Deux bibliothèques et le rock alternatif des 90s

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Style: rock alternatifAnnee de sortie: 2013

Adolescence, années lycée, années grunge, cheveux longs, passage du violon à la guitare, baladeur CD et casque vissé sur les oreilles à écouter Nirvana ou Rage Against the Machine en cachette de crainte d’effrayer mes parents, pèlerinages quotidiens à la Fnac pour écouter les nouveautés, « Fun Radio fait du bruit » le dimanche soir, posters géants de John Lennon et Kurt Cobain sur les murs de ma chambre.
Mix en écoute streaming avec 13 morceaux de cette décennie.

Années bibliothèques également. J’habitais à Tours pendant cette période seconde/terminale. La bibliothèque de cette ville est spéciale, c’est un gros bloc impersonnel, architecture quasi soviétique, mais elle est au bord de la Loire, entourée du fleuve et de végétation, c’est un endroit où il est agréable de se rendre. Le batiment a un côté réellement imposant, il faut traverser l’avenue longeant les berges pour accéder à l’entrée, un escalier monumental. Quand on y pénètre, tout y est massif, d’une pierre blanche lisse. Il y avait de tout dans cette bibliothèque, bouquins, bédés, disques, à disponibilité de chacun pour se forger librement une culture.

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Après le bac, une nouvelle ville, Belfort, une nouvelle bibliothèque, plus modeste mais aussi bien garnie, j’ai même habité dans une colloc’ dans l’immeuble qu’on voit à droite sur la photo, c’est pour dire si j’en étais proche.

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Dans les espaces littérature des bibliothèques, c’était à l’époque surtout le rayon Science-Fiction qui m’intéressait, avec la Fantasy qui s’y mélangeait. Le Cycle de Tschaï de Jack Vance, Fondation d’Isaac Asimov, Le cycle du A de A. E. van Vogt, Dune de Frank Herbert, Les Chroniques de Gor de John Norman, Elric de Michael Moorcock, Hypérion de Dan Simmons, et puis Pierre Bordage, le meilleur auteur français à mon goût (Les Guerriers de Silence, Abzalon, Wong…).

Musicalement, ce sont surtout des potes, la radio, le hasard de rencontres et de situations qui m’ont fait apprécier de nouveaux groupes, mais les discothèques municipales m’ont aussi permis de découvrir de la musique au hasard, en fouillant dans les rayons classés alphabétiquement, ou en repérant les dernières acquisitions, attiré souvent par les pochettes les plus orginales.

Pearl Jam – « Sometimes »

Le morceau le plus subtil de Pearl Jam, il introduit leur album le plus osé. A l’époque, les pochettes d’album bien matérialisées avaient plus d’importance et celle de No Code est comme une pochette surprise, comprenant à l’intérieur un set de polaroïds parmi les dizaines figurant le digipack. Album particulier dans la discographie d’un groupe qui en avait marre de son statut de groupe star, objet dans les mains de labels, son titre No Code traduit la volonté du groupe d’éviter de s’établir dans une formule et ce morceau intimiste aux légères notes de guitares égrainées et à la basse fretless lui procure une introduction iconoclaste à propos.

Jeff Buckley – « So Real »

Le fait qu’il soit mort n’ajoute rien au fait que Grace est une pépite, un de ces albums phares, uniques, malheureusement sans vraie suite, Jeff Buckley devant mourir de noyade avant de voir la sortie d’un second album. En un seul album, il propose un exercice, une démonstration de génie, magnifier le rock alternatif, juste à base de guitare, basse, batterie et voix, créer un rock réellement qualifiable d’artistique.

Muse – « Falling Down »

Alors que Radiohead faisait à raison un tabac avec The Bends puis Ok Computer, Muse relevait le défi avec son 1er album, Showbiz. Un personnage charismatique, une voix marquante, des compositions en mode trio travaillées, empruntes d’une grandiloquence et d’une maîtrise auto-satisfaite impressionnante pour un premier album.

Dinosaur Jr. – « Get Me »

Je ne suis même pas un grand fan de Dinosaur Jr. par ailleurs mais ce morceau je le traîne depuis 20 ans. Je l’avais sur une compilation, j’aimais particulièrement ce morceau, sa nonchalance sous effluves de cannabis. J’ai eu envie de découvrir le reste, je l’ai chopé en bibliothèque où j’empruntais énormément de livres, BD et CD, et à vrai dire n’est jamais été vraiment convaincu par le groupe sur la durée. Cela dit, ce son est peut-être celui qui représente le mieux les années 90 et cette phase de ma vie.

Blur – « Battle »

J’ai toujours préféré Blur à Oasis, à l’époque où la bataille des 2 groupes anglais avait du sens. J’écoute depuis Parklife, j’étais fan de « Boys & Girls », ai suivi sur The Great Escape puis ensuite l’éponyme à l’époque a beaucoup tourné mais c’est 13, sorti en 1999, leur album le plus expérimental, qui contient le morceau que je préfère du groupe, un trip spatial qui démontre le côté à part de Blur, qu’il n’a jamais été possible de restreindre à la case « brit-pop ».

Blind Melon – « Tones of Home »

Méconnus branleurs du grunge, Blind Melon en proposaient une version légère et enjouée, jouée par des musiciens talentueux. Le groupe fut lancé par un gros label qui les vira rapidement vu le manque de succès, l’aventure se termine avec l’overdose du chanteur en 1995 même si les autres membres tentèrent de relancer le groupe quelques années plus tard avec un nouveau chanteur.

Keziah Jones – « Where’s Life? »

A cheval entre blues et funk, axé guitare, souvent acoustique, la musique du nigérien Keziah Jones s’est formée dans les couloirs du métro parisien où il jouait avant de connaitre le succès en 1992 avec son premier album Blufunk Is a Fact. Il est un peu retombé dans l’oubli avec ses albums suivants, il a été pendant un bon moment mon voisin, je l’ai croisé à plusieurs reprises à Paris, échangé quelques mots avec lui.

Elliott Smith – « Tomorrow Tomorrow »

Elliott Smith, encore un songwriter américain cramé à l’alcool et à l’héroine, comme beaucoup pendant cette décennie  Figure marquante de la deuxième moitié des 90s, composant et jouant ses morceaux seul, entre indie, folk et pop intimiste. Ce morceau est tiré de XO (1998), son album que j’ai le plus écouté, et sûrement le plus reconnu.

Eleven Pictures – « E-ride »

Eleven Pictures. Pas sûr que ça dise quoi que ce soit à quiconque. Je n’ai aucun souvenir de la façon dont cet album m’est tombé entre les mains, ce groupe n’ayant jamais été connu en dehors de la Suède malgré 3 albums, celui-ci, Initials est leur second album, sorti en 96. Pourtant je l’ai acheté en CD à un moment, par correspondance à ce que je me rappelle, et il est resté très longtemps mon album de chevet.

Radiohead – « Paranoid Android »

« Paranoid Android » est un monument à part dans la musique de Radiohead, leur « Happiness Is a Warm Gun » (un des morceaux que je préfère des Beatles), leur « Bohemian Rhapsody ». A l’époque The Bends/Ok Computer, j’étais fanatique du groupe à récupérer la moindre face B (et Radiohead en a fait beaucoup) à analyser les paroles et le moindre solo. « Paranoid Android » reste le morceau que je préfère du groupe.

PJ Harvey – « Teclo »

Histoire d’éviter Alanis Morissette ou Natalie Imbruglia, mais en fait je n’ai jamais été trop amateur de voix féminines pop/rock et les éternelles mièvreries musicales qui les accompagnent. PJ Harvey fera affaire et représentera la gente féminine dans cette compilation, To Bring You My Love étant certainement un des meilleurs albums rock des 90s.

Placebo – « Without You I’m Nothing »

Placebo fut un autre choc générationnel, particulièrement leur second album, totalement sinistre, certes avec un côté artificiellement gothique d’opérette, mais difficile de passer outre tant leur son semble définir absolument le rock alternatif des années 90. Je n’ai à vrai dire presque pas écouté le reste de leur discographie, mais Without You I’m Nothing reste un album phare pour se replonger dans cette période.

The Smashing Pumpkins – « To Forgive »

On clôture avec « To Forgive », cette chanson qui me ferait presque venir les larmes aux yeux, de nostalgie, sans regret mais pleine d’émotions. Billy Corgan est un des frontmans dont je me sens proche au niveau personnalité, j’aime son intonation et ses paroles. Sa voix est nasillarde, caractéristique, elle donne une personnalité unique aux Smashing Pumpkins, une unité de ton là où les morceaux sont d’intensité très variées. Ici une ballade où le misérabilisme débonnaire atteint son paroxysme, un cynisme affirmé, conscient de sa réalité. J’ai eu une adolescence un peu tourmentée, comme la plupart d’entre nous, et ce genre de groupe correspondait à mon état d’esprit à l’époque. Bien content d’avoir fui ces conneries au niveau vécu, par contre la musique de Corgan me plait toujours autant. Ce morceau résonne à quasiment tous mes anniversaires depuis que je la connais.

 

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Chroniqueur

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Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

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4 Commentaires

  1. ego says:

    Sympatoche cet article et une période assez cool musicalement parlant. De cette « vague » j’ai conservé Pearl Jam (mâtin quel groupe !) et Blind Melon (Shannon Hoon avait quand même une voix incroyable, les deux premiers albums avec lui sont excellents avec une préférence pour Soup). Par contre Nirvana, j’ai jamais pu… trop crade sans doute pour mes gentilles oreilles habituées aux refrains bien léchés du Heavy-Metal. J’ajouterai également à la liste les très bon Posies qui continuent encore mais dans une veine beaucoup plus pop-rock (d’ailleurs le succès de « Dream all day » sentait un poil le quiproquo) et Soul Asylum pour la voix défoncée de Dave Pirner et les jolis refrains.

  2. jonben jonben says:

    Je n’ai cité que des groupes que j’appréciais à l’époque dans le cadre du rock alternatif, j’aurais pu étendre au grunge (surtout Nirvana, Alice In Chains et Soundgarden) et le metal. Nirvana j’ai découvert assez tôt, avec « About a Girl » même si c’est Nevermind que j’ai acheté en CD, avant même de connaitre quoi que ce soit en heavy metal, jusqu’à ce qu’un pote me prête Fear of the Dark d’Iron Maiden, auquel j’ai bien accroché, mais sans approfondir ensuite le groupe comme le style. Enfin, on évolue, j’ai longtemps été allergique au chant heavy, et à la plupart des sons de claviers et cuivres, puis j’ai fini par m’y mettre. Il ne reste guère que le chant féminin qui ne me touche que très rarement, mon côté macho :).

  3. ego says:

    Je reste marqué par Down on the upisde de Soundgarden que j’ai énormément écouté à l’époque, pour le reste bizarrement et malgré tout le bien qu’on m’en a dit, j’accroche moins. Pour le chant féminin hélas, tant que les mecs qui montent des groupes sur le physique et les tenues des chanteuses (je parle pour le metal sympho essentiellement) bah les nanas ont pas mal de soucis pour se faire une place. La preuve en est qu’on trouve très peu d’instrumentistes féminines et c’est bien dommage. Et à part Anneke Van Giersbergen, Sharon den Adel et surtout Sarah Bettens de K’s choice pour revenir à ton sujet, bah c’est vrai que c’est pas le pied…

  4. krakoukass krakoukass says:

    Je rajouterais Melissa Auf Der Maur qui fait du bon boulot aussi mais moi aussi je préfère largement le chant masculin. Assez d’accord avec toi sur Soundgarden Ego, mon préféré reste DOTU juste devant Superunknown, quant aux précédents j’accroche beaucoup moins également.

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