texte c’est un vrai poête, et en plus ça sort tout seul !
Une fois qu’on a eu une dizaine de morceaux et qu’un cd en est sorti, on a demandé à des potes de mettre en place une partie de ces morceaux pour du live avec de vrais instruments. On a donc monté la version de 1400 points de suture à 7. Et au milieu d’une tournée, on a enregistré à chaudland en normandie.
En ce qui concerne le Chômage, l’idée était juste de jouer d’un instrument qu’on ne connait pas ou qu’on maîtrise peu et de répéter les thèmes. Je trouve que ça sonne plutôt pas mal. on à réussi à faire de la musique maladive. Y’a des morceaux qui me mettent vraiment mal à l’aise comme « Hémoragie ».

5- Manifestement tes projets partagent tous une proximité avec le punk, ou au moins une sorte d’attitude « ranafou’t »…

Je me considère proche du punk dans le sens où avec ces groupes les morceaux sont simples, répétitifs, ça gueule, on a du matériel de merde, on a envie de se fendre la gueule et on se fout de l’attitude à avoir. On a quand même envie que les morceaux aient de la gueule et atteignent les viscères en même temps qu’il sont vicieux et qu’ils dérangent.

6- Est-ce que tu te considères comme faisant partie d’une scène underground de l’est de la France?

Oui, la scène la plus intéressante à mon goût. Héhé.

7- Peux-tu nous parler de cette fameuse scène?

Dans l’est il y a pas mal de groupes trèèèèès intéressants tapant dans toutes sortes de directions. Il y a bien sûr les groupes de la grande triple alliance internationale de l’est comme the Feeling of Love, un autre groupe dans lequel je joue, qui est un peu plus pop que les autres mais toujours avec cet aspect répétitif et hypnotique ; Scorpion Violente, electronique analogique crade et malsaine avec un des membres du chômage et de 1400 PDS; The Dreams, punk tropical froid avec le même membre ; Sida, post punk noise répétitif ; The john merricks, avec qui je joue de temps en temps, très inspiré de Syd Barrett, version lynch, ultra psyché ; Delacave, un autre groupe que j’ai avec mon amie, plus coldwave, plus bancal.
En élargissant au pote de la triple alliance, il y a toute la clique d’Amiens avec Headwar, les Papes de la noise en france pour moi. Sur album c’est  pas mal mais en live c’est EEEEnorme ; il y a aussi La Race, avec 2 membres d’Headwar, plus répétitif et malsain tu meurs; et Judas Doneger, avec un membre de la Race, tout aussi malsain. A Nancy il y a Death To Pigs, qui renoue avec le punk noise 90’s et déploie son caractère hystérique, ce groupe est excellent. De nancy il y a encore Cat Calls, à la gories, super efficace.
Je trouve qu’il y a un esprit commun à toutes ces formations et c’est pas par hasard si on est tous potes. Une forme de nihilisme, pas de jmenfoutisme, qui créé une force de destruction. On fout a mal certaines valeurs et certains comportements, les paroles sont souvent très chargées symboliquement, désenchantées et pessimistes, genre c’est la merde mais c’est pas pour autant qu’on ne fait rien.

8- Connais-tu Diapsiquir le projet du guitariste de Kickback ? Je trouve qu’on trouve quelques points communs avec 1400 PDS dans l’approche et les thématiques abordées. Peut-être aussi un côté Peste Noire (sans la dimension politique). Qu’en penses-tu ?

Non je ne connais pas. Je viens d’écouter. Je trouve que ça ne ressemble pas du tout (ndKrakou : ok d’accord! ;). Peut-être les thématiques comme tu dis mais j’ai à peine entendu 2 morceaux. En tout cas la différence majeure, c’est qu’il viennent a priori du métal et nous du punk. Le son, ça ne trompe pas. Peste noire, ça peut s’en rapprocher dans le mélange des genres, le côté pot pourri qu’on a avec 1400PDS ouais. Mais on est décidément plus punk.

9- Est-ce que « Fiston » est dédicacée à ton fils (si tu en as un)?

Fiston est LE mode d’emploi pour redresser la France.

10- Y a t-il une dimension sociale dans Le Chômage? Pourquoi ce nom de projet?

Le Chômage… parce qu’on ne répète jamais. Une ou deux fois avant de partir en tournée c’est tout. On a des potes qui ont un groupe nommé Sida. On trouvait que ça sonnait bien avec eux. La dimension sociale dans le chômage c’est que les 3/4 des membres du groupe sont au chômage et qu’on joue souvent dans des squats.

11- Quelles sont tes influences revendiquées (que ce soit en musique, films, livres ou autres) ?

J’ai beaucoup écouté de new wave au collège, puis beaucoup de rock’n roll et noise, c’est ce que je faisais au départ avec Crash Normal, du rock’n roll noise, bidouillé sur des ordi. Ça ça m’est resté. J’écoutais beaucoup Sonic Youth jusqu’à fin 90. Puis j’ai découvert les country teasers, In the red records, etc…  en rencontrant Nic normal. Ça restait toujours dans le domaine du rock’n roll crade, teinté de punk et de new wave. Je n’ai jamais écouté de métal, de hard rock, ce genre de truc ça ne me parle pas du tout, alors quand on s’est lancé dans 1400 points de suture au départ c’était juste pour s’inspirer des thématiques et des clichés métal, death etc… et de concocter ça à notre manière avec notre culture musicale.
J’aime énormément Gainsbourg, les Residents, Andre Williams, les Cheater Slicks …
Sinon Cyrille/Poporc et moi on aime vraiment tout ce qui est post apocalyptique, les films d’horreur, d’épouvante, les films de sabres, Will ferrel, les vieux films japonais. On a aussi un projet de chanson française ensemble où on peut réaliser des envies inavouables, que nos autres potes ne voudraient pas faire avec nous.

12- Je te laisse le mot de la fin. Merci!

On est en train de préparer un nouvel album avec 1400 PDS, à nouveau en mode salon. Peut être un 10 » entre de la musique de film et un opéra gore. On cherche un label qui sortirait ça en vynile…

 

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 841 articles sur Eklektik.

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