Depeche Mode – Delta Machine

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Style: ElectroAnnee de sortie: 2013Label: Columbia Records/MuteProducteur: Ben Hillier

Affirmer que ce nouvel album n’était pas attendu serait mentir. Depuis l’annonce d’un nouvel album par le groupe en fin d’année 2012, il y avait une certaine tension qui s’installait progressivement. D’abord parce que c’est Depeche Mode et que le groupe garde encore aujourd’hui une aura toujours très importante. Ensuite, parce que Sounds of the Universe, s’il contenait quelques très bons titres, n’était pas une franche réussite et qu’on se posait franchement la question de savoir s’ils avaient encore du jus. De ce fait, on attendait tout simplement d’être rassurés sur les capacités de Depeche Mode à sortir ne serait-ce qu’un album correct.

« Avec cette sortie, nous avons complètement changé notre façon de créer un album. Quand nous avons réalisé que l’album allait sonner trop normal, on a tout remis à plat et on a donné un son organique, à la Depeche Mode » Dave Gahan, par cette déclaration, aurait il fait une forme d’aveu déguisé que l’inégal Sounds of the universe n’avait pas été assez travaillé ? Quoi qu’il en soit ce 13ème album des anglais s’en éloigne sensiblement, et rassurez vous, premier constat, il est bien plus réussi. Il est même plus que ça encore.

Cependant soyons clairs dès le départ, ceux qui attendent une machine à tubes seront un peu déçus. A proprement parler ce n’est pas un album difficile d’accès, mais il nécessite quelques écoutes pour être apprivoisé à sa juste valeur. Et si j’affirme péremptoirement que ce n’est pas un album à tubes, j’affirme de la même manière que Delta Machine ne propose que des excellents titres. Alors comment apprivoiser la bête ? Delta Machine se révèle être un album absorbeur de lumière, qui ne la renverra qu’à très petites doses. En effet, il s’agit ici d’un disque noir, à l’ambiance lourde et orageuse, qui distille parcimonieusement quelques moments lumineux. Mais cette lumière reste malgré tout noire, diffuse, un peu comme celle que l’on peut distinguer lors d’une éclipse. A ce titre le premier titre « Welcome to my world » illustre bien ce sentiment clair/obscur lorsque la montée sur le refrain vient proprement illuminer le morceau. Certes Depeche Mode nous a habitué à sortir des albums assez sombres, mais celui-ci, à mon sens, fait partie des plus noirs composés par le groupe, rivalisant sans peine sur ce point avec le sombre Songs of Faith and Devotion. C’est donc un disque qui exige de se plonger dedans un peu plus qu’une ou deux fois pour le connaître dans ses moindres détails.

Pour cet album, Depeche Mode a donc décidé de changer d’approche dès qu’il partait dans une direction trop « normale ». Je ne sais pas exactement ce qu’a voulu dire Dave Gahan, mais on peut chercher un début de réponse dans les influences qui ont permis de construire ce disque. On y trouve les influences blues qui ont toujours plus ou moins été présentes depuis Violator ou bien encore des sons plus « vintage », tout en se basant la plupart du temps sur une ligne de basse compacte et massive, le son de la boite à rythme renforçant la lourdeur générale du disque. Le tout donne un son résolument moderne, fusion parfaite des orchestrations froides de Playing the Angel avec la noirceur de Songs of Faith and Devotion, voire Black Celebration pour la cohérence et l’aspect mid-tempo de l’ensemble. S’il fallait citer quelques titres pour illustrer le propos, on pourrait prendre en exemple « Angel » et son rythme lent et menaçant, cassé par une accélération ingénieusement placée en milieu de morceau, le formidable « Alone » tout en tension aérienne, ou bien encore « Soothe my soul » qui va piocher quelques sensibilités du côté de Violator, avec sa réminiscence lointaine mais bien présente de « Personal Jesus ». « Slow » et « Goodbye » sont deux très belles pièces électro/blues, et même le doux « Heaven » trouve finalement parfaitement sa place et fait office de respiration bienvenue après un début d’album torturé.

Pour le reste on sent que le groupe a voulu essayer, expérimenter, se remettre en cause. On retrouve indéniablement la patte Depeche Mode sur l’ensemble du disque, mais on sent une démarche de vouloir proposer autre chose, d’avancer encore malgré 30 ans de carrière bien remplie. Le minimalisme sec et froid de « My little Universe », ainsi que le surprenant « Soft Touch/Raw Nerve » démontrent avec plus ou moins de réussite, selon comment l’on ressent ces chansons, cette volonté de recherche d’un autre son.

Delta Machine est un excellent album, qui rassure sur la volonté et la créativité du groupe. C’est une des oeuvres de Depeche Mode les plus réfléchies, et plus abouties depuis bien longtemps. Delta Machine sera probablement le dernier album qui sera produit par Ben Hillier (« I think this record as well is the end of a trilogy of records that we’re doing with Ben Hillier. He produced the last three records, including this one [and 2005’s « Playing The Angel » and 2009’s « Sounds of the Universe »], and this one, for me, got to where we were trying to go with the first one »). Si futur album il y a, on se demande quel direction sera prise, et avec quel producteur. Et c’est ma foi très positif que l’on puisse se poser la question finalement. Mais ne faisons pas de plans sur la comète, et savourons avec grand plaisir cet album, qui fera date dans leur discographie sans nul doute.

PS : Je suis en possession de la version limitée de l’album avec 4 titres bonus

Vient le moment de se poser la question fatale : Pourquoi ? Pourquoi ne pas les avoir intégrés à l’album ? Ces 4 titres sont tout simplement excellents et n’auraient absolument pas cassé la cohérence de l’album. Inutile de dire que l’achat de cette édition limitée est tout bonnement indispensable. Que ce soit « Long Time Lie », « Happens All the Time », « Always » (titre sur lequel l’ombre de Trent Reznor plane, avec un Martin L.Gore méconnaissable, voix trafiquée), ou le très chouette « All That’s Mine », tous auraient mérité leur place dans la version finale. Volonté symbolique du groupe de ne retenir que 13 titres pour leur 13ème album en 2013 ? Peur de faire un album trop fourni avec 17 titres ? Quoiqu’il en soit, ces titres supplémentaires auraient tout simplement propulsé Delta Machine dans une autre dimension, proche de la perfection.

Track List :

1. Welcome to My World
2. Angel
3. Heaven
4. Secret to the End
5. My Little Universe
6. Slow
7. Broken
8. The Child Inside
9. Soft Touch/Raw Nerve
10. Should Be Higher
11. Alone
12. Soothe My Soul
13. Goodbye

CD bonus de l’édition spéciale :

14. Long Time Lie
15. Happens All the Time
16. Always
17. All That’s Mine

 

Chroniqueur

Kane

Amateur de metal depuis plus de 20 ans, sans style de prédilection particulier (quoique grand amateur de doom, death & black). Mes plaisirs extra-metalliques vont vers l'indus, l'électro, le trip hop, et le rock en général.

Kane a écrit 28 articles sur Eklektik.

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6 Commentaires

  1. Angrom angrom says:

    les 1ères écoutes laissent une belle envie de s’y re-pencher… Extrêmement addictif comme disque

  2. joss says:

    Excellent album. Un disque qu’il faut effectivement prendre le temps d’apprivoiser, pour réaliser que chaque titre a bénéficié d’un soin tout particulier, que ce soit dans le son ou dans les lignes de chants de Dave Gahan, toujours parfaitement maîtrisées. J’en suis à une petite dizaine d’écoutes, et je sens pourtant qu’il reste à ce disque un paquet de choses à dévoiler.

  3. Angrom angrom says:

    Après quelques écoutes je confirme mes bonnes premières impressions. Je me rapproche de l’avis de Joss

  4. Blakkat says:

    Étant (plus ou moins) un fan de la période DM 85-93, je dois dire que ce Delta Machine sent le sapin. Et pas qu’un peu.
    Ceci dit je ne vais pas m’étendre dessus car j’ai déjà écrit un papier à ce sujet. Je saluerai donc plutôt la kro de joss ;-)

  5. Joss says:

    Qui est en fait une chro de Kane :-p

  6. Blakkat says:

    Oups, je me suis trompé de Citoyen ;)

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